Poésies (Poncy)/Vol. 1/À Mme de B***

PoésiesI (p. 37-39).
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À Mme DE B…

voyage à marseille, à bord de l’égyptus



Le rapide Égyptus nous emportait, Madame,
Sur ses ailes de fer que fait voler la flamme ;
Le vent nous chuchotait ce qu’il sait de plus doux,
La mer, pour préserver votre adoré visage
Des baisers du soleil, étendait, au passage,
Un voile de vapeurs entre le ciel et vous.

Comme aux pas du printemps s’attache l’hirondelle,
Ma prunelle suivait votre douce prunelle
Qui comptait les villas dont nos bords sont couverts

Nos regards comparaient, dans leur architecture.
Les chefs-d’ouvre de l’art et ceux de la nature
Reproduits par le prisme éblouissant des mers.

Aujourd’hui, loin de vous, dans un lucide rêve,
Je revois les contours de cette blonde grève,
Ses vieux rochers pelés, volcaniques éclats
Où Dieu sème des fleurs aux sauvages arômes,
Où la mer chante et rit, où chaque jour les hommes
Pour vivre auprès des flots bâtissent des villas.

Je les revois toujours, ces somptueuses roches,
Du grand pinceau de Dieu colossales ébauches !
Ces îlots allaités par l’écume des mers,
Et ces arbres riants, au feuillage qui tremble,
Sur votre front charmant secouant tous ensemble
Leurs parfums, leurs amours, leurs fruits et leurs concerts.

Je vois le profil grec du Sicier qui protège
Saint-Nazaire aux toits gris, aux façades de neige,
La Ciotat dont le golfe au cœur souffle l’effroi,
Cassis aux vins aimés, aux collines cendrées,
Et Marseille, du haut des grèves azurées,
Regardant l’Océan son esclave et son roi !

Mais à tous ces tableaux heureux et grandioses,
À tous les souvenirs de ces divines choses,

Des collines, du ciel, de l’océan doré,
Un souvenir plus doux dans mon cœur se marie
C’est vous, vous qui, pareille à la vierge Marie,
Pressiez, sur votre sein, votre enfant adoré.




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