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CORRESPONDANCE.

Schaffhouse. Je n’avais jamais vu l’extrait baptistaire du traducteur des Géorgiques[1]. N’est-il pas majeur ? Nous avions plus d’un conseiller au parlement qui décidait de la fortune, de l’honneur et de la vie des hommes à vingt-cinq ans ; et puisque l’abbé Delille a été en âge de traduire Virgile, il me semble qu’il était assez âgé pour être auprès du traducteur de Milton[2].

Je ne le connais point, encore une fois. Il ne saura point mes bonnes intentions. Je me bornais à être juste ; mais il me paraît que je ne suis qu’un franc provincial qui ne connais pas le monde.

J’apprends, par un autre provincial qui est à Paris, qu’on m’attribue une petite feuille[3] qui paraît sur le parlement de Paris et sur les conseils souverains. Elle est, Dieu merci, d’un jésuite qui est en Piémont ; c’est le même qui fit Il est temps de parler[4], et Tout se dira.

Vous savez que je n’ai point approuvé la conduite du parlement de Paris, et que j’approuve infiniment les six conseils ; mais assurément je suis bien loin de rien imprimer sur de telles affaires. Je suis le prête-nom de quiconque veut écrire hardiment et ne se point compromettre : cette situation est triste.

Quant à votre triple bandeau[5], on a dû mettre :


Qui du triple bandeau vengea cent diadèmes[6] ;


et il m’a semblé qu’on disait tous les jours la tiare pour le pape, et les diadèmes pour les rois. On venge le trône de l’autel ; si je me trompe, je passe condamnation.

Voici une autre querelle. Mme Necker me fait ses plaintes amères de ce que Pigalle veut me faire absolument nu. Voici ma réponse : Décidez de mon effigie, c’est à vous que je la dois ; c’est à vous de me donner un habit, si cela vous plaît. Soyez sûr que, vêtu ou non, je suis à vous jusqu’à ce que je ne sois plus rien.

Adieu ; je n’ai jamais été si malade ; je suis aveugle et goutteux ;

  1. Delille (Jacques), était né à Clermont-Ferrand le 22 juin 1738 ; il est mort le 1er mai 1813.
  2. Dupré de Saint-Maur ; voyez tome XXXIII, page 441.
  3. Je pense qu’il s’agit de l’Avis important d’un gentilhomme. L’édition originale est en quatre pages. (B.) — Voyez tome XXVIII, page 393 ; et la lettre 8260.
  4. Voyez les notes, tome XLIII, page 137 ; et XLIV, 518.
  5. La lettre de d’Alembert qui en parle manque.
  6. Vers de l’Épître au roi de Danemark ; voyez tome X, page 426.