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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/265

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[engin]
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d’une masse de fer ayant à peu près la forme d’une tête de mouton (voy. le détail P).

Les chats et vignes[1] n’étaient autre chose que des galeries de bois recouvertes de cuirs frais, que l’on faisait avancer sur des rouleaux jusqu’aux pieds des murailles, et qui permettaient aux mineurs de saper les maçonneries à leur base. Nous avons représenté un de ces engins dans l’article Architecture Militaire, fig. 15. Ces chats servaient aussi à protéger les travailleurs qui comblaient les fossés. Souvent les beffrois ou tours mobiles en bois que l’on dressait devant les remparts assiégés tenaient lieu de chats à leur partie inférieure ; aussi, dans ce cas, les nommait-on chas-chastels. Cet engin monstrueux était employé par les Romains, et César en parle dans ses Commentaires. On ne manqua pas d’en faire un usage fréquent pendant les siéges du moyen âge. Suger raconte, dans son Histoire de la vie de Louis le Gros, que ce prince, assiégeant le château de Gournay, après un assaut infructueux, fit fabriquer « une tour à trois étages, machine d’une prodigieuse hauteur, et qui, dépassant les défenses du château, empêchait les frondeurs et les archers de se présenter aux créneaux… À l’engin colossal était fixé un pont de bois qui, s’élevant au-dessus des parapets de la place, pouvait, lorsqu’on l’abaissait, faciliter aux assiégeants la prise des chemins de ronde. » Dans le poëme, du XIIe siècle, d'Ogier l’Ardenois, Charles, assiégeant le château dans lequel Ogier est enfermé, mande l’engigneor Malrin, qui ne met que quinze jours à prendre la place la plus forte. Cet engigneor occupe trois cent quatre-vingts charpentiers à ouvrer un beffroi d’assaut :

« Devant la porte lor drecha un engin[2]
Sor une estace l’a levé et basti,
À sept estages fu li engins furnis,
Amont as brances qi descendent as puis,
Fu ben cloiés et covers et porpris,
Par les estages montent chevalier mil,
Arbalestrier cent soixante et dix.
............
Et l’engigneres qi ot l’engin basti,
Il vest l’auberc, lace l’elme bruni,
El maistre estage s’en va amont séir. »


L’auteur, en sa qualité de poëte, peut être soupçonné de quelque exa-

  1. « Item, un autre engin on fait, qui est appellé vigne ; et cel engin fait-on de bons ays et de merrien fort, affin que pierre d’engin ne le puisse brisier, et le cueuvre l’en de cuir cru que feu n’i puist prendre ; et est cel engin de huit piez de lé et seize de long, et de tel hauteu que pluseurs hommes y puist entrer, et le doit l’en garder et mener jusques aux murs, et ceuls qui sont dedens foyssent les murs du chastel ; et est moult prouffitable, quant on le peut approchier des murs. » (Christ. de Pisan, ch. XXXV.)
  2. Vers 6 734 et suiv.