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Didier, Libraire-Éditeur (p. 303-314).

NOTES.



NOTES.



LE CABINET DE ROBERT ESTIENNE.


Une bouche l’a dit, plus digne que la mienne.

M. Firmin Didot, dans ses observations littéraires et typographiques sur Robert et Henri Estienne, s’exprime ainsi en parlant de ces illustres imprimeurs : « Ô véritables typographes, auprès desquels nous ne sommes rien ! » Et plus loin, à propos d’Estienne, fils de Robert : « Ne lui envions pas la gloire d’être le premier imprimeur de tous les pays et de tous les âges ; et que tout typographe, s’il a un noble sentiment de son art, se prosterne avec respect devant sa tombe. »


Laissez-vous donc guider non loin de cette école.

Robert Estienne premier, père du fameux Henri Estienne, et fils de Henri premier du nom, dont la famille était originaire de la Provence, naquit sous le règne de Louis XII, en 1503. L’époque de sa naissance fut celle où son père, nouveau chef d’une illustre famille, admirateur de l’art typographique, récemment inventé, ne craignant pas, pour l’exercer lui-même, de déroger à l’antique noblesse de sa race et même d’encourir l’exhérédation paternelle, fonda son établissement à Paris, rue du Clos-Bruneau, à côté de l’École de droit.

Comme lui, près de lui, sa femme est occupée.

Robert Estienne épousa la fille de Josse Bade ou Badius, professeur habile et imprimeur. Elle était instruite et savait la langue latine. C’était une femme d’un rare mérite. Elle enseigna elle-même les élémens du latin à ses enfans et à ses domestiques ; de sorte que dans la maison d’Estienne il n’y avait personne qui n’entendît et ne parlât cette langue avec facilité.

Vous-même avez subi leur censure terrible,
Atteint et convaincu d’imprimer, quoi ?… la Bible !

Robert Estienne, ayant voulu donner une édition complète de la Bible à laquelle il avait mis tous ses soins, prit aussi, dit le privilège du roi, l’avis et mûre délibération et expédience de gens de grand savoir, ce qui n’empêcha point que l’imprimeur ne fût poursuivi par une foule de docteurs et de théologiens et avec un tel acharnement, qu’il eût infailliblement succombé, si la protection de François Ier, qui appréciait les talens et les sacrifices de Robert Estienne, ne l’eût protégé contre ses adversaires. Il est probable que, dès cette époque, le grand homme aurait été sans elle obligé de quitter la France.


À M. DE CHATEAUBRIAND.

Ces vers, déjà recueillis dans le volume où sont rassemblés les morceaux inspirés à divers auteurs par le beau monument que M. de Chateaubriand élève à sa mémoire, ont pour moi le mérite (j’ai bien peur qu’il ne soit le seul) de se rattacher à ce que je regarde comme un des événemens heureux de ma vie, la faveur d’avoir assisté à ces lectures si mémorables et si enviées. Cette faveur, je la dois surtout à la gracieuse intervention d’une femme qu’il est bien difficile d’approcher sans contracter quelque dette de reconnaissance ; madame Récamier me pardonnera de placer ici l’expression de la mienne.

