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AVERTISSEMENT


POUR LA PRÉSENTE ÉDITION.
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Après Voltaire dramaturge et poëte, voici Voltaire historien. Ici encore son génie a des faces diverses. Tour à tour se présente à nous l’auteur de l’Histoire de Charles XII, vive et amusante comme un roman, l’auteur de ce grand tableau du Siècle de Louis XIV, élégant et magistral, l’auteur enfin de ce vigoureux Essai par lequel il émancipa et passionna l’histoire et y introduisit tous les ferments de révolte qui étaient dans son esprit. Ce dernier ouvrage n’est peut-être pas, esthétiquement, son meilleur ouvrage, mais c’est son ouvrage important, caractéristique ; vaste cadre, libre esquisse « où sont réunis avec le plus d’éclat, dit M. Villemain, les lumières et les préjugés de la nouvelle école qui racontait le passé ».

Cet Essai naquit singulièrement, comme souvent naissent ces livres de combat. Voltaire le composa, en grande partie, pour servir de cahiers d’histoire à la belle Émilie. Il ne faudrait pas supposer, du reste, que l’auteur se fût livré à ce grand travail de recherches, sans l’intention de le rendre public quelque jour[1]. Les copies s’en multiplièrent : Frédéric en eut une des premières ; l’Électeur palatin, la duchesse de Gotha, en reçurent également. D’autres existaient à Paris. Il est clair qu’une de ces copies devait un jour ou l’autre tomber aux mains de quelque imprimeur de Hollande, et c’est ce qui arriva. Mais l’événement eut lieu dans un moment particulièrement fâcheux pour Voltaire.

  1. Voyez, sur les premières publications partielles la Lettre à M. de ***, professeur en histoire, dans les Mélanges, à la date de 1753.