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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/336

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même des églises, ou des cloîtres ; mais dans des villes populeuses, souvent les églises se trouvaient tellement entourées d’habitations particulières qu’il n’était pas possible de conserver un espace convenable aux sépultures, de là l’établissement de charniers ou cimetières spéciaux proche de quelques églises, autour desquelles alors on réservait de vastes espaces libres. Tels étaient les cimetières des Saints-Innocents à Paris, de Saint-Denis à Amiens, etc. Lorsque l’édilité commença de s’établir dans les grandes villes, que l’on prit pendant les XIIIe et XIVe siècles des mesures de salubrité et de police urbaines, on entoura les champs des morts de clôtures avec portiques, formant de vastes cloîtres sous lesquels s’élevèrent des monuments destinés à perpétuer le souvenir des nobles ou des personnages importants, puis bientôt, lorsque survinrent des épidémies, reconnaissant l’insuffisance et le danger de ces enclos compris dans l’enceinte des grandes villes, on établit extra-muros des cimetières, assez semblables à ceux qui, aujourd’hui, sont affectés aux sépultures.

« En 1348, environ Caresme, en vertu des lettres patentes du roy Philippe VI, dit de Valois, pour lors régnant, le cimetière des Saints-Innocents fut du tout clos et fermé sans qu’on y entrast aucunement, les portes et entrées estans murées pour l’utilité du peuple, de peur que l’air de Paris, à raison de la mortalité ou épidémie qui pour lors couroit, ne fust gasté et corrompu, et que par le grand amas des corps pour lors enterrez audit cimetière, et qui y pouvoient encores estre apportez, il n’advinst un plus grand inconvénient et péril. Et suivant la volonté du roy, l’on benist un autre cimetière hors les murs de la ville, pour enterrer tous les corps de ceux qui mourroient durant ladite épidémie : suivant laquelle ordonnance plusieurs corps y furent portez (j’estime que ce soit celuy de la Trinité pour lors hors la ville, où encore pour le jour d’huy s’enterrent tous les corps morts de la contagion qui sortent de l’Hostel-Dieu de Paris…)[1] » (voy. Cimetière).

Mais ces maisons de refuge, ces hôpitaux et ces champs de repos entourés de portiques, ressemblaient en tous points jusqu’au XIVe siècle, aux constructions monastiques, et n’en étaient pour ainsi dire qu’une branche. Les grandes abbayes avaient donné les premiers modèles de ces constructions ; elles étaient entrées plus avant encore dans l’architecture purement civile, en affectant des parties de leurs terrains à des foires ou marchés perpétuels ou temporaires ; marchés qui devenaient un produit d’une certaine importance dans le voisinage des grands centres de population. Les chevaliers du Temple, à Paris, bâtirent une boucherie sur leur territoire où ils exerçaient justice haute, moyenne et basse[2]. Philippe Auguste qui, l’un des premiers, se préoccupa sérieusement et avec cet esprit de suite qui le distingue, de l’agrandissement et de l’assainissement de la ville de Paris, acheta de la Léproserie établie hors la ville de Paris, un marché qu’il

  1. Antiq. de la ville de Paris, Du Breul, liv. III.
  2. Hist. de la ville de Paris, par D. Felibien, t. Ier, p. 103.