Principes de la musique et méthode de transposition, 4e édition/p1/5b


DES TONS RELATIFS.


167. Nous avons déjà fait remarquer (§ 148) que la gamme mineure était formée des mêmes sons qui, dans le mode majeur, constituaient une autre gamme :  

EXEMPLE :
Savard p129s1.svg


xxLes tons, de modes différents, qui ont entre eux une telle communauté de sons, prennent le nom de tons relatifs (qui ont entre eux des rapports).  
xxPar conséquent, ainsi qu’on le voit dans le précédent exemple, le ton d’ut, modèle des tons majeurs, a pour relatif mineur le ton de la, modèle des tons mineurs.
xxEt, réciproquement, le ton de la mineur a pour relatif majeur le ton d’ut.
xxDe la même manière, chaque ton majeur aura son relatif mineur ; et chaque ton mineur son relatif majeur. Il y aura ainsi toujours deux tons, de modes différents, relatifs l’un de l’autre, et pour lesquels la clef recevra une armure identique.
168. L’exemple précédent montre que la tonique de la gamme mineure est le sixième degré de la gamme majeure, et que la tonique de la gamme majeure est le troisième degré de la gamme mineure. Situation respective des tons relatifs.
xxEn d’autres termes, que la tonique du ton mineur est toujours située une tierce mineure au-dessous de la tonique du ton majeur relatif.
xxLes tons relatifs se connaissent donc l’un par l’autre.
xxOn descend d’une tierce mineure au-dessous de la tonique du ton majeur pour trouver le ton mineur relatif. Exemple : ré majeur ; relatif, si mineur.
xxEt l’un monte d’une tierce mineure au-dessus de la tonique du ton mineur, pour avoir le ton majeur relatif. Exemple : fa mineur ; relatif, la  majeur.

169. Nous avons vu (§ 133) comment, par l’armure de la clef, on connaissait le ton d’un morceau.
xxMais il ne s’agissait alors que du mode majeur. Or, les deux tons relatifs ayant une armure commune, il faut un moyen de les discerner, et de savoir dans lequel de ces deux tons est le morceau qu’on a sous les yeux.
Comment on connaît quel est celui des deux tons relatifs dans lequel un morceau est écrit.
170. Le moyen qui se présente d’abord tout naturellement consiste à observer l’indice fourni par la note qui, seule, n’est pas commune aux deux tons, c’est-à-dire la note sensible du ton mineur. Indice fourni par la note sensible du ton mineur.
xxOn sait que ce septième degré de la gamme mineure coïncide avec le cinquième de la gamme majeure relative.

EXEMPLE :


Tons relatifs. Accolade V9.svgxx     Gamme majeure d’UT.
    Accolade H9.svg
    xx1xx xx2xx xx3xx xx4xx   xx5xx xx6xx xx7xx xx8xx
    ut mi fa ( sol la si ut
la si ut mi fa sol♯ la
xx1xx xx2xx xx3xx xx4xx xx5xx xx6xx xx7xx xx8xx
Accolade H9.svg
Gamme mineure de LA.


xxSi donc on trouve, dans les premières mesures du morceau, la note qui serait le cinquième degré du ton majeur, ou le septième du ton mineur relatif, dépourvue d’altération ascendante, il y a lieu de penser que le morceau est dans le ton majeur.  
xxSi, au contraire, cette même note se présente affectée d’une altération ascendante, on doit alors se croire dans le ton mineur.
xxAinsi, dans l’exemple précédent, le sol naturel marquait le ton d’ut majeur, et le sol # le ton de la mineur.
171. Ce moyen est simple et facile, mais il n’est pas toujours suffisant. En effet :
xxD’une part, on peut rencontrer dans un morceau diverses altérations qui, simples ornements mélodiques, ne comptent pas dans l’harmonie et n’affectent pas la tonalité. De la sorte, le 5e degré d’une gamme majeure pourrait être affecté d’une altération ascendante à laquelle on ne devrait attribuer aucune signification par rapport au ton du morceau.

EXEMPLE :

En UT majeur (avec sol ♯ *).


 %p130s1
{
\new PianoStaff <<
\new Staff = "upper" 
\relative c'' {
\clef treble
\key c \major
\time 2/4
c4 r8 b16 a | gis8[(^\markup{\bold *} a32 b] a8.) r8 | f'16 e d c b a g fis | a4( g8) r8  \bar "||" 
}
\new Staff = "lower" 
\relative c {
\clef bass
\key c \major
\time 2/4
<c' g e c>4 <c g e> | 
<<
\stemDown
  { c4( c8)  }
  \\
  { f,4( f8) }
>>
r8 | <d' a d,>4 <d b g> | 
<<
\stemDown
  { e4( e8)  }
  \\
  { c4( c8) }
>>
r8 \bar "||"  
}
>>
}


xxD’autre part, le mode mineur étant, dans certains passages, dépourvu de note sensible, comme cela a lieu souvent dans la gamme descendante, l’absence d’altération sur le 7e degré (5e du ton majeur relatif) n’est pas toujours un indice certain que le morceau soit dans le ton majeur.  
EXEMPLE :

En LA mineur (avec sol naturel *).

