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reur ratifia en Allemagne les décrets de ce concile : ainsi finit cette guerre sanglante et absurde. Mais le concile, en décidant avec quelle espèce de bâton on donnerait les évêchés, se garda bien d’entamer la question si l’empereur devait confirmer l’élection du pape, si le pape était son vassal, si tous les biens de la comtesse Mathilde appartenaient à l’Église ou à l’empire. Il semblait qu’on tînt en réserve ces aliments d’une guerre nouvelle.

(1125) Après la mort de Henri V, qui ne laissa point d’enfants, l’empire, toujours électif, est conféré par dix électeurs à un prince de la maison de Saxe : c’est Lothaire II. Il y avait bien moins d’intrigues et de discorde pour le trône impérial que pour la chaire pontificale : car quoique en 1059 un concile tenu par Nicolas II eût ordonné que le pape serait élu par les cardinaux évêques, nulle forme, nulle règle certaine, n’était encore introduite dans les élections. Ce vice essentiel du gouvernement avait pour origine une institution respectable. Les premiers chrétiens, tous égaux et tous obscurs, liés ensemble par la crainte commune des magistrats, gouvernaient secrètement leur société pauvre et sainte à la pluralité des voix. Les richesses ayant pris depuis la place de l’indigence, il ne resta de la primitive Église que cette liberté populaire devenue quelquefois licence. Les cardinaux, évêques, prêtres et clercs, qui formaient le conseil des papes, avaient une grande part à l’élection ; mais le reste du clergé voulait jouir de son ancien droit, le peuple croyait son suffrage nécessaire, et toutes ces voix n’étaient rien au jugement des empereurs.

(1130) Pierre de Léon[1] petit-fils d’un Juif très-opulent, fut élu par une faction ; Innocent II le fut par une autre. Ce fut encore une guerre civile. Le fils du Juif, comme le plus riche, resta maître de Rome, et fut protégé par Roger, roi de Sicile (comme nous l’avons vu au chapitre xli); l’autre, plus habile et plus heureux, fut reconnu en France et en Allemagne.

C’est ici un trait d’histoire qu’il ne faut pas négliger. Cet Innocent II, pour avoir le suffrage de l’empereur, lui cède, à lui et à ses enfants, l’usufruit de tous les domaines de la comtesse Mathilde, par un acte daté du 13 juin 1133. Enfin celui qu’on appelait le pape juif étant mort, après avoir siégé huit ans. Innocent II fut possesseur paisible : il y eut quelques années de trêve entre l’empire et le sacerdoce. L’enthousiasme des croisades, qui était alors dans sa force, entraînait ailleurs les esprits.

Mais Rome ne fut pas tranquille. L’ancien amour de la liberté

  1. Autrement dit Anaclet. (G. A.)