Poèmes antiques et modernes/Éloa, ou la Sœur des Anges

Poèmes antiques et modernes, Texte établi par Edmond Estève, Hachette (p. 20-73).


ÉLOA

ou
LA SŒUR DES ANGES
mystère[1]
C’est le serpent, dit-elle, je l’ai écouté, et il m’a trompée.
Genèse[2].


CHANT PREMIER

naissance

Il naquit sur la terre un Ange, dans le temps[3][4]
Où le Médiateur sauvait ses habitants.
Avec sa suite obscure et comme lui bannie,

Jésus avait quitté les murs de Béthanie ;
À travers la campagne il fuyait d’un pas lent,
Quelquefois s’arrêtait, priant et consolant,
Assis au bord d’un champ le prenait pour symbole[5],
Ou du Samaritain disait la parabole[6],
La brebis égarée[7], ou le mauvais pasteur[8],
Ou le sépulcre blanc pareil à l’imposteur[9] ;
Et, de là, poursuivant sa paisible conquête.
De la Chananéenne écoutait la requête[10],
À la fille sans guide enseignait ses chemins[11][12],
Puis aux petits enfants il imposait les mains[13][14].


L’aveugle-né voyait, sans pouvoir le comprendre,
Le lépreux et le sourd se toucher et s’entendre[15][16],
Et tous lui consacrant des larmes pour adieu[17],
Ils quittaient le désert où l’on exilait Dieu[18].
Fils de l’homme et sujet aux maux de la naissance[19],
Il les commençait tous par le plus grand, l’absence[20],
Abandonnant sa ville et subissant l’Édit,
Pour accomplir en tout ce qu’on avait prédit.



Or, pendant ces temps-là, ses amis en Judée
Voyaient venir leur fin qu’il avait retardée[21] ;
Lazare, qu’il aimait et ne visitait plus[22],
Vint à mourir, ses jours étant tous révolus.
Mais l’amitié de Dieu n’est-elle pas la vie[23] ?
Il partit dans la nuit ; sa marche était suivie
Par les deux jeunes sœurs du malade expiré,

Chez qui dans ses périls il s’était retiré[24].
C’était Marthe et Marie ; or, Marie était celle[25]
Qui versa les parfums et fit blâmer son zèle[26].
Tous s’affligeaient ; Jésus disait en vain : Il dort[27].
Et lui-même en voyant le linceul et le mort[28],
Il pleura[29]. — Larme sainte à l’amitié donnée,
Oh ! vous ne fûtes point aux vents abandonnée !
Des Séraphins penchés l’urne de diamant.
Invisible aux mortels, vous reçut mollement.
Et comme une merveille, au Ciel même étonnante,
Aux pieds de l’Eternel vous porta rayonnante[30].

De l’œil toujours ouvert un regard complaisant
Émut et fit briller l’ineffable présent ;
Et l’Esprit-Saint sur elle épanchant sa puissance
Donna l’âme et la vie à la divine essence.
Comme l’encens qui brûle aux rayons du soleil[31]
Se change en un feu pur, éclatant et vermeil,
On vit alors du sein de l’urne éblouissante.
S’élever une forme et blanche et grandissante,
Une voix s’entendit qui disait : Éloa[32] !
Et l’Ange apparaissant répondit : Me voilà[33].



Toute parée, aux yeux du Ciel qui la contemple,
Elle marche vers Dieu comme une épouse au Temple[34] ;
Son beau front est serein et pur comme un beau lis.
Et d’un voile d’azur il soulève les plis ;
Ses cheveux partagés, comme des gerbes blondes,

{{#tag :poem| Dans les vapeurs de l’air perdent leurs molles ondes, Comme on voit la comète errante dans les cieux[35] Fondre au sein de la nuit ses rayons gracieux[36] ; Une rose aux lueurs de l’aube matinale[37] N’a pas de son teint frais la rougeur virginale ; Et la lune, des bois éclairant l’épaisseur[38], D’un de ses doux regards n’atteint pas la douceur. Ses ailes sont d’argent ; sous une pâle robe[39], Son pied blanc tour à tour se montre et se dérobe, Et son sein agité, mais à peine aperçu, Soulève les contours du céleste tissu[40]. C’est une femme aussi, c’est une Ange charmante[41] ; Car ce peuple d’Esprits, cette famille aimante. Qui, pour nous, près de nous, prie et veille toujours, Unit sa pure essence en de saintes amours : L’Archange Raphaël, lorsqu’il vint sur la Terre, Sous le berceau d’Éden conta ce doux mystère[42].

}}

Mais nulle de ces sœurs que Dieu créa pour eux
N’apporta plus de joie au ciel des Bienheureux[43].



Les Chérubins brûlants qu’enveloppent six ailes[44],
Les tendres Séraphins, Dieux des amours fidèles[45],
Les Trônes, les Vertus, les Princes, les Ardeurs[46],
Les Dominations, les Gardiens, les Splendeurs,

Et les Rêves pieux, et les saintes Louanges[47],
Et tous les Anges purs, et tous les grands Archanges[48],
Et tout ce que le Ciel renferme d’habitants,
Tous, de leurs ailes d’or voilés en même temps[49],
Abaissèrent leurs fronts jusqu’à ses pieds de neige[50],
Et les Vierges ses sœurs s’unissant en cortège,
Comme autour de la Lune on voit les feux du soir,
Se tenant par la main, coururent pour la voir.
Des harpes d’or pendaient à leur chaste ceinture ;
Et des fleurs qu’au Ciel seul fit germer la nature,
Des fleurs qu’on ne voit pas dans l’Été des humains[51],
Comme une large pluie abondaient sous leurs mains[52].



« Heureux, chantaient alors des voix incomparables,

» Heureux le monde offert à ses pas secourables !
» Quand elle aura passé parmi les malheureux,
» L’esprit consolateur se répandra sur eux.
» Quel globe attend ses pas ? Quel siècle la demande[53] ?
» Naîtra-t-il d’autres cieux afin qu’elle y commande[54] ? »



Un jour… (Comment oser nommer du nom de jour
Ce qui n’a pas de fuite et n’a pas de retour ?
Des langages humains défiant l’indigence,
L’Éternité se voile à notre intelligence.
Et pour nous faire entendre un de ses courts instants[55],
Il faut chercher pour eux un nom parmi les Temps[56][57][58].)
Un jour les habitants de l’immortel empire,
Imprudents une fois, s’unissaient pour l’instruire[59].
« Éloa, disaient-ils, oh ! veillez bien sur vous[60] :
» Un Ange peut tomber ; le plus beau de nous tous
» N’est plus ici : pourtant dans sa vertu première

» On le nommait celui qui porte la lumière[61] ;
» Car il portait l’amour et la vie en tout lieu,
» Aux astres il portait tous les ordres de Dieu[62][63] ;
» La Terre consacrait sa beauté sans égale[64],
» Appelant Lucifer l’étoile matinale,
» Diamant radieux, que sur son front vermeil,
» Parmi ses cheveux d’or a posé le Soleil[65].
» Mais on dit qu’à présent il est sans diadème[66],
» Qu’il gémit, qu’il est seul, que personne ne l’aime,
» Que la noirceur d’un crime appesantit ses yeux[67],
» Qu’il ne sait plus parler le langage des Cieux ;
» La mort est dans les mots que prononce sa bouche ;
» Il brûle ce qu’il voit, il flétrit ce qu’il touche[68][69] ;

» Il ne peut plus sentir le mal ni les bienfaits ;
» Il est même sans joie aux malheurs qu’il a faits.
» Le Ciel qu’il habita se trouble à sa mémoire,
» Nul Ange n’osera vous conter son histoire[70],
» Aucun Saint n’oserait dire une fois son nom[71][72]. »
Et l’on crut qu’Éloa le maudirait ; mais non,
L’effroi n’altéra point son paisible visage[73],
Et ce fut pour le Ciel un alarmant présage.
Son premier mouvement ne fut pas de frémir[74],
Mais plutôt d’approcher comme pour secourir ;
La tristesse apparut sur sa lèvre glacée
Aussitôt qu’un malheur s’offrit à sa pensée[75] ;
Elle apprit à rêver, et son front innocent
De ce trouble inconnu rougit en s’abaissant ;
Une larme brillait auprès de sa paupière.
Heureux ceux dont le cœur verse ainsi la première !


Un Ange eut ces ennuis qui troublent tant nos jours[76],
Et poursuivent les grands dans la pompe des cours[77] ;
Mais au sein des banquets, parmi la multitude[78].
Un homme qui gémit trouve la solitude ;
Le bruit des Nations, le bruit que font les Rois,
Rien n’éteint dans son cœur une plus forte voix.
Harpes du Paradis, vous étiez sans prodiges !
Chars vivants dont les yeux ont d’éclatants prestiges[79] !
Armures du Seigneur[80], pavillons du saint lieu[81],
Étoiles des bergers tombant des doigts de Dieu,
Saphirs des encensoirs, or du céleste dôme,

Délices du Nebel[82], senteurs du Cinnamome[83][84],
Vos bruits harmonieux, vos splendeurs, vos parfums,
Pour un Ange attristé devenaient importuns ;
Les cantiques sacrés troublaient sa rêverie,
Car rien n’y répondait à son âme attendrie ;
Et soit lorsque Dieu même, appelant les Esprits[85],
Dévoilait sa grandeur à leurs regards surpris,
Et montrait dans les cieux, foyer de la naissance[86].
Les profondeurs sans nom de sa triple puissance ;
Soit quand les Chérubins représentaient entre eux
Ou les actes du Christ ou ceux des Bienheureux,
Et répétaient au ciel chaque nouveau Mystère[87]
Qui, dans les mêmes temps, se passait sur la Terre,
La crèche offerte aux yeux des Mages étrangers[88],
La famille au désert, le salut des Bergers[89] :
Éloa s’écartant de ce divin spectacle.
Loin de leur foule et loin du brillant Tabernacle,
Cherchait quelque nuage où dans l’obscurité
Elle pourrait du moins rêver en liberté.



Les Anges ont des nuits comme la nuit humaine.
Il est dans le Ciel même une pure fontaine[90] ;

Une eau brillante y court sur un sable vermeil[91][92].
Quand un Ange la puise, il dort, mais d’un sommeil
Tel que le plus aimé des amants de la terre
N’en voudrait pas quitter le charme solitaire[93][94],
Pas même pour revoir dormant auprès de lui
La beauté dont la tête a son bras pour appui.
Mais en vain Éloa s’abreuvait de son onde,
Sa douleur inquiète en était plus profonde ;
Et toujours dans la nuit un rêve lui montrait[95]
Un Ange malheureux qui de loin l’implorait[96][97].
Les Vierges quelquefois pour connaître sa peine[98],
Formant une prière inentendue et vaine[99],
L’entouraient, et prenant ces soins qui font souffrir.
Demandaient quels trésors il lui fallait offrir,

{{#tag :poem|

Et de quel prix serait son éternelle vie. Si le bonheur du Ciel flattait peu son envie[100] ; Et pourquoi son regard ne cherchait pas enfin Les regards d’un Archange ou ceux d’un Séraphin[101]. Éloa répondait une seule parole[102] : « Aucun d’eux n’a besoin de celle qui console. » On dit qu’il en est un… » Mais détournant leurs pas, Les Vierges s’enfuyaient et ne le nommaient pas[103].


Cependant, seule, un jour, leur timide compagne Regarde autour de soi la céleste campagne. Étend l’aile et sourit, s’envole, et dans les airs Cherche sa Terre amie ou des astres déserts[104][105].


Ainsi dans les forêts de la Louisiane[106], Bercé sous les bambous et la longue liane. Ayant rompu l’œuf d’or par le soleil mûri. Sort de son nid de fleurs l’éclatant Colibri[107][108] ;

}}

Une verte émeraude a couronné sa tête,
Des ailes sur son dos la pourpre est déjà prête,
La cuirasse d’azur garnit son jeune cœur ;
Pour les luttes de l’air l’oiseau part en vainqueur[109]
Il promène en des lieux voisins de la lumière
Ses plumes de corail qui craignent la poussière[110] ;
Sous son abri sauvage étonnant le ramier,
Le hardi voyageur visite le palmier[111].
La plaine des parfums est d’abord délaissée ;
Il passe, ambitieux, de l’érable à l’alcée[112],
Et de tous ses festins croit trouver les apprêts
Sur le front du palmiste ou les bras du cyprès[113] ;
Mais les bois sont trop grands pour ses ailes naissantes.
Et les fleurs du berceau de ces lieux sont absentes ;
Sur la verte savane il descend les chercher[114] ;
Les serpents-oiseleurs qu’elles pourraient cacher[115]
L’effarouchent bien moins que les forêts arides[116].

Il poursuit près des eaux le jasmin des Florides[117][118],
La nonpareille au fond de ses chastes prisons[119],
Et la fraise embaumée au milieu des gazons[120].



C’est ainsi qu’Éloa, forte dès sa naissance[121],
De son aile argentée essayant la puissance,
Passant la blanche voie où des feux immortels
Brûlent aux pieds de Dieu comme un amas d’autels,
Tantôt se balançant sur deux jeunes planètes.
Tantôt posant ses pieds sur le front des comètes,
Afin de découvrir les êtres nés ailleurs[122][123],
Arriva seule au fond des Cieux inférieurs.


L’Éther a ses degrés, d’une grandeur immense,
Jusqu’à l’ombre éternelle où le Chaos commence[124][125].
Sitôt qu’un Ange a fui l’azur illimité[126],
Coupole de saphirs qu’emplit la Trinité[127],
Il trouve un air moins pur ; là passent des nuages,
Là tournent des vapeurs, serpentent des orages.
Comme une garde agile, et dont la profondeur
De l’air que Dieu respire éteint pour nous l’ardeur.
Mais après nos soleils et sous les atmosphères
Où, dans leur cercle étroit, se balancent nos sphères,
L’espace est désert, triste, obscur, et sillonné
Par un noir tourbillon lentement entraîné.
Un jour douteux et pâle éclaire en vain la nue[128],
Sous elle est le Chaos et la nuit inconnue[129] ;

Et, lorsqu’un vent de feu brise son sein profond,
On devine le vide impalpable et sans fond[130].



Jamais les purs Esprits, enfants de la lumière[131],
De ces trois régions n’atteignent la dernière,
Et jamais ne s’égare aucun beau Séraphin
Sur ces degrés confus dont l’Enfer est la fin.
Même les Chérubins, si forts et si fidèles[132].
Craignent que l’air impur ne manque sous leurs ailes,
Et qu’ils ne soient forcés, dans ce vol dangereux,
De tomber jusqu’au fond du Chaos ténébreux.
due deviendrait alors l’exilé sans défense ?
Du rire des Démons l’inextinguible offense,
Leurs mots, leurs jeux railleurs, lent et cruel affront.
Feraient baisser ses yeux, feraient rougir son front.

