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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/168

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construction de l’église de Saint-Étienne ; au sud, jusqu’à Toulouse (église de Saint-Sernin), et même jusqu’à Saint-Papoul.

école poitevine. Très-féconde en monuments, à cause de la quantité et de la qualité des matériaux calcaires, cette école est moins avancée que l’école auvergnate ; elle possède à un degré moins élevé le sentiment des belles dispositions. Comme cette dernière, elle sut bâtir des églises voûtées durables, dès le XIe siècle, en contre-buttant les voûtes en berceau des grandes nefs par celles des collatéraux, mais sans les galeries de premier étage des églises d’Auvergne, c’est-à-dire que les églises romanes du Poitou se composent généralement de trois nefs à peu près égales en hauteur sous clef, voûtées au moyen de trois berceaux, celui central plus large que les deux autres ; tandis que les églises auvergnates comprennent des collatéraux voûtés en arêtes, avec galeries supérieures voûtées en demi-berceaux, contre-buttant le berceau central[1]. Dans le Poitou, et en Auvergne très-anciennement, les sanctuaires sont entourés d’un bas-côté avec chapelles rayonnantes, comme dans l’église de Saint-Savin près Poitiers, qui date du XIe siècle, dans l’église haute de Chauvigny (commencement du XIIe siècle). L’école poitevine se soumet à des influences diverses. En dehors du principe décrit ci-dessus, elle admet le système des coupoles de l’école de la Saintonge et du Périgord, comme dans la construction de l’église Saint-Hilaire de Poitiers, et dans celle de Sainte-Radegonde, comprenant une seule nef. Au XIIe siècle, l’école de l’Ouest (du Périgord et de la Saintonge) eut une si puissante influence qu’elle étouffa non-seulement l’école poitevine, mais qu’elle pénétra jusque dans le Limousin et le Quercy au sud, et, au nord, jusque dans l’Anjou et le Maine.

école du périgord. Son type primitif se trouve à Périgueux dans l’ancienne cathédrale de cette ville, et dans l’église abbatiale de Saint-Front ; c’est une importation byzantine[2]. Le principe de cette école est celui de la coupole portée sur pendentifs. Dans un temps où la plupart des écoles romanes en France ne savaient trop comment résoudre le problème consistant à poser des voûtes sur les plans de la basilique antique, cette importation étrangère dut avoir et eut en effet un grand succès. On abandonna donc, dans les provinces de l’Ouest, pendant les XIe et XIIe siècles, sauf de rares exceptions, le plan romain pour adopter le plan byzantin. Les provinces plus particulièrement attachées aux traditions latines, comme l’Île-de-France, la Champagne et la Bourgogne, résistèrent seules à cette nouvelle influence et poursuivirent la solution du problème posé, ce qui les conduisit au système de construction gothique. Outre les deux types que nous venons de citer, l’école du Périgord présente une quantité prodigieuse d’exemples d’églises dérivées de ces types. Nous nous bornerons à en citer quelques-uns : la cathédrale de Cahors, l’église abbatiale de Souillac (XIe siècle), celle de Solignac, la cathédrale d’Angoulême, les

  1. Voy. Architecture Religieuse, fig. 10.
  2. Voy. l’Architecture byzantine en France, de M. Félix de Verneilh.