Ce qui, pour mes lecteurs, vaudrait infiniment mieux que ma poésie, c’est ce qui y a donné lieu ; mais il faudrait parler de moi, plus que je n’aime à le faire, pour raconter comment, dans quelqu’une de ces causeries qui çà et là entrecoupaient la lecture, M. de Chateaubriand s’amusa au récit de la naïve et religieuse admiration que son nom et ses écrits avaient inspirée à ma jeunesse. Il faudrait être moins jalouse que je ne le suis de ce trésor, pour avouer que je possède, copiées de la main de l’auteur, ces belles stances du Camoëns, traduites avec une fidélité de mouvement et de couleur qui doit devenir, pour tout ce qui a jamais touché une plume, un éternel sujet d’études ; il me faudrait enfin plus de hardiesse, ou moins de scrupule, pour oser citer ce que ma mémoire a retenu des admirables pages où l’imagination adolescente du chantre futur d’Atala et de Cymodocée, s’égare dans les rêves d’un vague et premier amour, à la poursuite de l’idéale beauté, qu’il appelle sa Sylphide ou sa Charmeresse. Faute de ces explications cependant, mes vers demeureront fort obscurs pour la plupart de ceux qui les liront, à moins, ce que je désire trop pour ne pas un peu l’espérer, que M. de Chateaubriand ne cède enfin à tout ce qui le sollicite de ne pas assigner un terme si triste à la publication de ses Mémoires, à toutes ces voix qui lui disent : Ne devez-vous rien à vos contemporains qui ont sympathisé avec toutes vos émotions, qui ont recueilli toutes vos paroles, qui vous ont aimé, compris, admiré ? Combien en est-il, et des plus jeunes, qui ne sont pas destinés à vous survivre ! Les laisserez-vous donc partir sans vous avoir connu tout entier ?…


LA MER.


Salut au pavillon qui joue entre ces toiles,
Et porte en un champ bleu treize blanches étoiles.

Pavillon des riches paquebots américains, qui font sans interruption le service du Havre à New-Yorck.

Avec son nom proscrit… Et le voila cinglant
Avec son nom proscrit et son pavillon blanc !

Le baleinier français le Duc de Bordeaux, capitaine Baxter, parti depuis plus de onze mois du port du Havre, où il avait été armé par MM. Lamotte et compagnie, est arrivé au Havre le 25 juin 1831. Sans nouvelles de la révolution de juillet, il a conservé le pavillon blanc, qu’il était déjà en vue des côtes de France. Le pilote croiseur qui l’a abordé lui a annoncé les événemens survenus depuis son départ, et lui a prêté un pavillon tricolore, pour lui faciliter l’entrée du Havre.

Derniers soupirs de ceux qui meurent pour leur foi.

On se rappelle qu’à cette époque ont eu lieu les tentatives des patriotes italiens et la révolution polonaise.

On le verra bientôt nous rapporter la mort !

Le choléra qu’on nous annonçait alors, arriva en effet l’année suivante.

À son pied… Des palais le royal escalier,
À son pied redoutable est déjà familier.

Mort du grand-duc Constantin.


MIGRATIONS.

Les personnes qui, dans le cours de ces dernières années, ont passé quelques jours au Havre, ont été à même de voir s’embarquer pour l’Amérique, des milliers de malheureux émigrans, qui vont demander à une terre étrangère un pain que le sol natal leur refuse. Le cœur se serre à la vue de cette population des bords du Rhin, encombrant les rues et les quais du Havre. La plupart campent en plein air, autour d’une espèce de bivouac où cuit la nourriture commune, due le plus souvent à la charité des Havrais ; d’autres, déjà embarqués, attendent sur les navires le complément de la cargaison. Parmi ces émigrés on remarque avec peine un nombre considérable d’enfans en bas âge ; beaucoup de jeunes filles surtout ; ça et là des mères, leur nourrisson au sein ; des vieillards des deux sexes, quelques-uns même, si âgés qu’on s’étonne de les voir transporter au loin ce peu de jours qu’il leur reste à passer sur la terre. Ce spectacle est triste. Cependant, ces grandes migrations, qui à de certaines époques se propagent parmi les peuples comme une maladie contagieuse, sont encore le plus doux de ces remèdes terribles que la Providence semble tenir en réserve pour les opposer à l’accroissement rapide de la population.


DANTE.


Et ne lever le pied, pour faire un nouveau pas,
Qu’après avoir d’abord affermi le plus bas.


Si che ’l più fermo sempre era ’l più basso.
Inferno, c. 1, vers 30.


Son pied monte ou descend l’escalier étranger.

