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firent jouer dans leur collège de Paris une farce où ce même Jansénius était emporté par les diables, et dans une procession publique qu’ils firent faire aux écoliers de leur collège de Mâcon, ils le représentèrent encore chargé de fers, et traîné en triomphe par un de ces écoliers qui représentait la Grâce suffisante. Peu s’en fallut que saint Augustin ne fût traité lui-même comme cet évêque. Du moins plusieurs de leurs auteurs[1], à l’exemple de Molina, le dégradèrent de la qualité de docteur de la grâce, l’accusant d’être tombé en plusieurs excès dans ses écrits contre les pélagiens, et soutenant qu’il eût mieux valu qu’il n’eût jamais écrit sur ces matières.

Il arriva même, au sujet de ce saint, un assez grand scandale dans un acte de théologie qui se soutenait chez eux [ à Caen ], et où plusieurs évêques assistaient. Car un bachelier, dans la dispute, ayant opposé à leur répondant l’autorité de ce Père sur la doctrine de la grâce, le répondant eut l’insolence de dire : Transeat Augustinus[2], comme si, depuis la constitution, l’autorité de saint Augustin devait être comptée pour rien. Ils faisaient, par une horrible impiété, des vœux publics à la Vierge, pour lui demander que, si les jansénistes continuaient à nier la grâce suffisante accordée à tous les hommes, elle obtînt par ses prières

  1. Note marginale du ms. : Le Père Adam et autres.
  2. « Que saint Augustin s’en aille ; au diable Augustin ! »