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Calmann-Lévy, éditeurs (p. np).


À EDMOND THIAUDIÈRE


Voilà quelques années, mon cher confrère et ami, nous nous rencontrions, chaque semaine, aux réunions du Comité de notre Société des Gens de Lettres. Depuis, si vive que soit notre réciproque sympathie, nous ne nous sommes plus jamais vus. C’est là une preuve, avec beaucoup d’autres, de l’illogisme absurde de la vie…

Quant à moi, je tiens vos œuvres en une estime qui n’est pas mince. Mon opinion est celle de bien des gens, car votre talent est très apprécié. Il ne l’est pourtant pas autant qu’il le mérite. Vous êtes affligé d’une indéracinable modestie, et, de tout temps, les modestes ont tort. À mon avis, vous comptez parmi nos moralistes les plus subtils. Pour ne citer que quelques-uns de vos recueils de maximes, La Mort du Juste, la Fierté du Renoncement, la Source du Bien sont des petits chefs-d’œuvre de pénétration profonde, d’observation aiguë, de philosophie amère ou résignée. Et tout cela est imprégné à chaque page d’une bonté pénétrante et sereine.

Pour ces raisons — et simplement aussi parce que ça me fait plaisir de vous faire peut-être plaisir, — je vous demande la permission de vous dédier ce volume, premier et malhabile essai dans un genre où vous excellez. N’allez pas me remercier surtout ! Au fond, voyez-vous, j’agis par diplomatie. Je compte que les personnes assez téméraires pour acheter mon livre auront, en trouvant ici votre nom, le prompt désir d’en acheter un des vôtres. Après vous avoir lu, elles m’en voudront un peu moins d’avoir commencé par me lire moi-même.

Bien cordialement à vous, mon cher
Thiaudière.ment à vous, mon cher

jacques normand

Septembre 1911.