Péril plus grand ! peut-être il lui faudrait entendre
Quelque chant d’abandon voluptueux et tendre :
Quelque regret du Ciel, un récit douloureux[133]
Dit par la douce voix d’un Ange malheureux[134].
Et même, en lui prêtant une oreille attendrie.
Il pourrait oublier la céleste patrie,
Se plaire sous la nuit, et dans une amitié
Qu’auraient nouée entre eux les chants et la pitié.
Et comment remonter à la voûte azurée,
Offrant à la lumière éclatante et dorée
Des cheveux dont les flots sont épars et ternis,
Des ailes sans couleurs, des bras, un col brunis,
Un front plus pâle, empreint de traces inconnues
Parmi les fronts sereins des habitants des nues[135],
Des yeux dont la rougeur montre qu’ils ont pleuré.
Et des pieds noirs encor d’un feu pestiféré[136] ?



Voilà pourquoi, toujours prudents et toujours sages.
Les Anges de ces lieux redoutent les passages.


C’était là cependant, sur la sombre vapeur[137],
Que la Vierge Éloa se reposait sans peur :
Elle ne se troubla qu’en voyant sa puissance[138],
Et les bienfaits nouveaux causés par sa présence.
Quelques mondes punis semblaient se consoler ;
Les globes s’arrêtaient pour l’entendre voler.
S’il arrivait aussi qu’en ses routes nouvelles[139]
Elle touchât l’un deux des plumes de ses ailes,
Alors tous les chagrins s’y taisaient un moment[140],
Les rivaux s’embrassaient avec étonnement ;
Tous les poignards tombaient oubliés par la haine ;
Le captif souriant marchait seul et sans chaîne[141] ;
Le criminel rentrait au temple de la loi ;
Le proscrit s’asseyait au palais de son Roi ;

L’inquiète Insomnie abandonnait sa proie ;
Les pleurs cessaient partout, hors les pleurs de la joie ;
Et surpris d’un bonheur rare chez les mortels,
Les amants séparés s’unissaient aux autels[142].

CHANT DEUXIÈME

séduction[143]

Souvent parmi les monts qui dominent la terre
S’ouvre un puits naturel, profond et solitaire ;
L’eau qui tombe du ciel s’y garde, obscur miroir
Où, dans le jour, on voit les étoiles du soir[144].
Là, quand la villageoise a, sous la corde agile,
De l’urne, au fond des eaux, plongé la frêle argile,
Elle y demeure oisive, et contemple longtemps
Ce magique tableau des astres éclatants.
Qui semble orner son front, dans l’onde souterraine[145],
D’un bandeau qu’envîraient les cheveux d’une Reine.
Telle, au fond du Chaos qu’observaient ses beaux ; yeux,
La Vierge, en se penchant, croyait voir d’autres Cieux[146].

Ses regards, éblouis par des Soleils sans nombre,
N’apercevaient d’abord qu’un abîme et que l’ombre,
Mais elle y vit bientôt des feux errants et bleus
Tels que des froids marais les éclairs onduleux[147][148] ;
Ils fuyaient, revenaient, puis s’échappaient encore ;
Chaque étoile semblait poursuivre un météore[149] ;
Et l’Ange, souriant au spectacle étranger,
Suivait des 5’eux leur vol circulaire et léger[150].
Bientôt il lui sembla qu’une pure harmonie
Sortait de chaque flamme à l’autre flamme unie[151] :
Tel est le choc plaintif et le son vague et clair[152]
Des cristaux suspendus au passage de l’air,
Pour que, dans son palais, la jeune Italienne
S’endorme en écoutant la harpe-Éolienne[153].
Ce bruit lointain devint un chant surnaturel[154],
Qui parut s’approcher de la fille du Ciel[155] ;
Et ces feux réunis furent comme l’aurore
D’un jour inespéré qui semblait près d’éclore[156].

À sa lueur de rose un nuage embaumé
Montait en longs détours dans un air enflammé,
Puis lentement forma sa couche d’ambroisie,
Pareille à ces divans où dort la molle Asie[157].
Là, comme un Ange assis, jeune, triste et charmant[158].
Une forme céleste apparut vaguement[159].



Quelquefois un enfant de la Clyde écumeuse[160][161],
En bondissant parcourt sa montagne brumeuse[162].
Et chasse un daim léger que son cor étonna,
Des glaciers de l’Arven aux brouillards du Crona[163][164],

Franchit les rocs moussus, dans les gouffres s’élance[165],
Pour passer le torrent aux arbres se balance,
Tombe avec un pied sûr, et s’ouvre des chemins[166]
Jusqu’à la neige encor vierge des pas humains.
Mais bientôt, s’égarant au milieu des nuages[167].
Il cherche les sentiers voilés par les orages[168] ;
Là, sous un arc-en-ciel qui couronne les eaux[169],
S’il a vu, dans la nue et ses vagues réseaux[170].
Passer le plaid léger d’une Écossaise errante,
Et s’il entend sa voix dans les échos mourante.
Il s’arrête enchanté, car il croit que ses yeux
Viennent d’apercevoir la sœur de ses aïeux.
Qui va faire frémir, ombre encore amoureuse,
Sous ses doigts transparents la harpe vaporeuse[171] ;

Il cherche alors comment Ossian la nomma,
Et, debout sur sa roche, appelle Evir-Coma[172][173].



Non moins belle apparut, mais non moins incertaine,
De l’Ange ténébreux la forme encor lointaine,
Et des enchantements non moins délicieux
De la Vierge céleste occupèrent les yeux[174][175].
Comme un cygne endormi, qui seul, loin de la rive.
Livre son aile blanche à l’onde fugitive[176],
Le jeune homme inconnu mollement s’appuyait
Sur ce lit de vapeurs qui sous ses bras fuyait.
Sa robe était de pourpre, et, flamboyante ou pâle[177],
Enchantait les regards des teintes de l’opale[178].

Ses cheveux étaient noirs, mais pressés d’un bandeau ;
C’était une couronne ou peut-être un fardeau :
L’or en était vivant comme ces feux mystiques
Qui, tournoyants, brûlaient sur les trépieds antiques.
Son aile était ployée, et sa faible couleur
De la brume des soirs imitait la pâleur[179].
Des diamants nombreux rayonnent avec grâce
Sur ses pieds délicats qu’un cercle d’or embrasse[180] ;
Mollement entourés d’anneaux mystérieux.
Ses bras et tous ses doigts éblouissent les yeux[181].
Il agite sa main d’un sceptre d’or armée[182],
Comme un roi qui d’un mont voit passer son armée[183],
Et, craignant que ses vœux ne s’accomplissent pas,
D’un geste impatient accuse tous ses pas.
Son front est inquiet ; mais son regard s’abaisse,

{{#tag :poem|

Soit que sachant des yeux la force enchanteresse, Il veuille ne montrer d’abord que par degrés Leurs rayons caressants encor mal assurés, Soit qu’il redoute aussi l’involontaire flamme Qui dans un seul regard révèle l’âme à l’âme[184]. Tel que dans la forêt le doux vent du matin[185] Commence ses soupirs par un bruit incertain Qui réveille la terre et fait palpiter l’onde ; Élevant lentement sa voix douce et profonde, Et prenant un accent triste comme un adieu, Voici les mots qu’il dit à la fille de Dieu :


» D’où viens-tu, bel Archange ? où vas-tu ? quelle voie[186] » Suit ton aile d’argent qui dans l’air se déploie[187] ? » Vas-tu, te reposant au centre d’un Soleil, » Guider l’ardent foyer de son cercle vermeil[188] ; » Ou, troublant les amants d’une crainte idéale, » Leur montrer dans la nuit l’Aurore boréale[189] ; » Partager la rosée aux calices des fleurs, }} {{#tag :poem| » Ou courber sur les monts l’écharpe aux sept couleurs[190][191] ? » Tes soins ne sont-ils pas de surveiller les âmes[192], » Et de parler, le soir, au cœur des jeunes femmes ; » De venir comme un rêve en leurs bras te poser, » Et de leur apporter un fils dans un baiser[193][194] ? » Tels sont tes doux emplois, si du moins j’en veux croire[195] » Ta beauté merveilleuse et tes rayons de gloire. » Mais plutôt n’es-tu pas un ennemi naissant[196] » Qu’instruit à me haïr mon rival trop puissant ? » Ah ! peut-être est-ce toi qui, m’offensant moi-même, » Conduiras mes Païens sous les eaux du baptême[197] ; » Car toujours l’ennemi m’oppose triomphant » Le regard d’une vierge ou la voix d’un enfant[198]. » Je suis un exilé que tu cherchais peut-être[199] :

}}

» Mais s’il est vrai, prends garde au Dieu jaloux ton maître ;
» C’est pour avoir aimé, c’est pour avoir sauvé,
» Que je suis malheureux, que je suis réprouvé.
» Chaste beauté ! viens-tu me combattre ou m’absoudre[200] ?
» Tu descends de ce Ciel qui m’envoya la foudre,
» Mais si douce à mes yeux, que je ne sais pourquoi
» Tu viens aussi d’en haut, bel Ange, contre moi[201]. »



Ainsi l’Esprit parlait. À sa voix caressante[202],
Prestige préparé contre une âme innocente,
À ces douces lueurs, au magique appareil
De cet Ange si doux, à ses frères pareil[203],
L’habitante des Cieux, de son aile voilée.
Montait en reculant sur sa route étoilée[204],
Comme on voit la baigneuse au milieu des roseaux[205]

Fuir un jeune nageur qu’elle a vu sous les eaux[206].
Mais en vain ses deux pieds s’éloignaient du nuage,
Autant que la colombe en deux jours de voyage
Peut s’éloigner d’Alep et de la blanche tour[207]
D’où la sultane envoie une lettre d’amour[208] :
Sous l’éclair d’un regard sa force fut brisée[209] ;
Et, dès qu’il vit ployer son aile maîtrisée[210],
L’ennemi séducteur continua tout bas :



« Je suis celui qu’on aime et qu’on ne connaît pas.
» Sur l’homme j’ai fondé mon empire de flamme,
» Dans les désirs du cœur, dans les rêves de l’âme,
» Dans les liens des corps, attraits mystérieux,
» Dans les trésors du sang, dans les regards des yeux[211].
» C’est moi qui fais parler l’épouse dans ses songes ;

» La jeune fille heureuse apprend d’heureux mensonges ;
» Je leur donne des nuits qui consolent des jours,
» Je suis le Roi secret des secrètes amours[212].
» J’unis les cœurs, je romps les chaînes rigoureuses[213],
» Comme le papillon sur ses ailes poudreuses[214]
» Porte aux gazons émus des peuplades de fleurs[215],
» Et leur fait des amours sans périls et sans pleurs[216].
» J’ai pris au Créateur sa faible créature ;
» Nous avons, malgré lui, partagé la Nature[217] :
» Je le laisse, orgueilleux des bruits du jour vermeil,
» Cacher des astres d’or sous l’éclat d’un Soleil[218] ;
» Moi, j’ai l’ombre muette, et je donne à la terre
» La volupté des soirs et les biens du mystère.



» Es-tu venue, avec quelques Anges des cieux[219],
» Admirer de mes nuits le cours délicieux ?

» As-tu vu leurs trésors ? Sais-tu quelles merveilles
» Des Anges ténébreux accompagnent les veilles ?



» Sitôt que, balancé sous le pâle horizon[220],
» Le soleil rougissant a quitté le gazon[221],
» Innombrables Esprits, nous volons dans les ombres[222]
» En secouant dans l’air nos chevelures sombres[223] :
» L’odorante rosée alors jusqu’au matin
» Pleut sur les orangers, les lilas et le thym[224].
» La Nature attentive aux lois de mon empire[225]
» M’accueille avec amour, m’écoute et me respire ;
» Je redeviens son âme, et pour mes doux projets,
» Du fond des éléments j’évoque mes sujets.
» Convive accoutumé de ma nocturne fête,
» Chacun d’eux en chantant à s’y rendre s’apprête.
» Vers le ciel étoile, dans l’orgueil de son vol[226],
» S’élance, le premier, l’éloquent rossignol[227] ;
» Sa voix sonore, à l’onde, à la terre, à la nue,

» De mon heure chérie annonce la venue[228] ;
’75 » Il vante mon approche aux pâles alisiers,
» Il la redit encore aux humides rosiers ;
» Héraut harmonieux, partout il me proclame ;
» Tous les oiseaux de l’ombre ouvrent leurs yeux de flamme.
» Le vermisseau reluit ; son front de diamant
» Répète auprès des fleurs les feux du firmament,
» Et lutte de clartés avec le météore[229]
» Qui rôde sur les eaux comme une pâle aurore.
» L’étoile des marais, que détache ma main,
» Tombe et trace dans l’air un lumineux chemin[230][231].



» Dédaignant le remords et sa triste chimère[232],
» Si la Vierge a quitté la couche de sa mère,

» Ces flambeaux naturels s’allument sous ses pas[233],
» Et leur feu clair la guide et ne la trahit pas.
» Si sa lèvre s’altère et vient près du rivage
» Chercher comme une coupe un profond coquillage,
» L’eau soupire et bouillonne, et devant ses pieds nus
» Jette aux bords sablonneux la Conque de Vénus[234].
» Des Esprits lui font voir de merveilleuses choses,
» Sous des bosquets remplis de la senteur des roses ;
» Elle aperçoit sur l’herbe, où leur main la conduit,
» Ces fleurs dont la beauté ne s’ouvre que la nuit,
» Pour qui l’aube du jour aussi sera cruelle[235],
» Et dont le sein modeste a des amours comme elle[236].
» Le silence la suit ; tout dort profondément.
» L’ombre écoute un mystère avec recueillement[237] ;
» Les vents, des prés voisins, apportent l’ambroisie
» Sur la couche des bois que l’amant a choisie[238].
» Bientôt deux jeunes voix murmurent des propos
« Qui des bocages sourds animent le repos.
» Au fond de l’orme épais dont l’abri les accueille,
» L’oiseau réveillé chante et bruït sous la feuille.
» L’hymne de volupté fait tressaillir les airs[239],
» Les arbres ont leurs chants, les buissons leurs concerts,
» Et, sur les bords d’une eau qui gémit et s’écoule,
» La colombe de nuit languissamment roucoule[240][241].



