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en danger d’être pris avec elle, soit par les musulmans, soit par les troupes du prince d’Antioche. Il eut du moins la satisfaction d’accomplir son vœu, et de pouvoir dire un jour à saint Bernard qu’il avait vu Bethléem et Nazareth. Mais, pendant ce voyage, ce qui lui restait de soldats fut battu et dispersé de tous côtés ; enfin trois mille Français désertèrent à la fois, et se firent mahométans pour avoir du pain (1148).

La conclusion de cette croisade fut que l’empereur Conrad retourna presque seul en Allemagne. Le roi Louis le Jeune ne ramena en France que sa femme et quelques courtisans. A son retour il fit casser son mariage avec Éléonore de Guienne, sous prétexte de parenté : car l’adultère, ainsi qu’on l’a déjà remarqué[1] n’annulait point le sacrement du mariage ; mais, par la plus absurde des lois, le crime d’avoir épousé son arrière-cousine annulait ce sacrement. Louis n’était pas assez puissant pour garder la dot en renvoyant la personne ; il perdit la Guienne, cette belle province de France, après avoir perdu en Asie la plus florissante armée que son pays eût encore mise sur pied. Mille familles désolées éclatèrent en vain contre les prophéties de Bernard, qui en fut quitte pour se comparer à Moïse, lequel, disait-il, avait comme lui promis de la part de Dieu, aux Israélites, de les conduire dans une terre heureuse, et qui vit périr la première génération dans les déserts.

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CHAPITRE LVI.


De Saladin.


Après ces malheureuses expéditions les chrétiens de l’Asie furent plus divisés que jamais entre eux. La même fureur régnait chez les musulmans. Le prétexte de la religion n’avait plus de part aux affaires politiques. Il arriva même, vers l’an 1166, qu’Amaury, roi de Jérusalem, se ligua avec le Soudan d’Égypte contre les Turcs ; mais à peine le roi de Jérusalem avait-il signé ce traité qu’il le viola. Les chrétiens possédaient encore Jérusa-

  1. Chapitre l.