L’Antoniade/Rome

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Rome.

Séparateur

 
Ô Rome, dont le nom veut dire, amour et force,
Se séparer de toi, c’est un fatal divorce !
En vain, sans toi, voudrait marcher le genre humain :
L’enfant qui veut marcher a besoin d’une main !
Seule, tu tiens les Clés du ciel et de la terre,
Les Clés par Jésus-Christ remises à Saint Pierre.
 Ô Rome, Cité sainte, arche de vérité,
Lien universel des cœurs dans l’unité,
Ainsi que le soleil, éternelle, immobile,
Tu ranimes au loin chaque peuple débile ;
À tous les points connus ton empire s’étend ;
Tu luis sur l’océan, comme un astre éclatant !
Seule, tu tiens le fil de l’obscur labyrinthe,
Où l’orgueil égaré n’avance qu’avec crainte !
 Ô Rome, tu le sais, mon cœur, plein de repos,
Chante au bruit de la foudre et du vent et des flots !
Tandis que tu soutiens la lutte universelle,
D’un mystique sommeil je dors dans ta nacelle ;
Je ne crains pas l’orage où le Maître est présent ;
Il peut calmer la mer d’un signe ou d’un accent ;
Et d’un rayonnement de son divin visage
Ranimer mon espoir en face du naufrage !
Non, non, je ne crains pas qu’en déchaînant la chair,
Prévalent contre toi les Portes de l’Enfer !
L’Église, c’est le temple aux piliers de porphyre,
Où réside l’Esprit qui l’appuie et l’inspire ;

Et l’Église pour voûte a tout le firmament,
Et pour base immuable un roc de diamant !
Malgré les flots émus et la foudre qui gronde,
Et les terribles chocs dont s’ébranle le monde,
Comme en son nid de perle, au fond de l’océan,
L’immobile poisson ne sent pas l’ouragan ;
Ainsi le vrai chrétien, au fond de sa retraite,
Insensible aux grands flots qu’irrite la tempête,
Confiant en Dieu seul, en Dieu seul abîmé,
N’aimant que Jésus-Christ, et de lui seul aimé,
Ainsi le vrai mystique, en ce monde profane,
Semble au dessus de tout, comme un oiseau qui plane ;
Et dans le sein de Dieu doucement reposé,
Ne ressent rien des chocs dont le monde est brisé.
Sur la mer en courroux, sur la vague sublime,
L’âme, qui la surmonte et contemple l’abîme,
Du ciel plus rapprochée, en son tranquille essor,
Des séraphiques voix entend le saint accord ;
Et puisant la lumière à sa source extatique,
Oublieuse du monde et de sa politique,
Semble goûter déjà l’inénarrable paix,
Que le monde n’a pas et ne donna jamais !
 Telle on vit autrefois, dominant le déluge,
Voguer, sous l’arc-en-ciel, l’Arche, unique refuge ;
Telle on voit aujourd’hui, telle on vit en tous temps,
L’Église dominer tous les débris flottants !
L’orgueil de l’Hérésie, avec la même rage,
Contre elle en vain soulève un incessant orage ;
L’Arche vogue toujours et monte avec les eaux ;
Offrant un calme asile au sommeil des oiseaux ;
Elle vogue toujours sur la mer en furie,
Ayant pour guide sûr l’Étoile de Marie,
Et chaque jour dépose au rivage éternel
Les fils qu’elle a bercés de son chant maternel !
 Heureux qui peut planer au dessus de l’arène
Où s’agite avec bruit la politique humaine ;
Et s’élevant toujours d’un vol surnaturel,
Sur les flots orageux voit briller l’arc-en-ciel !
Heureux dans son désert, heureux dans sa retraite,
Le doux Contemplatif, le calme anachorète !