» La voilà sous tes yeux l’œuvre du Malfaiteur[242] ;
» Ce méchant qu’on accuse est un Consolateur[243]
» Qui pleure sur l’esclave et le dérobe au maître[244],
» Le sauve par l’amour des chagrins de son être[245],
» Et, dans le mal commun lui-même enseveli[246],
» Lui donne un peu de charme et quelquefois l’oubli[247]. »
Trois fois, durant ces mots, de l’Archange naissante,
La rougeur colora la joue adolescente,
Et, luttant par trois fois contre un regard impur,
Une paupière d’or voila ses yeux d’azur.

CHANT TROISIÈME

chute[248]

D’où venez-vous, Pudeur, noble crainte, ô Mystère,
Qu’au temps de son enfance a vu naître la terre,
Fleur de ses premiers jours qui germez parmi nous,
Rose du Paradis ! Pudeur, d’où venez-vous[249] ?
Vous pouvez seule encor remplacer l’innocence,
Mais l’arbre défendu vous a donné naissance ;
Au charme des vertus votre charme est égal.
Mais vous êtes aussi le premier pas du mal ;
D’un chaste vêtement votre sein se décore[250],
Ève avant le serpent n’en avait pas encore ;
Et si le voile pur orne votre maintien[251].
C’est un voile toujours, et le crime a le sien[252] ;
Tout vous trouble, un regard blesse votre paupière[253].
Mais l’enfant ne craint rien, et cherche la lumière.

Sous ce pouvoir nouveau, la Vierge fléchissait[254],
Elle tombait déjà, car elle rougissait[255] ;
Déjà presque soumise au joug de l’Esprit sombre[256][257],
Elle descend, remonte, et redescend dans l’ombre[258].
Telle on voit la perdrix voltiger et planer
Sur des épis brisés qu’elle voudrait glaner.
Car tout son nid l’attend ; si son vol se hasarde[259],
Son regard ne peut fuir celui qui la regarde[260]
Et c’est le chien d’arrêt qui, sombre surveillant,
La suit, la suit toujours d’un œil fixe et brillant[261].



Ô des instants d’amour ineffable délire !
Le cœur répond au cœur comme l’air à la lyre.
Ainsi qu’un jeune amant, interprète adoré,
Explique le désir par lui-même inspiré,
Et contre la pudeur aidant sa bien-aimée,
Entraînant dans ses bras sa faiblesse charmée,
Tout enivré d’espoir, plus qu’à demi vainqueur.
Prononce les serments qu’elle fait dans son cœur,
Le prince des Esprits, d’une voix oppressée[262],
De la Vierge timide expliquait la pensée.
Éloa, sans parler, disait : Je suis à toi ;
Et l’Antye ténébreux dit tout haut : Sois à moi !



« Sois à moi, sois ma sœur ; je t’appartiens moi-même ;
» Je t’ai bien méritée, et dès longtemps je t’aime,
» Car je t’ai vue un jour. Parmi les fais de l’air
» Je me mêlais, voilé comme un soleil d’hiver[263][264].
» Je revis une fois l’ineffable contrée,
» Des peuples lumineux la patrie azurée,
» Et n’eus pas un regret d’avoir quitté ces lieux
» Où la crainte toujours siège parmi les Dieux[265].
» Toi seule m’apparus comme une jeune étoile
» Qui de la vaste nuit perce à l’écart le voile[266][267] ;
» Toi seule me parus ce qu’on cherche toujours,
» Ce que l’homme poursuit dans l’ombre de ses jours,
» Le Dieu qui du bonheur connaît seul le mystère,
» Et la Reine qu’attend mon trône solitaire.
» Enfin, par ta présence, habile à me charmer,
» Il me fut révélé que je pouvais aimer.



« Soit que tes yeux, voilés d’une ombre de tristesse,
» Aient entendu les miens qui les cherchaient sans cesse,
» Soit que ton origine, aussi douce que toi,
» T’ait fait une patrie un peu plus près de moi.

» Je ne sais, mais depuis l’heure qui te vit naître,
» Dans tout être créé j’ai cru te reconnaître[268] ;
» J’ai trois fois en pleurant passé dans l’Univers[269],
» Je te cherchais partout, dans un souffle des airs.
» Dans un rayon tombe du disque de la lune,
» Dans l’étoile qui fuit le ciel qui l’importune,
» Dans l’arc-en-ciel, passage aux Anges familier[270].
» Ou sur le lit moelleux des neiges du glacier ;
» Des parfums de ton vol je respirais la trace ;
» En vain j’interrogeai les globes de l’espace.
» Du char des astres purs j’obscurcis les essieux[271],
» Je voilai leurs rayons pour attirer tes yeux,
» J’osai même, enhardi par mon nouveau délire[272],
» Toucher les fibres d’or de la céleste lyre.
» Mais tu n’entendis rien, mais tu ne me vis pas.
» Je revins à la Terre, et je glissai mes pas
» Sous les abris de l’homme où tu reçus naissance.
» Je croyais t’y trouver protégeant l’innocence,
» Au berceau balancé d’un enfant endormi[273].
» Rafraîchissant sa lèvre avec un souffle ami ;
» Ou bien comme un rideau développant ton aile,

» Et gardant contre moi, timide sentinelle[274],
» Le sommeil de la Vierge aux côtés de sa sœur[275],
» Qui, rêvant, sur son sein la presse avec douceur[276].
» Mais seul je retournai sous ma belle demeure[277],
» J’y pleurai comme ici, j’y gémis, jusqu’à l’heure
» Où le son de ton vol m’émut, me fit trembler[278],
» Comme un prêtre qui sent que son Dieu va parler. »



Il disait ; et bientôt comme une jeune Reine[279],
Qui rougit de plaisir au nom de souveraine.
Et fait à ses sujets un geste gracieux[280],
Ou donne à leurs transports un regard de ses yeux,
Éloa, soulevant le voile de sa tête,
Avec un doux sourire à lui parler s’apprête,
Descend plus près de lui, se penche, et mollement
Contemple avec orgueil son immortel amant.
Son beau sein, comme un flot qui sur la rive expire,
Pour la première fois se soulève et soupire ;
Son bras, comme un lis blanc sur le lac suspendu[281],

S’approche sans effroi lentement étendu[282] ;
Sa bouche parfumée en s’ouvrant semble éclore,
Comme la jeune rose aux faveurs de l’aurore[283],
Quand le matin lui verse une fraîche liqueur,
Et qu’un rayon du jour entre jusqu’à son cœur.
Elle parle, et sa voix dans un beau son rassemble
Ce que les plus doux bruits auraient de grâce ensemble ;
Et la lyre accordée aux flûtes dans les bois.
Et l’oiseau qui se plaint pour la première fois,
Et la mer quand ses flots apportent sur la grève
Les chants du soir aux pieds du voyageur qui rêve[284],
Et le vent qui se joue aux cloches des hameaux,
Ou fait gémir les joncs de la fuite des eaux :



« Puisque vous êtes beau, vous êtes bon, sans doute ;
» Car, sitôt que des Cieux une âme prend la route,
» Comme un saint vêtement, nous voyons sa bonté[285]
» Lui donner en entrant l’éternelle beauté[286].
» Mais pourquoi vos discours m’inspirent-ils la crainte ?
» Pourquoi sur votre front tant de douleur empreinte[287] ?

» Comment avez-vous pu descendre du saint lieu ?
» Et comment m’aimez-vous, si vous n’aimez pas Dieu ? »



Le trouble des regards, grâce de la décence[288][289],
Accompagnait ces mots, forts comme l’innocence ;
Ils tombaient de sa bouche, aussi doux, aussi purs,
Que la neige en hiver sur les coteaux obscurs[290][291] ;
Et comme, tout nourris de l’essence première.
Les Anges ont au cœur des sources de lumière.
Tandis qu’elle parlait, ses ailes à l’entour.
Et son sein et ses bras répandirent le jour[292][293] :
Ainsi le diamant luit au milieu des ombres[294][295].
L’Archange s’en effraie, et sous ses cheveux sombres

Cherche un épais refuge à ses yeux éblouis[296] ;
Il pense qu’à la fin des Temps évanouis,
Il lui faudra de même envisager son maître,
Et qu’un regard de Dieu le brisera peut-être[297] ;
Il se rappelle aussi tout ce qu’il a souffert
Après avoir tenté Jésus dans le désert.
Il tremble ; sur son cœur où l’enfer recommence[298],
Comme un sombre manteau jette son aile immense,
Et veut fuir. La terreur réveillait tous ses maux[299].



Sur la neige des monts, couronne des hameaux,
L’Espagnol a blessé l’aigle des Asturies[300],
Dont le vol menaçait ses blanches bergeries ;
Hérissé, l’oiseau part et fait pleuvoir le sang,
Monte aussi vite au ciel que l’éclair en descend[301] ;
Regarde son Soleil, d’un bec ouvert l’aspire[302],
Croit reprendre la vie au flamboyant empire[303] ;

Dans un fluide d’or il nage puissamment[304],
Et parmi les rayons se balance un moment :
Mais l’homme l’a frappé d’une atteinte trop sûre ;
Il sent le plomb chasseur fondre dans sa blessure[305] ;
Son aile se dépouille, et son royal manteau
Vole comme un duvet qu’arrache le couteau.
Dépossédé des airs, son poids le précipite ;
Dans la neige du mont il s’enfonce et palpite,
Et la glace terrestre a d’un pesant sommeil
Fermé cet œil puissant respecté du Soleil.



Tel retrouvant ses maux au fond de sa mémoire,
L’Ange maudit pencha sa chevelure noire[306],
Et se dit, pénétré d’un chagrin infernal :
« — Triste amour du péché ! sombres désirs du mal !
» De l’orgueil, du savoir gigantesques pensées !
» Comment ai-je connu vos ardeurs insensées ?
» Maudit soit le moment où j’ai mesuré Dieu[307] !
» Simplicité du cœur ! à qui j’ai dit adieu,
» Je tremble devant toi, mais pourtant je t’adore ;
» Je suis moins criminel puisque je t’aime encore ?
» Mais dans mon sein flétri tu ne reviendras pas[308] !

» Loin de ce que j’étais, quoi ! j’ai fait tant de pas !
» Et de moi-même à moi si grande est la distance,
» Que je ne comprends plus ce que dit l’innocence ;
» Je souffre, et mon esprit, par le mal abattu,
» Ne peut plus remonter jusqu’à tant de vertu[309].



» Qu’êtes-vous devenus, jours de paix, jours célestes ?
» Quand j’allais, le premier de ces Anges modestes,
» Prier à deux genoux devant l’antique loi[310],
» Et ne pensais jamais au delà de la foi[311] ?
» L’éternité pour moi s’ouvrait comme une tête[312] ;
» Et, des fleurs dans mes mains, des rayons sur ma tête[313],



Le Tentateur lui-même était presque charmé,
Il avait oublié son art et sa victime.
Et son cœur un moment se reposa du crime[314].
Il répétait tout bas, et le front dans ses mains :
« Si je vous connaissais, ô larmes des humains ! »


Ah ! si dans ce moment la Vierge eût pu l’entendre.
Si la céleste main qu’elle eût osé lui tendre[315]
L’eût saisi repentant, docile à remonter[316]
Qui sait ? le mal peut-être eût cessé d’exister[317][318].
Mais, sitôt qu’elle vit sur sa tête pensive[319]
De l’Enfer décelé la douleur convulsive[320].
Étonnée et tremblante, elle éleva ses yeux[321],
Plus forte, elle parut se souvenir des Cieux[322],
Et souleva deux fois ses ailes argentées[323],
Entr’ouvrant pour gémir ses lèvres enchantées ;

Ainsi qu’un jeune enfant, s’attachant aux roseaux,
Tente de faibles cris étouffés sous les eaux[324],
Il la vit prête à fuir vers les cieux de lumière[325].
Comme un tigre éveillé bondit dans la poussière.
Aussitôt en lui-même, et plus fort désormais.
Retrouvant cet esprit qui ne fléchit jamais,
Ce noir esprit du mal qu’irrite l’innocence.
Il rougit d’avoir pu douter de sa puissance.
Il rétablit la paix sur son front radieux,
Rallume tout à coup l’audace de ses yeux.
Et longtemps en silence il regarde et contemple
La victime du Ciel qu’il destine à son temple ;
Comme pour lui montrer qu’elle résiste en vain.
Et s’endurcir lui-même à ce regard divin.
Sans amour, sans remords, au fond d’un cœur de glace.
Des coups qu’il va porter il médite la place[326].
Et, pareil au guerrier qui, tranquille à dessein,
Dans les défauts du fer cherche à frapper le sein.
Il compose ses traits sur les désirs de l’Ange ;
Son air, sa voix, son geste et son maintien, tout change,
Sans venir de son cœur, des pleurs fallacieux
Paraissent tout à coup sur le bord de ses yeux.
La Vierge dans le Ciel n’avait pas vu de larmes[327],
Et s’arrête ; un soupir augmente ses alarmes[328].
Il pleure amèrement comme un homme exilé,

Comme une veuve auprès de son fils immolé[329] ;
Ses cheveux dénoués sont épars ; rien n’arrête
Les sanglots de son sein qui soulèvent sa tête.
Éloa vient et pleure ; ils se parlent ainsi[330] :



« Que vous ai-je donc fait ? Qu’avez-vous ? me voici.
— Tu cherches à me fuir, et pour toujours peut-être[331].
Combien tu me punis de m’être fait connaître !
— J’aimerais mieux rester ; mais le Seigneur m’attend.
Je veux parler pour vous, souvent il nous entend[332].
— Il ne peut rien sur moi, jamais mon sort ne change[333],
Et toi seule es le Dieu qui peut sauver un Ange.
— Que puis-je faire ? hélas ! dites, faut-il rester[334] ?
— Oui, descends jusqu’à moi, car je ne puis monter.
— Mais quel don voulez-vous ? — Le plus beau, c’est nous-mêmes[335]
Viens. — M’exiler du Ciel ? — Qu’importe, si tu m’aimes[336] ?
Touche ma main. Bientôt dans un mépris égal[337]

Se confondront pour nous et le bien et le mal[338].
Tu n’as jamais compris ce qu’on trouve de charmes
À présenter son sein pour y cacher des larmes[339].
Viens, il est un bonheur que moi seul t’apprendrai ;
Tu m’ouvriras ton âme, et je l’y répandrai.
Comme l’aube et la lune au couchant reposée
Confondent leurs rayons, ou comme la rosée
Dans une perle seule unit deux de ses pleurs
Pour s’empreindre du baume exhalé par les fleurs[340].
Comme un double flambeau réunit ses deux flammes,
Non moins étroitement nous unirons nos âmes.
— Je t’aime et je descends. Mais que diront les Cieux[341] ? »



En ce moment passa dans l’air, loin de leurs yeux,
Un des célestes chœurs, où, parmi les louanges[342].
On entendit ces mots que répétaient des Anges[343] :
« Gloire dans l’Univers, dans les Temps, à celui[344]

» Qui s’immole à jamais pour le salut d’autrui[345]. »
Les Cieux semblaient parler. C’en était trop pour elle[346].



