Poèmes incongrus/Le Général

Mac-Nab ()
Poèmes Incongrus : suite aux Poèmes mobiles
Texte établi par Avec une Préface de Voltaire, Léon Vanier, bibliopole (p. 56-59).

LE GÉNÉRAL


SOUVENIR DU POPULO


Air : Parlez-nous de lui, grand’mère.


Devant la photographie
D’un militaire à cheval.
En habit de général,
Songeait une femme attendrie.
Ses quatre petits enfants
Disaient : Quel est donc cet homme ?
Mes fils, ce fut dans le temps.
Un brave général comme
On n’en voit plus aujourd’hui.
Son image m’est bien chère,
M’est bien chère !

« Parlez-nous de lui, grand’mère,
Parlez-nous de lui ! »

bis.


Il me souvient de sa gloire,
Car, partout où l’on entrait,
Était cloué son portrait.
Les chansons disaient son histoire.
Il était sur les journaux,
Dans les pièces d’artifice,
Aux quatre points cardinaux.
Je l’avais en pain d’épice…
Mais où donc l’ai-je rangé ?
Il n’est plus sur l’étagère,
Sur l’étagère !…

« Nous l’avons mangé, grand’mère,
Nous l’avons mangé ! »

bis.


De l’armée, il fut le père,
Donnant à chaque repas
Bonne morue aux soldats.
Ça rendit leur mine prospère.
C’est lui qui des trois couleurs
Orna les guérites blanches,
On eût dit de loin des fleurs
Et ce n’était que des planches !
Mais depuis qu’il n’est plus là
Tout noircit sous la poussière,
Sous la poussière…

« On les repeindra, grand’mère,
On les repeindra. »

bis.


Quand on brisa son épée,
Je disais : « Il reviendra
Lorsque le tambour battra ! »
Mais comme je m’étais trompée !
Dès ce jour, ô désespoir,
On ne vit plus dans la plaine
Galoper son cheval noir.
Si profonde fut ma peine
Que ma tête s’égara.
Et depuis je désespère,
Je désespère…

« Dieu vous le rendra, grand’mère,
Dieu vous le rendra. »

bis.


Un soir, oh ! je l’ai vu presque,
À la gare de Lyon.
Il a passé comme un lion.
Ce fut un tableau gigantesque :
Chacun courait se coucher
Devant la locomotive.
Moi je voulais le toucher
(J’étais plus morte que vive),
Mais Paulus m’en empêcha ;
Il me mit bien en colère,
Bien en colère !…

« Paulus était là, grand’mère,
Paulus était là ! »

bis.


Un matin, dans notre rue,
Avec Laguerre il passa.
On se pressait pour voir ra.
J’étais aussi dans la cohue.
Oh ! voir ses bottes de cuir,
Oh ! contempler sa moustache,
Sa barbe blonde… et mourir !
On se bouscule, on se fâche
Et je laisse sous les coups
Quatre dents, mais j’en suis fière,
Oui, j’en suis fière…

« Quel beau jour pour vous, grand’mère,
Quel beau jour pour vous ! »

bis.