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Page:Revue des Deux Mondes - 1887 - tome 84.djvu/147

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l’accroissement de la population se manifeste surtout pour les villes [1]. Par suite du développement de l’industrie dans les grands centres, ceux-ci attirent beaucoup d’habitans des communes rurales, qui ne trouvent pas à la campagne des moyens d’existence suffisans. Or les agglomérations ouvrières sont devenues autant de foyers de propagande socialiste, le milieu propice où les idées communistes se développent, comme germent et grandissent toutes les semences dans un champ bien préparé. C’est un fait indiscutable et reconnu que le socialisme gagne en force et en étendue, sous nos yeux, ce que gagne lui-même l’accroissement de la population ouvrière dans les villes. Tout l’appoint de l’émigration des campagnes grossit les rangs de ses adeptes, formés de prolétaires sans autre ressource que le travail de leurs mains.

Ne possédant rien, ces masses du prolétariat, accumulées dans les agglomérations urbaines, n’ont rien à conserver. Aussi, à peu de chose près, le nombre de suffrages exprimés en faveur des candidats socialistes correspond-il au nombre des ouvriers de la campagne attirés ou émigrés dans les villes. Relativement à la population des villes prise en bloc, l’effectif des masses socialistes s’élève même, depuis la constitution de l’empire allemand, dans une proportion supérieure à celle de l’accroissement total de la population urbaine. La contagion du communisme s’étend donc aux ateliers ruraux. Dans l’espace des quinze dernières années, la population des villes en Allemagne, nous l’avons-vu, s’est accrue annuellement de 20 à 30 pour 1,000, au lieu de 6 pour 1,000 seulement dans les communes rurales. Au recensement de 1871, nous avions sur le territoire de l’empire 2,328 villes, avec plus de 2,000 habitans, représentant une population de la 790,708 individus, contre 18,720,530 individus dans 2,707 localités de même importance au recensement de 1880, soit une augmentation totale de 4 millions d’individus à peu près et un accroissement relatif de 28 pour 100. Pendant le même intervalle, le nombre de voix portées sur des candidats socialistes accuse une progression de 151 pour 100, en regard d’une augmentation absolue de 124,655 voix aux élections de 1871 à 311,961 voix aux élections de 1881. Depuis 1881, les progrès de la propagande pour le socialisme se sont accentués dans une mesure plus rapide encore, car, au lieu de 311,961 suffrages réunis par les socialistes en 1881, ils en ont compté 549,990 au premier tour de scrutin en 1884 et 763,128 aux élections du 21 février 1887. N’étaient le frein religieux et l’influence du clergé dans les centres industriels de culte catholique, où les ouvriers élisent des députés

  1. Voyez la Revue du 15 janvier 1885, page 370.