Deux fois encor levant sa paupière infidèle,
Promenant des regards encore irrésolus,
Elle chercha ses Cieux qu’elle ne voyait plus.



Des Anges au Chaos allaient puiser des mondes[347].
Passant avec terreur dans ses plaines profondes,
Tandis qu’ils remplissaient les messages de Dieu,
Ils ont tous vu tomber un nuage de feu.
Des plaintes de douleur, des réponses cruelles,
Se mêlaient dans la flamme au battement des ailes.



Où me conduisez-vous, bel Ange ? — Viens toujours.
— Que votre voix est triste, et quel sombre discours[348] !
N’est-ce pas Éloa qui soulève ta chaîne ?
J’ai cru t’avoir sauvé. — Non, c’est moi qui t’entraîne.
— Si nous sommes unis, peu m’importe en quel lieu[349] !

Nomme-moi donc encore ou ta Sœur ou ton Dieu[350] !
— J’enlève mon esclave et je tiens ma victime.
— Tu paraissais si bon ! Oh ! qu’ai-je fait ? — Un crime.
— Seras-tu plus heureux, du moins, es-tu content[351][352] ?
— Plus triste que jamais. — Qui donc es-tu ? — Satan.


Écrit en 1823, dans les Vosges[353].

    ne puis répondre à l’être immortel qui se tient devant moi ; je ne puis en avoir horreur ; je le contemple avec une crainte mêlée de plaisir, et je ne m’enfuis pas ; dans son regard il y a une attraction puissante qui fixe mes yeux vacillants sur les siens ; mon cœur bat vite ; il m’épouvante, et pourtant il m’attire, il m’attire de plus en plus. — La première rédaction de Vigny était une réminiscence de Chateaubriand, Martyrs, l. XIII : Ainsi lorsqu’un serpent d’or et d’azur roule au sein d’un pré ses écailles changeantes, il lève une crête de pourpre au milieu des fleurs, darde une triple langue de feu, et lance des regards étincelants ; la colombe qui l’aperçoit du haut des airs, fascinée par le brillant reptile, abaisse peu à peu son vol, s’abat sur un arbre voisin, et descendant de branche en branche, se livre au pouvoir magique qui la fait tomber des voûtes du ciel.

  1. Le sous-titre est emprunté à Byron, qui qualifie de « mystères » ses drames bibliques, Caïn et Ciel et Terre. « Les scènes qui suivent sont intitulées « mystère », conformément au titre que l’on donnait anciennement aux drames roulant sur de semblables sujets, que l’on appelait « mystères, ou moralités » (Préface de Caïn). — L’idée génératrice du poème se trouve peut-être dans ce passage du Génie du Christianisme, 1er partie, 1. III, ch. 3 : L’homme pouvait détruire l’harmonie de son être de deux manières, ou en voulant trop aimer, ou en voulant trop savoir. Il pécha surtout par la seconde : c’est qu’en effet nous avons beaucoup plus l’orgueil des sciences que l’orgueil de l’amour ; celui-ci aurait été plus digne de pitié que de châtiment.
  2. L’épigraphe choisie par Vigny dans la Genèse, à l’exemple de Byron pour son Caïn, ne reproduit pas littéralement un verset du mondes imparfaits qui naissent (1er corr : tous créés, 2e corr : inventés) pour mourir, | Et toutes ces beautés qui doivent se flétrir ? | Comment Dieu n’a-t-il pas des œuvres sans mélange ? | Une femme a paru sous les ailes d’un ange ? — Et plus bas : Sagesse du Très-haut, qui vous pénétrera ? | Une larme a causé la naissance d’un ange. | Toujours quelque douleur (future à son biffé) partout se montrera. | Sagesse du Très-haut, qui vous pénétrera ? | (Ce dernier vers est repris dans un des fragments que l’on trouvera à la suite de la note critique aux vers 73-74).
  3. Un feuillet non paginé donne, biffe, le couplet suivant, qui parait être une ébauche de début : Créateur, Créateur ! pourquoi tant de miracles ? | Ces nouveau-nés frappés par d’antiques oracles ? | Ces texte sacré. Elle en résume le chapitre iii, en s’inspirant plus particulièrement du verset 13 : Le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi avez-vous fait cela ? Elle répondit : Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé de ce fruit.
  4. Var : M, Un ange est né jadis sur notre terre au temps
  5. Allusion à la parabole de l’ivraie (Math., XIII, 38) : Le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les enfants de Dieu, et l’ivraie, ce sont les enfants du malin.
  6. Luc, X.
  7. Luc, XV, 1-10 ; Matth., XVIII, 12.
  8. Jean, X.
  9. Matth. XXIII, 27 : Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, qui êtes semblables à des sépulcres blanchis…
  10. Matth. XV, 22 : Et en même temps une femme Chananéenne… s’écria en lui disant ; Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi : ma fille est misérablement tourmentée par le démon, etc…
  11. Allusion probable à l’épisode de la Samaritaine (Jean, IV).
  12. Var : M, il montrait (corr. : enseignait)
  13. Matth., XIX, 13 : On lui présenta ensuite de petits enfants, afin qu’il leur imposât les mains.
  14. Var : M, Sur les (corr. : Puis aux)
  15. L’aveugle : Jean, IX, 1-12, ou Marc, VIII, 22-26 ; le lépreux Matth., VIII 2-4 ; le sourd : Marc, VII, 31.
  16. Var v. 15-16 : M, 1er main, L’aveugle-né voyait sur la route isolée | Le lépreux embrasser sa femme consolée, 2e main, L’aveugle-né voyait s’embrassant sur sa route | Le lépreux et le sourd qui le touche et l’écoute,
  17. Var : M, 1er main, Et tous pour la cité qui reçut leur adieu, 2e main, texte actuel.
  18. Luc, V, 15-16 : Cependant comme sa réputation se répandait de plus en plus, les peuples venaient en foule pour l’entendre, et pour être guéris de leurs maladies ; mais il se retirait dans le désert et il priait.
  19. Var : M, Au début du vers, Sa, biffé.
  20. La Fontaine, Les Deux Pigeons :
    L’absence est le plus grand des maux.
  21. Var v. 21-24 : ces vers sont rajoutés sur le manuscrit.
  22. Jean, XI, 5 : Jésus aimait Marthe, Marie sa sœur, et Lazare.
  23. Jean, XI, 25 : Jésus lui repartit : Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra.
  24. Luc, X, 58-39 : Jésus, étant en chemin avec ses disciples, entra dans un bourg, et une femme nommée Marthe le reçut en sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie…
  25. Var : M, et (corr. : or) Marie D, C’étaient Marthe et Marie ;
  26. Jean, XI, 2 : Cette Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfum ; et XII, 4-5 : Alors un de ses disciples, nommé Judas Iscariote, celui qui devait le trahir, commença de dire : Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, qu’on aurait donnés aux pauvres ? — Voir aussi Matth. XXVI, 6-9.
  27. Var : M, 1er main, Elles pleuraient : en vain Jésus disait : il dort. 2e main, texte actuel.
  28. Var : M, 1er main, Mais lui, quand le sépulcre ouvert montra le mort, 2e main, Et lui-même ayant vu la dépouille du mort, 3e main, texte actuel.
  29. Jean, XI, 11 : Après leur avoir dit ces paroles, il ajouta : Notre ami Lazare dort… — XI, 33-35 : Jésus, voyant qu’elle (Marie) pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuraient aussi, frémit en esprit et se troubla lui-même. Puis il leur dit : Où l’avez-vous mis ? Ils lui répondirent : Seigneur, venez et voyez. Alors Jésus pleura.
  30. Vigny parait s’inspirer ici de la légende de la Sainte Larme de Vendôme. On la trouvera tout au long dans la Cosmographie Universelle de Fr. de Belle-Forest, Paris, 1575 ; t. I, p. 322. « Lorsque nostre Seigneur resuscita le Lazare, et qu’il ploura, un Ange recueillit cette larme d’un grand nombre qui ruisseloyent des yeux du Sauveur, formant soudain un vase qui à dire vray est de merveilleux artifice, et le dehors duquel est blanc et aussi transparent que chrystal ; et la sainte Larme (qui tousjours tremblote dans ce petit vaisseau) est de couleur d’eau et azurée : je vous en parle comme sçavant, qui ay pris soigneuse garde à la contempler à mon aise. » Toujours d’après Belle-Forest, qui tient ses renseignements des religieux de Vendôme, l’Ange donna la sainte Larme à la Madeleine, qui la légua à saint Masimin, évêque de Marseille. Elle fut emportée par l’empereur Constantin à Constantinople ; elle en revint avec le comte d’Anjou Geoffroy Martel, qui la déposa en l’abbaye de la Trinité de Vendôme. Je ne sais par quelle voie cette légende était parvenue à Alfred de Vigny. Elle était également connue d’Henri de Latouche, qui y fait allusion dans son compte-rendu d’Éloa (Mercure du XIXe siècle, 1825, t. IX, p. 347 et suiv.).
  31. Var : M, Ainsi que le salpêtre (corr. : texte actuel).
  32. Var : M, Une voix inconnue au ciel dit : Éloa !
  33. Klopstock, chant I, v. 289-291, 299-502, trad. d’Antelmy, 1769, t. I, p. 21 : Le premier-né des Trônes, celui que Dieu honore du nom de son élu et que les cieux appellent Éloa… Dieu le créa le premier : il le revêtit d’un corps éthéré, formé des rayons les plus purs de l’aurore. Un ciel de nuées l’enveloppait au moment qu’il parvint à l’existence. Dieu, en le tirant du sein des nuées, le bénit et lui dit : « Créature, me voici. » — Ce passage de Klopstock est cité par Chateaubriand, Génie, 2e partie, l. IV, ch. 10.
  34. Moore, Les Amours des Anges, trad. Belloc, 1823, p. 19 : Comme la jeune épouse qui se penche au bord du lit nuptial…
  35. Var : M, Telle on voit
  36. Moore, A. d. A., p. 72 : Elle s’était évanouie comme un météore qui luit tout à coup sur nos têtes, et qui s’enfuit au moment où l’on crie : « Voyez, voyez !… »
  37. Var : M, La rose à la lueur (corr. : texte actuel).
  38. Var : M, Et des forêts la lune
  39. Var : M, sont d’argent est rajouté d’une autre encre.
  40. Var v. 65-66 : M, Et prodige enchanteur, dans son double dessin, | Le céleste tissu couvre à peine un beau sein.
  41. Var : C1, C2, ange
  42. Milton, P. P., V, 375 (l’archange Raphaël vient visiter Adam et Eve dans le Paradis terrestre) : Conduis-moi donc [dit-il à Adam] là où ton berceau répand son ombre. — VIII, 615 : À la question qui lui est posée par Adam : « N’aiment-ils point, les esprits célestes ? et leur amour, comment l’expriment-ils ? » l’archange répond : « Qu’il te suffise de savoir que nous sommes heureux ; et sans l’amour il n’est pas de bonheur… Plus aisément que l’air avec l’air, si les esprits s’embrassent, ils se mêlent tout entiers, désirant l’union du pur avec le pur. »
  43. Var v. 73-74 : M, Mais jamais les sœurs qui naquirent (corr. : Mais nulle de ces sœurs que Dieu créa) pour eux 1er main, n’arriva plus brillante au ciel des bienheureux 2e main, texte actuel.

    Plusieurs fragments inutilisés, écrits sur des feuillets non paginés du manuscrit, semblent se relier les uns aux autres, et former comme une première ébauche du développement qui va du vers 75 au vers 106 :

    1. — Sitôt que l’urne sainte eut fait naître Éloa, | Pour le triste univers l’heureux ciel espéra.

    2. — À leurs transports d’amour les Séraphins fidèles | L’accueillirent longtemps par le bruit de leurs ailes ; | mais troublant de leurs voix (corr. : à l’écart) les sons harmonieux | De l’hymne créateur que chantèrent les cieux, | Des Chérubins savans le chœur toujours austère | Répéta gravement, l’œil baissé vers la terre : | Prends garde, ô Vierge ailée (corr. : ô notre sœur) à la douce pitié, | Car des vertus du ciel tu n’as que la moitié. | À la pitié tu mo (inachevé ; ces deux vers et demi sont biffés). | Sagesse du très haut, qui vous pénétrera ? | 1er main, Pourquoi l’élevez-vous, celle qui tombera ? | 2e main, Sans la main du Seigneur l’étoile tombera.

    3. — Et sa couronne d’or aux magiques merveilles | n’ornera plus son front las de ses saintes (corr. : la nuit pendant ses) veilles. | Sous la main du Seigneur à peine épanoui | L’arc en ciel pâlira dans l’air évanoui. | Fuyez l’antique orgueil, créature nouvelle : | 1er main. C’est au fond de parfums (corr. : de l’encens) que le feu se révèle. | 2e main, Sous la myrrhe et l’encens la flamme se révèle. | Qui, naît parmi les pleurs peut être infortuné, | Ainsi que sur la terre est l’homme nouveau-né.

    4. — Elle enchante la femme et peut égarer l’ange. (Elle, dans ce vers, représente évidemment la pitié. Voir ci-dessus, fragment 2.)

