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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/155

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[chateau]
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rieure étant ouverte, il était impossible à des gens placés dans la basse-cour de voir ce qui se passait dans la cour intérieure du château. Mais ce qui vient surtout rendre cette entrée difficile à forcer, c’est la grosse tour I du donjon dont les murs, d’une épaisseur considérable (4m,60), ne sont, à rez-de-chaussée, percés d’aucune ouverture et dont les machicoulis supérieurs devaient permettre d’écraser les assaillants qui se seraient emparés soit du pont, soit du fossé. La tour I se relie au donjon proprement dit, de forme carrée, divisé en plusieurs salles, et qui, par sa position, commande au loin les deux seuls points accessibles du château, c’est-à-dire ses faces sud et sud-est. Mais la construction de ce donjon mérite que nous l’étudiions avec soin, d’autant mieux qu’il diffère de ceux des XIIe et XIIIe siècles.

À Pierrefonds, le donjon est non-seulement le point principal de la défense, c’est encore l’habitation seigneuriale, construite avec recherche, et contenant un grand nombre de services propres à rendre ses appartements agréables. Il se compose d’un étage de caves, d’un rez-de-chaussée voûté dont nous donnons le plan, qui ne pouvait servir que de magasins, de dépôts de provisions, et de trois étages de salles munies de cheminées. À chaque étage, la distribution était pareille à celle du rez-de-chaussée ; mais les salles, séparées par des planchers, ne possédaient plus les colonnes que nous voyons sur notre plan. De la salle principale des étages supérieurs, à laquelle on arrivait par le grand escalier P, on communiquait à la tour carrée O par un passage pratiqué dans l’angle de jonction, et ces salles principales étaient éclairées chacune par deux larges et hautes fenêtres percées dans le mur oriental de chaque côté des cheminées. Ce donjon était couvert par deux combles avec chéneau intermédiaire sur le mur de refend qui le coupe de l’est à l’ouest. Deux pignons à l’est et deux pignons à l’ouest fermaient ces deux combles. Entre le donjon et la tour sud-est étaient de grandes latrines J auxquelles on arrivait par un passage détourné ; entre ces latrines et la petite salle sud-est du donjon est un retrait prenant jour sur la cour Q. De cette même salle sud-est, au niveau des caves, on communiquait à une petite poterne R donnant sur le fossé et à l’escalier de la tour d’angle. Un gros contrefort S, à l’angle du donjon, sur la cour principale, était probablement terminé par une échauguette, sorte de petit redan qui commandait le couloir de l’entrée L. Le grand escalier P était précédé, du côté le plus en vue, sur la cour, par un large perron et une loge ou portique qui permettaient au seigneur et à ses principaux officiers de réunir la garnison dans la cour et de lui donner des ordres d’un point élevé[1]. La disposition de ce perron dut être modifiée ; nous avons lieu de croire qu’il n’était dans l’origine qu’une terrasse avec un petit escalier posé sur le côté. Une annexe importante du donjon de Pierrefonds, c’est la tour carrée O. Posée à l’angle nord-est,

  1. Les perrons jouent un rôle important, à partir du XIIIe siècle, dans les châteaux (voy. Perron ).