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Poèmes incongrus/Ballade de la Demoiselle chauve

Mac-Nab ()
Poèmes Incongrus : suite aux Poèmes mobiles
Texte établi par Avec une Préface de Voltaire, Léon Vanier, bibliopole (p. 41-42).

BALLADE
DE LA DEMOISELLE CHAUVE


Sachez que j’ai baisé sa chevelure, un soir,
Préludant aux douceurs d’une nuit tarifée !
Pareille aux rayons d’or d’un vivant ostensoir
Elle encadrait si bien sa tête décoiffée
Qu’elle a ravi mes yeux ! Ô blonde ébouriffée,
Que j’appelais alors la belle au bois dormant !
Mais, depuis, jamais plus je ne fus son amant !
Elle n’était, hélas ! cette auréole fauve,
Qu’un simulacre vain, un trompeur ornement !
Laissez dormir en paix la demoiselle chauve !

Au banquet de l’amour allez donc vous asseoir,
Naïf passant qu’appelle une voix étouffée !
Croyez donc aux cheveux qu’on déroule au boudoir !…
Le démon du désir, nocturne coryphée,
Guette avec des parfums votre tête échauffée.
La charmeuse se frise avec acharnement,
Croyant qu’on peut user du fer impunément !
Elle entasse à plaisir verveine, iris, guimauve,
Jusqu’au jour où son crâne est nu complètement !
Laissez dormir en paix la demoiselle chauve !


Chauve à vingt ans ! J’ai fui sans avoir dit bonsoir
Emportant avec moi les nattes de la fée !
Et depuis sa beauté n’a plus de repoussoir.
J’ai suspendu chez moi ce curieux trophée,
Muni d’une étiquette avec soin paraphée !
Ô femme, ta toison n’est plus qu’un document
Que je vais contempler philosophiquement !
Malheur à qui n’a plus l’illusion qui sauve,
Et devant des cheveux fait encore un serment ;
Laissez dormir en paix la demoiselle chauve !

envoi

Prince, chez qui j’ai vu tout un assortiment
De cheveux féminins rangés artistement,
Si vous aimez toujours, et, d’alcôve en alcôve,
Si vous fauchez encore la moisson de l’amant,
Laissez dormir en paix la demoiselle chauve !