  44. Milton, P. P., V, 276 : Raphaël reprend sa propre forme, celle d’un Séraphin ailé. Il portait six ailes, pour ombrager ses membres divins… — Ce passage est cité par Chateaubriand, Génie, 2e partie, l. IV, ch. 10.
  45. Var : M, 1er main, Les tendres Séraphins aux bleuâtres prunelles, 2e main, texte actuel.
  46. Var : M, Les trônes, les vertus, les princes.
  47. Var : M, Et les rêves légers et les saintes louanges,
  48. Milton, P. P., V, 600 : Écoutez, vous tous, Anges, race de lumière, Trônes, Dominations, Principautés, Vertus, Puissances… — et passim. — Chateaubriand, Génie, 1er partie, l. I, ch. 4, Des Anges : Ils sont les invisibles gardiens des hommes,… La religion nous permet d’attacher des anges protecteurs à la belle nature ainsi qu’aux sentiments vertueux… De globe en globe, avec les Séraphins, les Trônes, les Ardeurs, qui gouvernent les mondes, l’imagination fatiguée redescend enfin sur la terre… — Et Chateaubriand énumère, entre autres, le Génie des rêveries du cœur et l’Ange des saintes amours.
  49. Var : M, les vers 82-90 sont d’une écriture un peu postérieure.
  50. Moore, A. d. A., p. 32-33 : Vous vous rappelez tous deux le jour où celui à qui tout obéit assembla dans les bosquets nouvellement créés d’Éden les puissances angéliques pour contempler la merveille qu’il voulait accomplir avant d’apposer sur le monde le sceau de sa divinité… Au milieu du cercle des anges ravis d’admiration et de surprise, la Femme ouvrit les yeux pour la première fois… Avez-vous oublié sa rougeur, lorsque promenant ses regards étonnés sur le jardin solitaire et enchanté d’Éden, sur la mer, sur les cieux, elle entendit le frémissement des ailes de la multitude céleste ?
  51. Moore, A. d. A., p. 34 : … Ces fleurs lumineuses qui jaillirent au premier souffle de l’éternel.
  52. Var : M, 1er main, Abondante rosée échap (inachevé) 2e main, texte actuel.
  53. Moore, A. d. A., p. 19 : Pourquoi mon destin ne m’a-t-il pas fait naître esprit de cette belle étoile, habitant sa brillante sphère… ?
  54. Var : O, A, Cieux
  55. Var : D, un de ces courts instants,
  56. Milton, P. P., V, 579 : Quand un jour (car, même dans l’éternité, le temps, appliqué au mouvement, mesure toutes les choses durables par le présent, le passé et l’avenir), un de ces jours comme en produit la grande année céleste…
  57. Var : C3, parmi le temps.
  58. Var v. 97-102 : O, pas de parenthèse.
  59. Var v. 97-104 : M, 1er main, La terre aura peut-être un bienfait de ses mains ; | Quand on naît dans les pleurs on ressemble aux humains 2e main, La terre est son berceau, qu’elle soit dans ses mains, | Puisque les pleurs de Dieu coulaient pour les humains. » | Ainsi le ciel chantait et priant pour la terre. | Voulait qu’en sa faveur s’accomplit le mystère, | Mais Dieu souvent nous trompe, et ses profonds desseins | Ne sont pas mieux connus des anges ni des saints. | Ces chastes habitants de l’immortel empire, | Imprudents une fois, s’unissaient pour l’instruire.
  60. Var : M, Ils lui disaient un jour : (corr. : Éloa, disaient-ils,) Veillez toujours (corr. : bien) sur vous :
  61. Milton, P. P., VII, 131 : Sache donc qu’après que Lucifer (appelle-le ainsi, lui plus brillant jadis parmi l’année des anges que cette étoile parmi les étoiles) fut tombé du ciel avec ses légions flamboyantes à travers l’abime…
  62. Moore, A. d. A., p. 14 : Créatures de lumière… qui, à chaque instant de la nuit et du jour, transmettent, à travers leurs innombrables légions, l’écho de sa parole lumineuse. — Milton, P. P., X, 649 : Le Créateur, appelant par leur nom ses anges puissants, leur donna diverses missions, les mieux appropriées à la situation présente. Le soleil, le premier, reçut l’ordre de régler sa marche et son éclat… À la pale lune ils prescrivirent son devoir, et aux cinq autres planètes leurs mouvements et leurs positions… — Chateaubriand, Génie, 2e partie, l. IV, ch. 8 : Les messagers du Très-Haut portent ses décrets d’un bout de l’univers à l’autre.
  63. Var : M, Il portait au soleil (corr. : texte actuel).
  64. Var : M, La terre bénissait sa beauté virginale,
  65. Chateaubriand, Martyrs, l. III : L’astre humide et tremblant qui précède les pas du matin, cette autre planète qui parait comme un diamant dans la chevelure d’or du soleil.
  66. Var : M, 1er main, Et voilà qu’à présent vous ignorez sa gloire, 2e main, texte actuel.
  67. Var : M, habite dans ses yeux,
  68. Moore, A. d. A., p. 65 : À peine avais-je touché son corps frémissant, que je sentis… — ô affreux souvenir ! — oui, je sentis chaque étincelle de ce feu, si pur quand j’habitais parmi les astres, se changer, dénaturé par mon crime, en un feu terrestre et grossier qui brûlait et consumait tout ce qu’il touchait…
  69. Var : M, Il brûle ce qu’il voit et flétrit
  70. Var : M, vous dire son histoire,
  71. Milton, P.P., V, 657 : Mais ce n’est pas ainsi que veillait Satan (appelez-le ainsi, son autre nom ne se fait plus entendre au ciel)…
  72. Var : M, vous prononcer son nom. »
  73. Byron, Ciel et Terre, sc. I (Aholibamah, une fille des hommes, s’adresse à l’archange Samiasa) : Avec toi je puis tout partager, même une immortelle douleur… Non, quand le dard du serpent devrait me transpercer, et quand tu serais toi-même pareil au serpent, alors encore enroule-toi autour de moi ! et je sourirai, et je ne te maudirai pas…
  74. Var v. 127-129 : M, 1er main, L’effroi n’altéra point son paisible visage, | Nul mépris n’y jeta son flétrissant nuage, | Elle ne sentit pas la volonté de fuir, 2e main, L’effroi n’altéra point son visage paisible, | Et le premier désir qui s’y montra visible, | Ce ne fut pas celui qui conseille de fuir, 3e main, Son premier mouvement ce ne fut pas de fuir (corr. : texte actuel).
  75. Moore, A. d. A., p. 20 : Ce n’était point l’expression de la colère. Non… elle n’était pas irritée, mais triste. C’était une douleur aussi calme que profonde, un deuil qui ne permet point de larmes, tant l’amertume qui remplit le cœur s’y fixe et s’y glace.
  76. Var : M, 1er main, Il fut pour les esprits (corr. : un esprit) comme pour les humains | Une mélancolie et (corr. : sur) de secrets chemins. 2e main, Un ange eut ces ennuis qui troublent les mortels | Et poursuivent nos cœurs jusqu’au pied des autels.
  77. Vigny était encouragé par Chateaubriand à prêter aux anges les sentiments des hommes ; voir Génie, 2e partie, l. IV, ch. 16 : Pour éviter la froideur qui résulte de l’éternelle et toujours semblable félicité des justes, on pourrait essayer d’établir dans le ciel une espérance, une attente quelconque de plus de bonheur, ou d’une époque inconnue dans la révolution des êtres ; on pourrait rappeler davantage les choses humaines, soit en tirant des comparaisons, soit en donnant des affections et même des passions aux élus : l’Écriture nous parle des espérances et des tristesses du ciel. Pourquoi donc n’y aurait-il pas dans le Paradis des pleurs tels que les saints peuvent en répandre ?
  78. Var : M, À travers les banquets, parmi la multitude.
  79. Milton, P. P., VI, 846 : Les roues vivantes, semblablement parsemées d’une multitude d’yeux. — Chateaubriand, Martyrs, l. III : Près de lui (du Fils) est son char vivant dont les roues lancent des foudres et des éclairs. (Une note renvoie à Ezéchiel, I, 18-20, et à Milton.) — Moore, A. d. A., p. 35 : Les astres… roulant au milieu de l’espace comme des chars vivants de lumière.
  80. Milton, P. P., VII, 197 : Autour de son char étaient répandus sans nombre Chérubins et Séraphins, Potentats, Trônes et Vertus, esprits ailés et chars ailés, tirés de l’arsenal de Dieu (from fhe armoury of God). — VI, 713 (le Père s’adresse au Fils) : Ceins mes armes invincibles, et suspends mon épée sur ta forte cuisse.
  81. Milton, P. P., V, 646 : L’armée angélique répartie en bandes et en files, étend son camp le long des vivants ruisseaux, parmi les arbres de vie, pavillons innombrables et soudainement dressés…
  82. Voir La Fille de Jephté, v. 26.
  83. Prov., VII, 16-17 : J’ai suspendu mou lit… Je l’ai parfumé d’aloès, de myrrhe et de cinnamome.
  84. Var : B-C3, cinnamome,
  85. Var : O, A-C3, esprits,
  86. Var : O, A, B, Cieux,
  87. Var : O, A-C2, mystère
  88. Var : M, 1er main, La crèche de l’enfant, le salut des bergers, | La famille au désert, ses peines, (corr. : Dieu pleurant) ses dangers : 2e main, texte actuel.
  89. Var : M, O, A-C3, bergers :
  90. Var : O, ciel
  91. Milton, P. P., III, 356 (il s’agit de l’amarante, fleur du Ciel) : C’est là qu’elle pousse et dresse ses fleurs, ombrageant la Fontaine de Vie, et là où le Fleuve de Félicité roule sur les fleurs élyséennes son flot ambré.
  92. Var : M, 1er main, La rose a sa couleur, son rivage est vermeil 2e main, texte actuel.Un vers inemployé : Roule comme un beau sable avec des bruits charmants.
  93. Chateaubriand, Martyrs, l. XXIII : [Démodocus] ignorait ce sommeil de vie qui vient du ciel ; charme puissant composé de paix et d’innocence, qui n’amène point de songes, qui n’appesantit point l’âme, et qui semble être une douce vapeur de la vertu.
  94. Var- : M, Ne voudrait pas finir d’en rêver le mystère,
  95. Var : M, Et toujours dans la nuit un rêve (corr. : un songe)
  96. Moore, A. d. A., p. 44 (récit du second ange) : Ce fut pendant ses rêves que je m’emparai de son âme avec une douce puissance…
  97. Var : M, qui toujours (biffé, corrigé par : de loin également biffé) l’implorait.
  98. Var : M, 1er main, Quelquefois s’attristant et pleurant de sa peine, 2e main, Les Vierges quelquefois (1er corr. : Les sœurs une autre fois 2e corr. : Les Vierges quelquefois) pour connaître sa peine,
  99. A. Chènier, Hylas (texte de 1819) :

    Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix,
    Et du fond des roseaux, pour adoucir sa peine,
    Lui répond d’une voix inentendue et vaine.

