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Collectif
Revue pour les Français1 (p. 315-318).
CHRONIQUE D’HYGIÈNE

LES MOUSTIQUES



Lecteurs, méfiez-vous des moustiques. Bien des personnes les tiennent pour incommodes, qui les croient très inoffensifs. Détrompez-les. Leur piqûre agaçante devient souvent dangereuse. Elle empoisonne le sang humain d’une foule de germes infectieux. Elle nous transmet la fièvre paludéenne, la fièvre jaune, la lèpre et les maladies filariennes… C’en est assez pour que le moustique mérite d’être traité par nous comme un ennemi qu’il faut anéantir.

La faculté lui a depuis longtemps déclaré la guerre. Les professeurs Debove, Laveran, Raphaël Blanchard ont poussé le cri d’alarme. Ce dernier, surtout, s’est attaché à démasquer l’hypocrite petit animal, l’a étudié sous toutes ses faces, en tous pays. Les coloniaux auxquels il a dénoncé avec acharnement le péril du moustique lui doivent une grande reconnaissance. Qu’il permette à l’auteur de ces lignes de la lui témoigner ici, en son nom propre et au nom des personnes qu’il a prévenues contre le mal grâce à ses conseils excellents.

Hélas ! le moustique délétère n’existe pas seulement aux colonies. On le trouve en France, à Paris même. D’où vient-il donc ?




« Ni les arbres ni les eaux courantes ne favorisent la multiplication des moustiques. Mais un petit bassin d’eau stagnante suffit pour infecter tout un quartier » dit le docteur Debove. « Les pièces d’eau dormante, les tonneaux d’arrosage, les citernes, les puisards, les réservoirs d’usine, les égoùts à écoulement lent ou nul, l’eau arrêtée dans les chéneaux des toitures, voilà les milieux divers dans lesquels se développent les moustiques », ajoute le docteur R. Blanchard. Il nous enseigne qu’une femelle de moustique pond jusqu’à trois cents œufs et que six, quelquefois huit gênérations, peuvent se succéder dans le cours d’une même année. Le chiffre des naissances est ainsi formidable. On a compté les œufs, les larves et les nymphes qui se trouvaient dans un simple tonneau d’eau de pluie : on en a trouvé 17.259 une première fois et 19.110 une seconde fois. Quoi d’étonnant, dès lors, à ce que les minuscules pièces d’eau de nos squares et de nos jardins servent d’asile à des myriades d’insectes nuisibles ?




Mais alors ? allons nous combler ces bassins, les remplacer par tout par des statues, par des corbeilles de fleurs ? Non pas, nous en chasserons seulement les larves et les nymphes. Le moyen en est simple, et peu coûteux. Il consiste à répandre sur l’eau une mince couche de pétrole. Formant pellicule entre l’eau et l’atmosphère sur le chemin des nymphes et des larves montant à la surface pour y respirer — car les larves de moustiques, nous dit M. Blanchard, bien que vivant dans l’eau, ont une respiration aérienne, — il les intoxiquera. La quantité de liquide à répandre est de cinq à dix centimètres cubes de pétrole par mètre carré d’eau. Renouvelez cette opération tous les quinze jours pendant les mois d’été et vous serez à jamais débarrassés des moustiques. Il est bon d’ajouter que vos poissons n’en souffriront pas : le pétrole reste à la surface et ne se dissout pas. Voilà pour la destruction des larves.




Quant aux moustiques adultes que vous pourrez rencontrer en voyage dans les chambres d’hôtel, voici divers moyens de vous en garantir.

Les courants d’air chassant les moustiques, si vous pouvez placer près de vous un ventilateur électrique, vous dormirez tranquille. Il y a plus simple, brûler par exemple des cônes de fleurs de pyrèthre : la vapeur dégagée engourdit les moustiques, au moins pour quelques heures. Mais nous vous conseillons spécialement, après expérience, de faire usage d’un des brûleurs — Guasco ou similaires — employés communément pour répandre dans l’atmosphère des vapeurs odorantes. Mettez-y du formol, c’est un puissant insecticide. Allumez-le une heure avant le coucher et ouvrez en même temps votre fenêtre : les moustiques s’enfuiront ; refermez-la ensuite et vous reposerez en toute sécurité. Enfin si vous n’avez ni cône, ni brûleur, ni ventilateur, contentez-vous de vous enduire la peau d’une macération de quassia amara rendue imputrescible par quelques gouttes de chloroforme : les moustiques ne viendront pas sur vous.

Il va de soi que ces moyens s’effacent devant la moustiquaire, seule absolument efficace. On l’emploiera par conséquent partout où les moustiques pullulent. Si, malgré tout, vous êtes piqué ? employez la teinture d’iode, en déposant sur la papule une couche assez épaisse. C’est la méthode la plus efficace. Pour les piqûres légères, badigeonnez-les simplement d’eau de cologne mentholée à 4 ou 5 p. 100.




Tels sont, lecteurs, les conseils adoptés sous forme de conclusions par l’unanimité de l’Académie de médecine sur le rapport du professeur Raphaël Blanchard. Ils sont précieux. Faites-en votre profit.


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