 %p131s1
{
\new PianoStaff <<
\new Staff = "upper" 
\relative c'' {
\clef treble
\key c \major
\time 2/2
a8 c b a g4(^\markup{\bold *} f | e8 f e d c4 d | e2 r2  \bar "||" 
}
\new Staff = "lower" 
\relative c {
\clef bass
\key c \major
\time 2/2
<c' a>2 <c e, c>4 <a d,>4  | <a a,>2. <a f>4 | <b gis e>2 r2  \bar "||"  
}
>>
}


xxSignalons en outre le cas, rare il est vrai, où cette note caractéristique (la quinte du ton majeur, 7e du relatif mineur) n’apparaîtrait pas dans les premières mesures de la mélodie dont il s’agirait d’apprécier le ton.
xxAinsi, voilà des circonstances où le moyen indiqué § 170 serait insuffisant ou trompeur. Cherchons donc ailleurs des indications plus précises.
 
172. Un morceau commence souvent et finit toujours par l’accord parfait de tonique ; si donc la mélodie est harmonisée, et si l’on a cette harmonie sous les yeux, ce sera là encore un moyen commode de connaître le ton du morceau. Indice fourni par l’accord final.
173. Mais le moyen qui est bon dans toutes les circonstances, le moyen certain, infaillible, le seul dont se serve un musicien exercé, consiste à chanter mentalement la première phrase du morceau, et à en consulter le sens musical, résultant de la manière dont les sons sont groupés. Si le repos, la chute de la phrase, la cadence[1], comme cela s’appelle, s’effectue sur l’accord parfait de la tonique ou sur celui de la dominante du ton majeur, on est dans ce ton majeur ; mais si la cadence se produit sur l’accord de la tonique ou sur celui de la dominante du ton mineur, c’est dans le ton mineur qu’est le morceau. Indice fourni par le sens musical résultant des cadences.
xxC’est ce que l’on peut vérifier au moyen des deux exemples précédents.



RÉSUMÉ.


A. On appelle relatif deux tons, de modes différents, formés des mêmes sons, et ayant en conséquence une commune armure de clef.

B. Chaque ton majeur a son relatif mineur, et vice versâ.

C. La tonique du ton mineur est une tierce mineure au-dessous de la tonique du ton majeur relatif. Ainsi, ut majeur et la mineur sont des tons relatifs. Il en est de même de sol majeur et de mi mineur ; de fa majeur et de mineur, etc.
On connaît ainsi l’un par l’autre les tons relatifs.

D. Les tons relatifs se distinguent l’un de l’autre :
xxx1° Par l’altération qui forme la note sensible du ton mineur (cette altération porterait sur le 5e degré du ton majeur) ;
xxx2° Par l’accord final, qui doit être celui de tonique ;
xxx3° Par la cadence, c’est-à-dire la terminaison de la phrase musicale, le repos, plus ou moins complet, s’effectuant sur l’accord de tonique ou sur celui de dominante.

EXERCICES.


RÉPONDRE AUX QUESTIONS SUIVANTES :

(Sur les principes.)



 
Qu’est-ce que les TONS RELATIFS ? — A.
Chaque ton majeur ou mineur a-t-il son RELATIF ? — B.
Un ton étant donné, comment connaît-on quel est
Quelson relatif ?
— C.
Comment les tons relatifs se distinguent-ils l’un de l’autre ? — D.


(Sur l’application.)


Quel est le relatif mineur de tel ton majeur ?
Quel est le relatif majeur de tel ton mineur ?
Quel est le ton mineur avec telle armure de clef ? avec telle
Quelautre armure, etc. ?

Ayant telle armure de clef, quelle sera l’altération accidentelle
Quelcaractéristique du ton mineur ?

Étant donnée telle armure de clef, quel sera l’accord final
Quelcaractéristique pour chacun des deux modes ?
QuelSur quels accords s’effectuera la CADENCE dans l’un et
Queldans l’autre ton ?



EXERCICES PRATIQUES


Dictées dans les deux modes.

Dictées avec modulations.



  1. Cadence, du mot latin cadere, tomber.