  100. Var v. 183-184 : M, 1er main, Et si les biens du ciel flattaient peu son envie, | Qui remplirait pour elle une éternelle vie ? 2e main, texte actuel.
  101. Var : M, Les regards (corr. : Le regard)
  102. Var : M, Mais elle répondait
  103. Var : M, Tous (biffé) les Anges (corr. : les Vierges) fuyaient (1er corr : s’envolaient 2e corr : s’enfuyaient)
  104. Moore, A. d. A., p. 27 : Ce fut vers cette étoile lointaine que je la vis diriger son vol à travers l’espace lumineux, vers cette île étincelante au milieu du firmament bleuâtre.
  105. Var : M, Cherche d’autres soleils ou de nouveaux déserts.
  106. Chateaubriand, Atala, Prologue : Une délicieuse contrée…, à laquelle les Français ont laissé le doux nom de Louisiane.
  107. Atala : Des colibris étincellent sur le jasmin des Florides.
  108. Var : D, lit
  109. Var : M, Prêt aux (corr. : Pour les) luttes
  110. Buffon, Histoire Naturelle, De l’oiseau-mouche : De tous les êtres animés voici le plus élégant pour la forme et le plus brillant pour les couleurs… L’émeraude, le rubis, la topaze brillent sur ses habits, il ne les souille jamais de la poussière de la terre, on le voit à peine toucher le gazon par instants, il est toujours en l’air, volant de fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur comme il a leur éclat, il vit de leur nectar. — La description du colibri par Vigny rappelle celle que Buffon donne du saphir-émeraude : la gorge saphir, et le reste du corps d’un vert glacé très brillant.
  111. Atala : Il [le magnolia] domine toute la forêt, et n’a d’autre rival que le palmier.
  112. Atala : Les vignes sauvages… s’élancent de l’érable au tulipier, du tulipier à l’alcée.
  113. Atala : Des perroquets jaunes… grimpent en circulant au haut des cyprès.
  114. Atala : Sur le bord occidental, des savanes se déroulent à perte de vue ; leurs flots de verdure, en s’éloignant, semblent monter daus l’azur du ciel.
  115. Atala : Des serpents oiseleurs sifflent suspendus au dôme des bois.
  116. Var : M. que les branches (corr. : forêts) arides.
  117. Voir ci-dessus, p. 34, n. 3.
  118. Var : O, A-C1, nompareille
  119. Atala : Des oiseaux moqueurs… descendent sur les gazons rougis par les fraises.
  120. Atala, Les chasseurs. Si le geai bleu du Meschacebé disait à la nonpareille des Florides : Pourquoi vous plaignez- vous si tristement ? n’avez-vous pas ici de belles eaux et de beaux ombrages ?… — Oui, répondrait la nonpareille fugitive, mais mon nid est dans le jasmin : qui me l’apportera ?
  121. Var : M, grande (corr. : forte) dès sa naissance — au verso du feuillet : fière de sa naissance.
  122. Moore, A. d. A. p. 34 : Oh ! quelle sublime vision furent pour moi les astres, lorsque je les vis pour la première fois… Ils furent la première passion de mon cœur. Infatigable, jour et nuit, soutenu par mes ailes, je me balançais dans leurs rayons. — P- 35 : Souvent je parcourais soir et matin les lignes radieuses qui s’étendent comme des réseaux d’or entre les étoiles et le soleil… Puis je volais rapidement à la découverte des astres lointains et solitaires qui veillent, comme des sentinelles vigilantes, sur le vide au-delà duquel habite le Chaos… Je suivais quelque comète voyageuse… Je me rappelle avec quels transports j’entonnais l’hymne de gloire, lorsque de nouveaux mondes d’étoiles, brillants de jeunesse et de fraîcheur, semblaient s’élancer du sein des ténèbres pour éblouir mes yeux. — p. 48 : comme les nuages d’automne qui retiennent les éclairs prêts à s’échapper de leurs flancs pour laisser briller une jeune étoile.
  123. Var : M, Cherchant à (corr. : afin de) découvrir
  124. Milton, P. P., III, 501 : [Satan] découvre au loin un grand édifice qui par des degrés magnifiques s’élève jusqu’à la muraille du Ciel… Les degrés étaient semblables à ceux par lesquels Jacob vit monter et descendre des Anges… Chaque degré était un mystère…
  125. Var : M, 1er main, Jusqu’aux lieux où du mal l’obscurité commence. 2e main, texte actuel.
  126. Var : M, 1er main, Lorsqu’un ange a quitté 2e main, texte actuel.
  127. Milton, P. P., II, 1034 : Mais enfin l’influence sacrée de la lumière commence à se faire sentir, et des murailles du Ciel elle pousse au loin dans le sein de l’obscure nuit une lueur d’aurore. Ici la Nature commence par son extrémité la plus lointaine, et le Chaos se retire… Satan, avec moins de fatigue, glisse sur les vagues apaisées… [Il contemple] les tours d’opale et les créneaux ornés de vivants saphirs, jadis sa demeure natale. — VI, 757 : Au-dessus de leurs tètes, c’est un firmament de cristal, où s’élève un trône de saphir.
  128. Var : M, Un jour douteux et jaune (corr. : pâle),
  129. Milton, P. P., III, 418 : Cependant sur le ferme globe opaque de ce monde sphérique, dont la première convexité enveloppe les orbes inférieurs lumineux, et les sépare du Chaos et de l’irruption des antiques Ténèbres, Satan se pose et marche. De loin cette convexité semblait un globe ; maintenant elle semble un continent sans bornes, sombre, désolé, sauvage, exposé à l’horreur d’une nuit sans étoiles, et aux orages toujours menaçants du Chaos qui gronde à l’entour ; ciel inclément, sauf du côté qui reçoit, par réflexion, des murailles du Ciel, encore que bien lointaines, une faible lumière, moins tourmentée par la bruyante tempête. — VII, 210 : Ils se tenaient [le Fils de Dieu et son cortège d’anges] sur le sol céleste, et du bord ils contemplaient le vaste, l’incommensurable abîme, tumultueux comme un océan, sombre, dévasté, sauvage, bouleversé de fond en comble par les vents furieux… — II, 890 : Devant leurs yeux, dans une vue soudaine, apparaissent les secrets du vieil abîme, sombre, incommensurable océan, sans borne, sans dimension, où la longueur, la largeur et la profondeur, le temps et l’espace sont perdus, où l’antique Nuit et le Chaos, ancêtres de la Nature, maintiennent une éternelle anarchie, au milieu du fracas de guerres sans fin, et règnent par la confusion. — La plupart des textes cités dans cette note et dans la précédente se trouvent rassemblés dans la 2e partie, l. IV, ch. 12, du Génie du Christianisme.
  130. Entre 242 et 243 : O, pas de filet.
  131. Var : O, A, B, C2, esprits,
  132. Var : M, 1er main, Même les Séraphins, Rois des anges fidèles, 2e main, Même les Chérubins, l’effroi des dieux rebelles,
  133. Var : M, 1er main, Quelque regret du ciel, d’un ami (corr. : où sont les) bienheureux 2e main, texte actuel.
  134. Ce « récit douloureux » ne serait-il pas l’un de ceux que font les trois anges déchus qui prennent tour à tour la parole dans le poème de Moore ? Le premier a été entraîné par sa passion sensuelle pour une fille de la terre ; le second s’est perdu par désir de savoir ; le troisième est passé insensiblement de l’amour du Créateur à l’amour de la créature.
  135. Moore, A. d. A., p. 15 : La lumière d’Éden lui restait encore, mais altérée, mais ternie. Ce n’est pas l’amour seul qui dans sou passage rapide avait obscurci son front ; d’autres joies plus terrestres y avaient laissé leur empreinte profonde.
  136. Entre 270 et 271 : O, pas de filet.
  137. Var : M, une note en prose parait se rapporter à ce passage : Et cependant ce fut là que vint Éloa.
  138. Var : M, esquisse en prose du développement final : Sans doute quelque puissance inconnue était en elle, car à son passage les mondes tressaillirent de joie. Toutes les infortunes furent un moment suspendues, les ennemis s’embrassèrent, les jalousies, les haines s’éteignirent, les Rois descendirent de leurs trônes, les conspirateurs jettèrent leurs poignards, les armées se reposèrent, les lions s’endormirent. Hélas ! pourquoi n’arrivas-tu pas jusqu’à nous, ange du bonheur et de la pais !
  139. Var : D, en ces routes
  140. Chateaubriand, Martyrs, XXIII : L’ange du sommeil abandonne aussitôt les voûtes éthérées… Il franchit d’abord la région des soleils et s’abaisse vers la terre, où le conduit un long cri de douleur… Il fend les airs sans bruit et sans agiter ses ailes ; il répand sur son passage la fraîcheur et la rosée ; il parait : les flots s’assoupissent, les fleurs s’inclinent sur leurs tiges, la colombe cache sa tête sous son aile, et le lion s’endort dans son antre. Les sept collines de la ville éternelle s’offrent enfin aux regards de l’ange consolateur… Il ferme en passant les yeux des martyrs ; il vole à la retraite solitaire de Démodocus. Ce père infortuné s’agitait brûlant sur sa couche : le messager divin étend son sceptre pacifique et touche les paupières du vieillard : Démodocus tombe à l’instant dans un repos profond et délicieux.
  141. Var ; A, Le captif souriait, marchait
  142. Une note, jetée sur un feuillet du manuscrit du IIe chant d’Éloa (voir v. 148), semble indiquer que Vigny avait songé à insérer dans la dernière partie du chant 1er, à une place qui ne peut être exactement déterminée, un développement auquel il a ensuite renoncé : « Quelques vers dans le voyage d’Éloa où elle voie la terre et s’arrête à y penser : j’y suis née, ils ont l’air triste. »
  143. Var : M, 1er main, L’Enfer en surcharge : Les TénèbresDans le coin supérieur de gauche, ces deux mots jetés en marge : Séduction et un peu au-dessous : Véronèse. — O, Chant Second.
  144. Chateaubriand, Génie du Christ., 1er partie, l. V, ch. 10 : On trouve au pied des monts Apalaches, dans les Florides, des fontaines qu’on appelle puits naturels. Chaque puits est creusé au centre d’un monticule planté d’orangers, de chênes-verts et de catalpas. Ce monticule s’ouvre en forme de croissant du côté de la savane, et un courant d’eau sort du puits par cette ouverture. Les arbres, en s’inclinant sur la fontaine, rendent sa surface toute noire au-dessous ; mais à l’endroit où le courant d’eau s’échappe de la base du cône, un rayon du jour, pénétrant par le lit du canal, tombe sur un seul point du miroir de la fontaine, qui imite l’effet de la glace dans la chambre obscure du peintre.
  145. Var : M, dans l’ombre souterraine
  146. Milton, P. P., IV, 457 : Je me couchai [c’est Ève qui parle] sur la rive verdoyante, pour plonger mes regards dans le lac clair et lisse, qui me semblait un autre ciel. Comme je me penchais pour voir, juste en face de moi une forme apparut dans le miroir liquide, se penchant aussi pour me voir…
  147. Moore, A. d. A., p. 25 : Les feux livides qui rampent à la surface de la terre dés que le jour a disparu…
  148. Var : M, éclairs surcharge un mot illisible.
  149. Moore, A. d. A., p. 56 : Je suivais quelque comète voyageuse se dirigeant de loin vers des points lumineux.
  150. Var v. 19-20 : M, 1er main, Et l’ange curieux (corr. : curieuse) | Souriait à leur vol et les suivait des yeux. (corr. : et des yeux les suivait.) 2e main, Et l’ange, à voir (corr. : ces) doux jeux d’un royaume étranger, (corr. : en souriant au spectacle étranger,) | Souriait à (corr. : Suivait des yeux) leur vol circulaire et léger.
  151. Moore, A. d. A., p. 36 : En vain je prêtais l’oreille à la musique jadis si mélodieuse qui retentissait autour de mes sphères favorites.
  152. Var : M, Telle est la voix plaintive (corr. : Tel est le choc plaintif)
  153. Var : M, la harpe Éolienne. O, la Harpe-Éolienne. A-C3, la harpe éolienne.
  154. Var : M, un chant mystérieux
  155. Var : M, de l’ange curieux ; O, de la fille du ciel ;
  156. Var : M, prêt d’éclore.
  157. Var : M, Ainsi qu’un des divans
  158. Var : M, 1er main, homme en surcharge : ange
  159. Lewis, Le Moine, ch. VII (Matilda, en présence d’Ambrosio, évoque Satan dans les souterrains du monastère de Sainte-Claire) : « Il vient ! » s’écria Matilda avec un accent de joie. Ambrosio tressaillit, et attendit le démon avec terreur. Quelle fut sa surprise quand, le tonnerre cessant de rouler, les larges accords d’une mélodieuse musique firent résonner l’air ! En même temps, le nuage disparut, et il aperçut une figure plus belle que n’en dessina jamais le crayon de la fantaisie. C’était un jeune homme qui paraissait avoir dix-huit ans environ : ses formes et son visage étaient d’une perfection incomparable… Son corps resplendissait d’une clarté éblouissante : il était entouré de nuages de lumière couleur de rose, et au moment qu’il apparut, une brise rafraîchissante exhala ses parfums dans la caverne.
  160. Il est fréquemment question dans les poèmes ossianiques de la Clutha ou Cluath « ancien nom du Clyde ou de la Clyd » (Trad. de Le Tourneur, 1777, t. I, p. lxxi).
  161. Var : Ce vers commence la page 28 du manuscrit ; en haut de cette page, dans le coin de gauche, en travers : (l’esprit ténébreux) ; ces mots ont été biffés ; au verso du feuillet, dans le coin supérieur de gauche, ces indications : Le chasseur écossais et, au-dessous : La baigneuse.
  162. Var : M, 1er main, sa en surcharge : son
  163. L’Arven est une montagne de Calédonie ; le Crona, une colline et un torrent. Ces deux noms sont souvent rapprochés l’un de l’autre. Voir notamment le poème de Comala : On n’entend plus sur l’Arven que le bruit du torrent. Fille de Morni, viens des rives de Crona. (Le Tourneur, t. II, p. 124). — Lève-toi, brouillard du sombre Crona, enveloppe le chasseur dans tes voiles… (p. 126). — Quel héros est tombé sur les bords du Carron ?… Était-il blanc comme la neige d’Arven, éclatant comme l’arc de la pluie ? (p. 127).
  164. Var : M, glaciers surcharge un mot illisible.
  165. Var : B-D, mousseux
  166. Var : M, 1er main, Tombe sur (corr. : avec) un pied sûr, et (corr. : ou) s’ouvre des chemins
  167. Var : M, 1er main, Mais dès que sur le mont où l’ombre le retarde, 2e main, Mais si dans les vapeurs dont l’ombre le retarde, 3e main, Mais dépassant l’éclair que d’en haut il regarde, 4e main, texte actuel.
  168. Var : M, 1er main, Dans un nuage obscur (corr. : Si parmi les vapeurs) marche le (corr. : ce) fils du Barde, 2e main, texte actuel.
  169. Var : M, Si (corr. : Et) sous un arc-en-ciel
  170. Var : M, S’il a vu dans la brume (corr. : nue) et ses vagues (1er corr. : brumeux, 2e corr. : vagues) réseaux
  171. Entre autres innombrables apparitions de fantômes que Vigny avait pu retenir de la lecture d’Ossian, noter dans le poème de Carrictura les chants qui célèbrent les amours de Vinvela et de Shilric. « Vinvela : Mon Amant erre sans cesse sur la montagne, il poursuit le chevreuil léger. Ses dogues haletants l’environnent, et la corde de son arc résonne dans l’air. Te reposes-tu, cher Amant, au bord de la source du rocher, ou prés du torrent de la montagne ? Le vent balance les joncs, et fait voler le brouillard par-dessus les collines. Je vais, sans être aperçue, m’approcher de mon Amant, et le voir du haut du rocher. Que tu me parus aimable, ô Shilric, quand je te vis pour la première fois, etc. [Mais Shilric, eu revenant de la guerre, ne retrouve plus dans sa patrie sa chère Vinvela] : Je suis assis au sommet de la colline sur la mousse qui borde le torrent ; le feuillage d’un arbre antique frémit sur ma tête… Il est midi ; tout est calme ; je suis seul, et la tristesse s’empare de mes pensées ? Est-ce toi, Vinvela, que j’entrevois à peine sur cette bruyère ? Tes longs cheveux flottent sur tes épaules ; ton sein d’albâtre s’élève et s’abaisse en exhalant de profonds soupirs : tes beaux yeux sont remplis de larmes… Elle parle : que le son de sa voix est faible ! C’est le murmure du zéphyr entre les roseaux. Mais pourquoi restes-tu seule sur cette colline déserte ? — Vinvela : Oui, je suis seule, ô Shilric, seule dans la sombre et froide demeure. Je suis morte de douleur pour toi, Shilric, je suis dans la tombe. (Le Tourneur, I, p. 187-192.)
  172. Il est question d’Évir-Coma dans le chant III du poème de Temora : Quelle est celle qui vient de Strumon, les cheveux épars ? Elle marche d’un air triste et lève ses yeux sur Erin. Évir-Coma, pourquoi cette tristesse ? Qui peut égaler la gloire de ton époux ? Que Gaul était terrible dans le combat ! Il revient couvert de gloire : il a levé sou épée, et les ennemis ont fui. — Voir encore ch. V, p. 159.
  173. Entre 56 et 57 : O, ni filet ni blanc.
  174. Var : M, enchantèrent
  175. Entre 60 et 61 : O, un liane et un filet.
  176. Var : M, Plonge une aile d’argent dans (corr. : Livre son aile blanche à) l’onde fugitive,
  177. Var : M, 1er main, La pourpre de sa robe était longue et brillante, 2e main, Sa robe était de pourpre, et tantôt rouge ou pâle,
  178. Var : M, 1er main, Mais ainsi que l’opale en reflets vacillante. 2e main, Qui changeait aux regards comme change l’opale. 3e main, texte actuel.
  179. Var : M, 1er main, D’un brouillard tran (le vers est resté en suspens) 2e main, texte actuel.
  180. Var v. 73-74 : M, 1er main, Le diamant en feu dans l’or pur étincelle | (mots illisibles) des pieds que la pourpre décèle ; 2e main, Des diamants nombreux rayonnent avec grâce | Sur chacun de ses pieds qu’un cercle d’or surmonte (corr. : enlace) ;
  181. Var v. 75-76 : M, 1er main, Tous ses doigts et ses bras (blancs biffé) souples et gracieux | Brillent environnés d’anneaux mystérieux. 2e main, Ses bras et tous ses doigts éblouissent les yeux, | Et brillent entourés d’anneaux mystérieux.
  182. Lewis, Le Moine, ch. VII (portrait de Satan) : Il était entièrement nu : une étoile brillante étincelait sur son front, deux ailes cramoisies se déployaient de ses épaules, et ses boucles soyeuses étaient pressées par un bandeau de mille feux colorés, qui se jouaient autour de sa tête, prenaient toutes les formes, et resplendissaient d’un éclat bien supérieur à celui des pierres précieuses. Des anneaux de diamant entouraient ses bras et ses chevilles, et, dans la main droite, il tenait un rameau d argent en forme de myrte... Enchanté d’une vision si contraire à son attente, Ambrosio contemplait l’esprit avec ravissement et surprise ; mais, si belle que fût cette figure, il ne put s’empêcher de remarquer un égarement dans les regards du démon, et une mystérieuse mélancolie imprimée sur ses traits, qui trahissaient l’ange déchu, et inspiraient aux spectateurs une frayeur secrète.
  183. Var : O, Roi M, qui d’en haut O, Armée,
  184. Var : M, 1er main, Qui remplit un regard de la couleur de l’âme. 2e main, Qui par les yeux aux yeux révèle l’âme à l’âme. 3e main, texte actuel.
  185. Var v. 87-92 : M, Une première rédaction de ce passage, au verso du feuillet, ne donne que ces deux vers : Sa voix semble gémir et faire un doux adieu | Dans ces mots qu’il adresse à la fille de Dieu. La seconde rédaction, au recto, donne les cinq vers dans leur teneur actuelle, sauf le 1er hémistiche du vers 87 : Comme dans la forêt et le vers 91 : Comme s’il, s’affligeait et faisait quelque adieu.
  186. Var : M, 1er main, bel Archange, M, 2e main, O, A-C2, belle Archange, — En haut de la page du manuscrit qui commence par le vers 93, ces indications jetées : (demandes) quelle M. Vauquet.
  187. Var : M, Suivra en surcharge : Suit
  188. Var : M, au-dessus de Guider, Rallumer biffé.
  189. Var : M, 1er main ; Porter aux sombres nuits 2e main, Leur montrer dans la nuit
  190. Chateaubriand, Martyrs, III : C’est dans les parvis de la cité sainte et dans les champs qui l’environnent que sont à la fois réunis ou partagés les chœurs des chérubins et des séraphins, des anges et des archanges, des trônes et des dominations ; tous sont les ministres des ouvrages et des volontés de l’Éternel : à ceux-ci a été donné tout pouvoir sur le feu, l’air, la terre et l’eau ; à ceux-là appartient la direction des saisons, des vents et des tempêtes ; ils font mûrir les moissons, ils élèvent la jeune fleur, ils courbent le vieil arbre vers la terre. Ce sont eux qui soupirent dans les antiques forêts, qui parlent dans les flots de la mer, et qui versent les fleuves du haut des montagnes.
  191. Entre 100 et 101, les deux vers suivants sont biffés sur le manuscrit : Tes soins sont-ils d’aller de tes mains enfantines | Balancer les grelots des cloches argentines ?
  192. Var : M, O, A, de surveiller des âmes.
  193. Chateaubriand, Atala, Épilogue : Âme de mon fils, âme charmante, ton père t’a créée jadis sur mes lèvres par un baiser.
  194. Entre 104 et 105, les deux vers suivants sont biffes sur le manuscrit : Ne vas-tu pas souvent, ô blanche messagère, | Dis-le moi, dans la nuit conduire (corr. : éclairer) la bergère ?
  195. Var : M, 1er main, j’en dois 2e main, j’en peux
  196. Var : M, n’es-tu pas (quel biffé) un ennemi
  197. Var : M, payens O, A-C3, païens
  198. Var : B-C2, Vierge
  199. Var v. 113-116 : Ces quatre vers manquent dans le manuscrit.
  200. Var v. 117-119 : M, 1er main, Hélas ! il sait si bien que moi je suis sans armes. | Sur qui se défend mal et ne sait que ses larmes | La victoire est facile, et je ne sais pourquoi 2e main, Chaste beauté ! veux-tu (corr. : viens-tu) me défaire (corr. : combattre) ou m’absoudre | Toi qui descends d’un (corr. : Tu viens du même) ciel qui m’envoya la foudre, | Mais si douce à mes yeux que je ne sais pourquoi