. . . . . . . . . . E com’è duro catte
Lo scendere e’t salir per l’altrui scale.
Paradiso, c. xvii, vers 59, 60.


Des mains de Francesca glisser avant la fin.
XXXXEnfer, Épisode de Francesca de Rimini.

Je veux plonger de l’œil dans la Tour de la Faim.
Je veux plonger deEnfer, Épisode d’Ugolin.

L’altier Farinata défier l’enfer même.
L’altier Farinata défier l’enfeEnfer, c. x.

M’esjouir à revoir les étoiles des cieux.


E quindi uscimmo a riveder le stelle.
Dernier vers de l’Enfer·

Revoir ton Casella, doux ami, dont les airs
Mariaient leur douceur aux douceurs de tes vers.

Casella, musicien excellent du temps de Dante ; il avait réussi par ses talens à charnier l’humeur

mélancolique du poète son ami.

Et chanter avec lui, d’une voix lente et pure :
Amour qui doucement dans mon esprit murmure.

Amor che nella mente mi ragiona.

Premier vers de la seconde canzone du Convito, l’une des plus belles de Dante.


Puis, lorsque Sordello, dont les vers mécontens
Flagellaient sans pitié les princes de son temps.

Sordello, Mantouan, auteur de poésies satiriques, et d’un livre intitulé : Tesoro de’Tesori.


Ah ! terre esclave ! race à tout mal asservie !

Voyez l’admirable imprécation qui commence ainsi :


Ahi serva Italia…

Le repos du lion alors qu’il se repose.

A guisa di leon quando si posa.
Purgatoire, c. vi, v. 66.

J’ai fait de ses outils comme lui de mon œuvre.

Dante entendant un artisan chanter ses vers d’une manière barbare, entra dans sa boutique, et sans plus de façon, se mit à jeter tous les outils dans la rue. — Pourquoi gâtez-vous ainsi mes outils ? s’écria l’ouvrier en colère. — Pourquoi gâtes-tu mes

vers ? répondit le poète.


Ah ! dit l’esprit en pleurs, si tu reviens au monde…


xxxxxxxxxxxxDeh, quanto tu sarai tornato al mondo
xxxxxxxxxxE riposato della lunga via,
xxxxxxxxxxSeguito’l terzo spirito al secondo,
xxxxxxxxxxxxRicorditi di me che son la Pia.
xxxxxxxxxxSiena mi fe’, di fecemi Maremma
xxxxxxxxxxSalsi colui che’nuanellata pria
xxxxxxxxxxxxDisposando, m’avea con la sua gemma.

Purgatoire, fin du chap. v.

La Pia, noble dame de Sienne, femme de M. Nello della Piétra, laquelle, comme on le croyait, fut soupçonnée d’adultère, conduite par son mari dans la Maremme, et mise à mort secrètement.


Une bouche tremblante avait baisé ma bouche.

La bocca mi bacio tutto tremante.
Inferno, c. v.

Et je lus ma pâleur sur son pâle visage,
Et l’effroi de mes traits sur ses traits soucieux.


xxxxxx. . . . . . . . .Ed io scorsi
xxxxxxPer quattro visi il mio aspetto stesso.

Inferno, c. xxxiii.

Tremblotante, apparaît l’étoile matinale.


xxxxxxPar tremolando mattutina stella.

Purgatorio, c. xii.



À BÉRANGER.

Au printemps l’enfance fidèle
Redisait en chœur tes leçons.

La chanson :

Chers enfans, chantez, dansez,
Votre âge
Échappe à lorage.

est dans toutes les mémoires.

Tu l’as dit, nos sonneurs de cloche.

» … Le pouvoir est une cloche qui empêche ceux qui la mettent en branle d’entendre aucun autre son. »

Béranger. Préface de ses dernières chansons.

C’est en battant la charge
Qu’on les remet au pas.

« Il est des instans, pour une nation, où la meilleure musique est, celle du tambour qui bat la charge. »

Même préface.