Revue des Romans/Armande Roland

Revue des Romans.
Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839


ROLAND (Mme Armande).


ALEXANDRA, ou la Chaumière indienne, 3 vol. in-12, 1808. — Annoncer que ce roman est de l’auteur de Mélanie de Rostange, c’est préparer le lecteur à recevoir les vives émotions qu’occasionnent des faits intéressants, des caractères aimables, des sentiments vrais, passionnés et délicats, des réflexions naturelles et touchantes. La belle Alexandra, princesse de Nomansof, vient de quitter Saint-Pétersbourg, pour passer deux années dans ses terres et se dérober à une foule d’adorateurs qui recherchent sa main. Près de son château le hasard et le malheur ont conduit un jeune Français, Maurice de Saint-Eldemar, et la jeune Clémence de Serdoval, bannis par suite de la révolution, et qui doivent s’unir à la fin du deuil que porte encore Clémence. Alexandra rencontre Maurice qu’elle croit frère de Clémence, et son intérêt pour lui se change bientôt en un sentiment plus tendre. Clémence est déchirée par la jalousie, car elle ne peut plus douter de l’amour de Maurice pour Alexandra. La princesse est prête à percer le mystère dont cette famille s’enveloppe, et déjà elle se flattait de trouver dans Maurice un époux digne d’elle, lorsque Clémence réclame la main de Maurice ; celui-ci, lié par des serments prononcés devant le lit de mort de sa mère, s’apprête à les remplir, en gémissant sur sa destinée. À cette nouvelle Alexandra quitte sa terre, et revient à Saint-Pétersbourg, où, pressée par sa famille et par l’impératrice de faire un choix, elle s’unit au père d’une de ses amies, au vieux et respectable prince de Listensten. Maurice a de son côté donné sa main à Clémence, qui ne pouvant vivre qu’en obtenant son cœur, meurt consumée de jalousie, et est enterrée auprès de la chaumière. Au bout de quelque temps, Maurice reparaît à Saint-Pétersbourg, où il reprend son nom et l’existence pour laquelle il est né ; l’impératrice lui confie un emploi distingué ; le prince de Listensten l’attire chez lui où il retrouve Alexandra, et on pense bien que l’amour des deux amants se rallume non moins violent. Une femme intrigante, ennemie de la princesse, la compromet dans un bal masqué en se faisant passer pour elle, et le résultat de cette nuit est la ruine de la réputation d’Alexandra, la mort du prince de Listensten, qui écrit, avant de cesser de vivre, une lettre foudroyante à sa femme. Celle-ci, qu’on a fait partir pour sa terre, ignore tout ce qui s’est passé, hors la mort de son époux, auquel elle donne des larmes. Maurice vient bientôt les sécher. Les amants retournent à Saint-Pétersbourg, où Alexandra apprend l’intrigue infernale inventée pour la perdre, et lit la lettre de mort de son époux. Cette lettre terrible lui défend de s’unir à Maurice ; elle sacrifie son bonheur à ces derniers et cruels devoirs, et Maurice désespéré retourne dans sa patrie.

ÉMILIA, ou la Ferme des Apennins, 3 vol. in-12, 1812. — Presque toujours l’amour tient la première place dans les ouvrages des femmes, comme il fait la principale occupation de leur vie. Dans Émilia, cette passion n’est qu’au second rang, c’est principalement à l’amitié que Mme Rolland a consacré sa plume ; et elle paraît avoir été guidée par l’intention de prouver, en dépit des mauvais bruits que la malignité a souvent fait courir sur son sexe, que l’amitié, chez les femmes, pouvait quelquefois usurper tous les droits de l’amour. Dans Émilia, on voit d’un côté jusqu’à quel degré d’héroïsme l’amitié peut élever une âme grande et généreuse, toujours fidèle à la voix de la vertu, et de l’autre, à quels excès peut entraîner un sentiment aveugle qui, pour parvenir à son but, foule aux pieds les devoirs les plus respectables, et ne craint pas d’étouffer les mouvements les plus sacrés de la nature. On sourit au tableau naïf des premières caresses de Blanche et d’Émilia. On se plaît à voir la jeune Blanche, héritière d’un grand nom et d’une immense fortune, accueillir l’orpheline, pauvre, abandonnée, se dépouiller de sa robe pour l’en revêtir, lui jurer amitié et protection pour la vie, et l’on suit avec plaisir les progrès de cette union ; mais lorsque, quelques années plus tard, dans l’âge où le sentiment pur et tranquille de l’amitié se tait ordinairement devant une passion plus violente et moins désintéressée, on voit Blanche céder encore à sa protégée un amant accompli dont la tendresse aurait fait son bonheur si les attraits d’Émilia n’étaient venus renverser d’aussi belles espérances, il est impossible de ne pas être pénétré d’admiration. Nous croyons inutiles de donner ici une analyse complète d’Émilia, et nous pensons qu’il nous suffit d’indiquer le but principal de l’auteur. Mais il nous semble que nous pouvons annoncer d’avance, sans indiscrétion, que le sacrifice étonnant de cette généreuse Blanche n’amène pas le dénoûment comme on pourrait le croire, et que cette fille incomparable, après avoir longtemps vécu pour l’amitié, reçoit enfin de l’amour une digne récompense. Nous regrettons de ne pouvoir indiquer une foule de scènes tour à tour douces, touchantes, ou terribles, dans lesquelles l’auteur a fait preuve d’une grande richesse d’imagination et d’un talent très-flexible. Nous ajouterons que la scène se passe dans une des plus belles parties de l’Italie, dans les environs de Florence, et que le choix d’un si beau théâtre lui a permis de multiplier les descriptions, tantôt riantes, comme les coteaux de la ferme de Varenza, tantôt mélancoliques, comme les vallons de Vallombrose, tantôt sombres, comme les gorges solitaires du sommet des Apennins.

Nous connaissons encore de cet auteur : Palmira, 4 vol. in-12, 1801. — Mélanie de Rostange, 3 vol. in-12, 1806. — Adalbert de Montgelaz, 3 vol. in-12, 1806. — Lydia Stevil, 3 vol. in-12, 1817. — La jeune Bostonienne, 2 vol. in-12, 1820. — Frédérique, 4 vol. in-12, 1824. — La Comtesse de Melcy, 4 vol. in-12, 1825.