    Dans l’interligne du vers 117 au vers 118, cette indication jetée : Ne verrai-je jamais venir du ciel que des ennemis ?

  201. Var : M, O, A-C2, belle Ange,
  202. Var v. 121-122 : M, 1er main, Ainsi parlait l’Esprit. À ces mots, à sa vue, | À ces aveux trompeurs d’une voix imprévue 2e main, Ainsi l’Esprit parlait. À sa voix caressante, | Prestige dédaigné par une âme innocente,

    En haut de la page du manuscrit qui commence au vers 121, cette note : Elle recula comme l’Italienne qui se baigne.

  203. Var : M, 1er main, De cet ange étranger, à ses anges pareil, 2e main, Du nouvel immortel, à ceux d’en haut pareil, 3e main, De cet ange si doux, à ceux d’en haut pareil,
  204. Var : M, 1er main, Sur un fleuve de lait (le vers, resté en suspens, a été biffé) ; 2e main, texte actuel.
  205. Var : M, Telle on voit
  206. Les mots jetés à la première page du manuscrit : Séduction. Vèronése, et la note inscrite sur le feuillet même qui contient les v. 127-128 : Elle recula comme l’Italienne qui se baigne, font supposer que Vigny avait dans l’esprit quelque tableau de l’école italienne, d’après lequel ces deux vers auraient été conçus. Il n’existe pas, à ma connaissance, de scène analogue dans l’œuvre du Véronèse.
  207. Var : M, 1er main, S’éloigne (illisible) et de la (illisible) tour 2e main, texte actuel.
  208. Var : M, 1er main, Où l’on mit sous son aile 2e main, D’où la sultane attache (corr. : envoie) O, A, Sultane
  209. Moore, A. d. A., p. 14 : Semblable à l’oiseau qui abandonne son nid élevé, fasciné par des yeux séducteurs…
  210. Var : M, 1er main, Dès qu’il vit se ployer 2e main, texte actuel.

    Au bas de la page du manuscrit dont le vers 1)4 est la dernière ligne, cette note : J’ai entendu qu’on t’envoyait porter le bonheur à la terre. Eh ! ne le lui ai-je pas donné ? — En haut de la page suivante, dans le coin de droite : (la nuit terrestre).

  211. Moore, A. d. A., p. 43 : Là habitent tant d’innombrables choses qui nourrissent l’ardeur des jeunes cœurs, les désirs vagues, les tendres illusions, les rêves d’amour encore sans objet, les espérances légères et ailées qui obéissent au désir,… et les passions cachées sous des pensées virginales.
  212. Var : M, B-C3, roi.
  213. Var : M, 1er main, Pour lier tous (corr. : enchaîner) ces nœuds j’ai des mains taciturnes, 2e main, Ma main dans l’ombre unit deux mains aventureuses, 3e main, J’unis les cœurs, malgré (corr. : je romps) les chaines rigoureuses,
  214. Var : M, Comme le papillon sur ses ailes nocturnes (en surcharge : poudreuses),
  215. Var : M, Porte aux gazons naissans (corr. : émus)

    Au bas de la page du manuscrit dont le vers 148 est la dernière ligne, cette note : Quelques vers dans le voyage d’Éloa où elle voie la terre et s’arrête à y penser : j’y suis née, ils ont l’air triste.

  216. Chateaubriand, Génie, 1er partie, 1. V, ch. 11 : Le narcisse livre aux ruisseaux sa race virginale, la violette confie aux zéphyrs sa modeste postérité ; une abeille cueille du miel de fleurs en fleurs, et, sans le savoir, féconde toute une prairie : un papillon porte un peuple entier sur son aile. Cependant les amours des plantes ne sont pas également tranquilles ; il en est d’orageuses comme celles des hommes…
  217. Var : M, O, A-C3, nature :
  218. Var : M, Cacher les feux du jour (en surcharge : des astres d’or) dans (en surcharge : sous) l’éclat d’un soleil,
  219. Var : O, A, Cieux,
  220. Var : M, 1er main, Sitôt que se cachant sous le paie horizon. 2e main, Sitôt que balancé (derrière biffé) sous le pale horizon.
  221. Var : M, 1er main, Le soleil a quitté les cimes (corr. : pointes) du gazon, 2e main, Le soleil a cessé de dorer le gazon, 3e main, Le soleil a cessé d’éclairer le gazon, 3e main, texte actuel. O, A-C3, Soleil
  222. Var : M, O, A, B, esprits
  223. Chateaubriand, Atala : Le Génie des airs secouait sa chevelure bleue, embaumée de la senteur des pins.
  224. Var : M, Tombe (en surcharge Pleut) sur les orangers C3, D, le lilas
  225. Var : M, O, A-C3, nature
  226. Var : À la page du manuscrit qui contient les vers 171 à 184, cette note jetée en travers de la marge : 3. 33. M. Vauquet.
  227. Chateaubriand, Génie, 1er partie, l. V, ch. 5 : [Le rossignol] attend l’heure du recueillement et du repos, et se charge de cette partie de la fête qui se doit célébrer dans les ombres. Lorsque les premiers silences de la nuit et les derniers murmures du jour luttent sur les coteaux, au bord des fleuves, dans les bois et dans les vallées ; lorsque les forêts se taisent par degrés, que pas une feuille, pas une mousse ne soupire, que la lune est dans le ciel, que l’oreille de l’homme est attentive, le premier chantre de la création entonne ses hymnes à l’Éternel.
  228. Milton, P. P., V, 35 : Il me semblait que, me parlant à l’oreille, quelqu’un m’invitait à la promenade avec une douce voix. Cette voix disait : « Pourquoi dors-tu, Ève ? Voici l’heure enchanteresse, l’heure fraîche, l’heure silencieuse, sauf là où le silence se retire devant l’oiseau mélodieux des nuits, qui, maintenant éveillé, module très doucement son chant inspiré par l’amour ; maintenant, dans son plein, règne la lune ;… le ciel ouvre tous ses yeux ».
  229. Var : M, Et lutte près des eaux (1er corr. : par l’éclat 2e corr. : de clartés) avec le météore
  230. Byron, Manfred, I, 1 : Quand la lune sera sur la vague, et le verluisant dans le gazon, et le météore sur le tombeau, et le feu-follet sur le marais, quand tomberont les étoiles filantes, quand les hiboux se répondront en huant…
  231. Var v. 183-184 : M, 1er main, L’étoile des marais que détachent mes mains | Tombe (sur biffé) et s’ouvre dans l’air de rapides chemins. 2e main, texte actuel.
  232. Var : M, 1er main, Soulevant du devoir la chaîne trop amère, 2e main, texte actuel.
  233. Var : M, Les (en surcharge : Ces) flambeaux.
  234. Var : M, la conque de Vénus. O, A, la Conque-de-Vénus. B, la Conque de vénus.
  235. Var : M, doit être aussi cruelle,
  236. Var : M, Et dont le sein (fécond biffé) modeste
  237. Var : M, 1er main, L’herbe écoute ses pas 2e main, texte actuel.
  238. Var : M, qu’un (en surcharge : que l’) amant
  239. Var : M, tressaille dans (corr. : fait tressaillir) les airs,
  240. Chateaubriand, Martyrs, XIII : Aussitôt le démon delà Volupté se revêt de tous ses charmes. Il prend à la main une torche odorante, et traverse les bois de l’Arcadie. Les zéphyrs agitent doucement la lumière du flambeau. Le fantôme magique fait naître sous ses pas une foule de prestiges. La nature semble se ranimer à sa présence, la colombe gémit, le rossignol soupire, le cerf suit en bondissant sa légère compagne… On entend des voix mystérieuses dans la cime des arbres.
  241. Var : M, La colombe en fuyant (corr : de nuit) languissamment roucoule.
  242. Var : M, La voilà, (tu le vois biffé) sous tes yeux, l’œuvre du malfaiteur ; — Au mot malfaiteur un renvoi à la note suivante, inscrite au bas de la page : Car sans doute on t’aura dit de te méfier de moi.
  243. Var : M, libérateur (en surcharge : consolateur) O, A-C2, consolateur.
  244. Var : M, Qui gémit sur l’esclave
  245. Var : M, 1er main, du désespoir de l’être, 2e main, du désespoir de naître, 3e main, texte actuel.
  246. Var) : M, Et dans ce mal
  247. Entre 216 et 217, un hémistiche, amorce d’un développement qui n’a pas été poursuivi : Tendre et faible Éloa (biffé).
  248. Titre : M1, La Chute.
  249. Millevoye, Les adieux d’Hélène (ce vers est inspiré lui-même d’une épigramme de Sapho) :
    Ô Pudeur ! où fuis-tu quand tu nous as quittée ?
  250. Var : M1, Des longs plis d’un lin pur (corr. : texte actuel.)
  251. Var : M1, Et si le voile blanc (corr. : Et si l’ombre d’un voile)
  252. Milton, P. P., IV, 312 : Ces mystérieuses parties [du corps d’Adam et d’Ève] n’étaient point cachées alors ; il n’y avait point alors de honte coupable. Honte déshonnête des œuvres de la nature, honneur déshonorant, produit du péché, comme vous avez troublé toute l’humanité avec ces apparences, ces seules apparences de pureté, et banni de la vie de l’homme le plus grand bonheur de sa vie, la simplicité et l’immaculée innocence. Ils allaient donc, nus…
  253. Var : M1, un regard baisse (1er corr. : trouble 2e corr. : blesse)
  254. Var : M’, 1er main, Sous le pouvoir magique (corr. : Ô pudeur ! c’est par vous qu’) Éloa fléchissait, 2e main, C’est ce pouvoir caché qu’Éloa subissait, 3e main, Ô terrestre pouvoir qu’un ange subissait !
  255. Moore, A. d. A., p. 29 : L’ange déchu inclina sa tête de honte, honte qui eût seule révélé de quelle immense hauteur il était tombé !… cette sainte honte qui ne laisse pas oublier le pur honneur qu’en a perdu, dont la rougeur reste, après que la vertu s’enfuit, pour marquer du moins son passage.
  256. Var : O, A-C3, esprit
  257. Var v. 17-24 : M2 fournit de ce passage une rédaction plus ancienne : Dans les prés inconnus l’alouette imprudente | Vient du miroir trompeur (corr. : tournant) voir la facette ardente. | Des mines de la terre élancé promptement | Le fer emprunte une âme aux ordres de l’aimant. | 1er main, Le tourtereau privé de sa compagne blanche, 2e main, : La tourterelle en vain dressant sa plume blanche, | Aux regards du serpent tombe de branche en branche. | 1er main, Tels s’étaient réunis (corr. : rapprochés) les habitants des cieux. 2e main, Telle elle descendait l’habitante des cieux. | Les yeux pleins (corr. : lourds) de langueur recherchèrent (corr. : regardèrent) les yeux,

    M3, donne l’esquisse en prose de la version définitive : Elle rougit et devina la pudeur, premier effet du mal. Alors elle descendit, remonta, descendit encore ; ainsi une perdrix qui veut recueillir du bled pour ses petits descend, remonte et descend encore, car elle aperçoit le chien d’arrêt qui la regarde avec des yeux fixes et brillants.

  258. Var : M1, vers l’ombre.
  259. Var : M1, Car ses petits ont faim ; corr. : texte actuel).
  260. Var : M1, Elle reste devant (corr. : texte actuel.)
  261. Byron, Giaour : Et comme l’oiseau dont les ailes battent, mais ne peuvent fuir le serpent qui le fixe, les autres se troublent sous son regard [celui du Giaour], et ils n’évitent pas le coup d’œil qu’ils peuvent à peine soutenir. — Caïn, I, 1 (Adah parle de Lucifer) : Je
  262. Var v. 33-36 : M1, Le prince des esprits de la céleste belle (corr. : d’une voix oppressée) | 1er main, Expliquait le discours qui n’était plus rebelle. 2e main, De la Vierge timide expliquait la pensée. | Éloa se disait presque : Je suis à toi ; | Et l’ange ténébreux dit tout haut : Sois à moi. | 1er main, Sois à moi, mon amour a mérité la tienne, | Pour moi de te chérir la coutume est ancienne, (corr. : Je n’ai de l’avenir rien qui ne t’appartienne.) 2e main, texte actuel.

    M2 fournit des quatre premiers vers une rédaction plus ancienne : Le prince des esprits de la céleste belle | Entendait (en surcharge : expliquait) le discours, qui n’était plus rebelle. | Éloa se disait tout bas : Je suis à toi, | Et l’Ange ténébreux dit tout haut : Sois à moi. D, tout bas

  263. Milton, P. P., I, 594 : Comme lorsque le soleil, nouvellement levé, chauve de rayons, regarde à travers la brume de l’horizon…
  264. Var : M1, Où je pensais (corr. : je me mêlais) O, A, Soleil
  265. Var : M, O, A, parmi des Dieux.
  266. Moore, A. d. A., p. 48 : Les nuages d’automne qui retiennent les éclairs prêts à s’échapper de leurs flancs, pour laisser briller une jeune étoile…
  267. Var : M1, 1er main, Qui d’un nuage errant 2e main, texte actuel.
  268. Var : M’, (J’ai biffé) Dans tout être créé j’ai cru revoir ton être ; (corr. : te reconnaître ; )
  269. Moore, A. d. A., p. 35 : Je parcourais soir et matin les lignes radieuses qui s’étendent comme des réseaux d’or entre les étoiles et le soleil, déliant tous ces rayons de lumière…
  270. Var : O, anges
  271. Var : M1, 1er main, Aux constellations j’apportai d’autres cieux, 2e main, texte actuel.
  272. Var v. 69-70 : M’, J’osai même (long biffé) toucher dans (corr. : enhardi par) mon nouveau délire, | Toucher les fibres lumineux (corr. : d’or) de la céleste lyre.
  273. Var : M1, Dans les cheveux bouclés d’un enfant endormi,
  274. Var : M1, Sentinelle céleste, (corr. : timide sentinelle,)
  275. Var : O, vierge
  276. Var : O, A, Qui, rêvant sur son sein, le presse avec douceur. B-C2, Qui, rêvant, sur son sein le presse avec douceur (sic).
  277. Var : M1, Si triste (corr. : Mais seul)
  278. Var : M1, où le bruit (corr. : son)
  279. Var : M1, Il parlait (corr. : Il disait)
  280. Var : M1, (Ou leur donne au retour biffé) Ou jette (corr. : donne) à leurs transports un regard de ses yeux,
  281. Moore, Le Paradis et la Péri (trad. de Bruguière de Sorsum, Lycée Français, 1820, t. III, p. 410) : Ces lys virginaux s’inclinant sur l’onde du lac, afin de se redresser plus frais et plus brillants au retour de leur soleil bien-aimé…
  282. Var : M1, Se présente aux baisers (corrections successivement essayées : S’incline S’étend Tombe et s’ét correction définitive : S’approche sans effroi)
  283. Var : M1, Comme la jeune rose aux baisers (1er corr. : au lever biffé 2e corr. : aux soupirs biffé)
  284. Moore, A. d. A., p. 76 : Ce fut pendant le crépuscule du soir, sur le rivage de la mer tranquille, qu’il entendit pour la première fois les sons du luth et la voix de celle qu’il aima glisser sur les eaux argentées.
  285. Var : M1, 1er main, Comme un bandeau royal, sur son front la bonté 2e main, Pure comme un matin des mondes, sa bonté 3e main, Comme un prix à des (corr. : pour ses) jours sans fautes (corr. : taches), sa bonté
  286. Var : M1, Lui donne en arrivant l’éternelle beauté.
  287. Var : M1, Cette (corr. : tant de) douleur empreinte ?
  288. Var : O, Ce trouble
  289. Var v. 117-118 : M1, 1er main, Ainsi pleine de grâce et pleine de décence | Éloa dit ces mots, 2e main, Un incarnat sacré, couleur (corr. : charme) de la décence, | accompagnait ces mots, 2e main, texte actuel.
  290. A. Chénier, L’Aveugle, 260 : Les trois enfants… admiraient…

    De sa bouche abonder les paroles divines
    Comme en hiver la neige au sommet des collines.

    L’image est empruntée à Homère, Iliade, III, 220 :

    ὰλλʹ ὄ δή ῤʹ ὄπα τε μεγάλην ἐϰ στήθεος ἵει
    ϰαὶ ἔπεα νιφάδεσσιν ἐοιϰότα χειμερίησιν.

  291. Entre 120 et 121 : C1-D, un blanc.
  292. Moore, A. d. A., p. 30 : Quoique le jour eût disparu, ses ailes diaprées étincelaient de mille feux qu’animées de l’éclat d’Éden, elles ne tiraient que d’elles-mêmes.
  293. Var : D, et son bras
  294. Moore, A. d. A., p. 51 : Les diamants, semblables à des yeux qui brillent au milieu des ténèbres, furent surpris dans leur retraite obscure.
  295. Var : M1, Ainsi le diamant reluit parmi (corr. : luit au milieu) des ombres.
  296. Moore, A d. A., p. 75 : Souvent, quand du front du Très-Haut s’échappait un éclair trop vif pour le supporter, et que tous les Séraphins se voilaient le visage de leurs ailes et n’osaient en contempler l’éclat…
  297. Milton, P. P., IV, 23 : Maintenant la conscience éveille [dans le cœur de Satan] le désespoir assoupi ; elle éveille l’amer souvenir de ce qu’il fut, de ce qu’il est, et pis encore, de ce qu’il lui faudra être : de pires actions doivent s’ensuivre de pires souffrances.
  298. Milton, P. P., IV, 18 : L’horreur et l’incertitude bouleversent son esprit troublé, et jusqu’au fond elles remuent l’enfer au-dedans de lui, car en lui, et tout autour de lui, il porte l’enfer.
  299. Var : M1, réveille
  300. Var : O, l’Aigle
  301. Milton, Comus : Aussi rapide que l’éclair du scintillement d’une étoile, je descendis du ciel.
  302. Moore, A. d. A., p. 62 : Encore l’amour et ses soins caressants pouvaient-ils lui apprendre à supporter cet éclat, comme les jeunes aigles supportent celui du soleil.
  303. Var : M1, à son magique (corr. : au flamboyant) empire ;
  304. Chateaubriand, René : Quand le soir était venu, reprenant le chemin de ma retraite, je m’arrêtais sur les ponts pour voir se coucher le soleil. L’astre, enflammant les vapeurs de la cité, semblait osciller lentement dans un fluide d’or.
  305. Var : M1, Il sent le plomb chasseur brûler (corr. : fondre dans sa blessure)
  306. Var : M1, 1er main, Le prince ténébreux courba sa tête noire, 2e main, texte actuel.
  307. Milton, P. P., IV, 40 : L’orgueil et l’ambition pire m’ont précipité ; j’ai porté la guerre dans le ciel contre le roi du ciel, qui n’a pas de rival.
  308. Var : M1, Mais dans moi-même, hélas ! (corr. : texte actuel.)
  309. Entre 168 et 169 : M1, pas d’intervalle.
  310. Var : M1, Loi,
  311. Milton, P. P., IV, 58 : Oh ! que son puissant destin ne fit-il de moi quelque ange inférieur ! je serais demeuré heureux ; un espoir sans bornes n’eût pas exalté mon ambition.
  312. Var : M1, L’Éternité
  313. A. Chénier, Hylas : Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tête…
  314. Var : M1, 1er main, Et la mélancolie avait banni le crime. 2e main, Le remords (corr. : Et son cœur) un moment se reposa du crime.
  315. Var : D, sa céleste main
  316. Var : M1, L’eût conduit (corr. : saisi)
  317. Milton, P. P., IV, I : Oh ! que ne se fît-elle entendre, cette voix prophétique que le voyant de l’Apocalypse entendit résonner dans le ciel, quand le Dragon, mis une seconde fois en déroute, accourut furieux se venger sur les hommes : « Malheur aux habitants de la terre ! » Ah ! si, quand il en était temps encore, nos premiers parents avaient été avertis de la venue de leur secret ennemi ! ils eussent échappé peut-être à son piège mortel.
  318. Var : O, A, docile à remonter…,
  319. Var : M1, Mais (de l’enfer biffé) sitôt
  320. Var : M1, De l’enfer révolte
  321. Var v. 187 et suivants : M3, donne une ébauche de ce développement commencée en vers et continuée en prose : Et la pure Éloa, prête à se dérober | Au formidable attrait qui la faisait tomber, | Commençait à lever ses ailes engourdies, | Entr’ouvrant pour crier des lèvres enhardies, | (Comme un m inachevé) ainsi qu’un jeune enfant étouffé sous les eaux (corr. : s’attachant aux roseaux) | Se noie avec des (corr. : Tente de faibles) cris étouffés sous les eaux. | Il sentit son danger (1er corr. : son péril 2e corr. : Il la vit prête à fuir) et répandit des larmes ; | 1er main, Ce sont, il le savait, les plus puissantes armes. 2e main, Ô pur amour, ainsi le mal te prend ses armes ! | Il pleura longuement, comme un homme exilé, | Comme une veuve aux pieds de son fils immolé, | Comme un amant qui rêve à sa fureur jalouse, | Après qu’il a (1er corr. : Mourant d’avoir 2e corr. : Triste d’avoir) frappé son adultère épouse. — La voyant tombée il sourit tout à coup, et s’écrie avec les feux du soleil dans ses yeux…
  322. Var : O, cieux
  323. Var v. 189-190 : M1, Et souleva deux fois ses ailes engourdies (corr. : argentées) | Entr’ouvrant pour crier des lèvres enhardies (corr. : pour gémir ses lèvres enchantées).
  324. A. Chènier, Hylas (texte de 1819) :

    Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix,
    Et du fond des roseaux, pour adoucir sa peine,
    Lui répond d’une voix inentendue et vaine.

  325. Var : M1, 1er main, et vit sa faute entière 2e main, jusqu’où luit la (corr. : vers les cieux de) lumière O, A, B, cieux.
  326. Var : M1, il médite (corr. : désigne)
  327. Var : B-C2, ciel
  328. Var : M1, 1er main, S’arrête et son silence augmente ses alarmes 2e main, S’arrête, un long soupir augmente ses alarmes 3e main, texte actuel.
  329. Amos, VIII, 10 : Je plongerai Israël dans les larmes, comme une mère qui pleure son fils unique.
  330. Var : M1, Éloa se décide (1er corr. : se rapproche 2e corr. : lui revient 3e corr. : vient et pleure),
  331. Var : M1, Hélas ! tu veux (corr. : tu cherches à) me fuir,
  332. Var : M1, Je parlerai (corr. : Je veux parler) pour vous, toujours il nous entend.
  333. Var : M1, 1er main, Il ne peut rien, crois moi, pour que mou destin change, 2e main, texte actuel.
  334. Var : O, A, due puis-je faire, hélas 1 dites, faut-il rester ?
  335. Var : M1, 1er main, Mais je t’appartiendrai. — Je t’appartiens moi-même, 2e main, texte actuel.
  336. Var : M1, Mais je ferai bien (corr. : Mais aurai-je fait) mal ? O, ciel
  337. Var v. 251-232 : M1, Dis : je t’aime, et (corr. : Touche ma main) bientôt sous (corr. : dans) un mépris égal | S’effaceront (corr. : Se confondront) pour nous
  338. Byron, Caïn, II, 2 (Lucifer à Caïn) : Le bien et le mal sont tels par leur propre essence, et ne sont pas rendus bon ou mauvais par celui qui les dispense ; mais si ce qu’il vous donne est bon, appelez-Le bon ; si le mal sort de Lui, ne me l’attribuez pas, avant de mieux connaître sa véritable source ; jugez non pas sur des paroles prononcées par des esprits, mais sur les fruits de votre existence, telle qu’elle doit être.
  339. Var : M1, pour recevoir (corr. : pour y cacher) des larmes.
  340. Var : M1, 1er main, Pour savourer l’encens qui s’exhale des fleurs, 2e main, texte actuel.
  341. Var : M1, 1er main, Mais nous voit-on des Cieux ? 2e main, mais que diront (pensent biffé) les cieux ?
  342. Var : M1, 1er main, Un nuage, où, parmi des chants et des louanges, 2e main, Un de ces chœurs divins, où, parmi les louanges, 3e main, texte actuel.
  343. Var : M1, On entendait
  344. Var : M1, Gloire dans l’Univers, gloire au Ciel, à celui O, A-C3, temps,
  345. Var : M1, Les cieux parlaient ainsi (corr. : semblaient parler) : — Trois vers biffés, qui semblent avoir amorcé un développement non poursuivi : Cependant aussitôt qu’en boucles vagabondes | Des cheveux blonds tressés s’écoulèrent les ondes | Ainsi qu’au front d’un Roi s’unit l’ébène à l’or
  346. Entre 249 et 250 : O, ni blanc ni filet.
  347. Milton, P. P., VII, 364 : Là (dans l’orbe du Soleil), comme à leur source, les autres astres se réparent ; ils puisent la lumière dans leurs urnes d’or ; et c’est là que la planète du matin dore sa corne.
  348. Var : M1, Que votre voix est sombre, et quel sombre discours !
  349. Moore, A. d. A., p. 47 : Transporte-moi à l’ombre de tes ailes dans ta sphère lumineuse, dans ton ciel, ou… oui, même avec toi !
  350. Var : M1, 1er main, Tu ne m’appelles plus ou ta Reine ou ton Dieu. 2e main, Nomme-moi donc encore ou ta sœur ou ton Dieu !
  351. Byron, Manfred, II, 4 (Manfred à Astarlé) : « Dis-moi que tu ne me détestes pas, que je suis seul puni pour tous les deux, que tu seras reçue au nombre des bienheureux… » — Caïn, I, 1 (Caïn à Lucifer) : « Et vous autres ? — Nous sommes immortels. — Êtes-vous heureux ? — Nous sommes puissants. — Êtes-vous heureux ? — Non… »
  352. Var : M1, 1er main, Seras-tu plus heureux du moins, es-tu content ?
  353. La date manque dans M1-M3, O.