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sacrements aux domestiques. Bientôt après, M. Le Maitre, neveu de la Mère Angélique, ayant, à l’âge de vingt-neuf ans, renoncé au barreau et à tous les avantages que sa grande éloquence lui pouvait procurer, s’était retiré dans ce désert pour y achever sa vie dans le silence et dans la retraite. Il y fut suivi par un de ses frères, qui jusqu’alors avait été dans la profession des armes. Quelque temps après, M. de Sacy, son autre frère, si célèbre par les livres de piété dont il a enrichi l’Église, s’y retira aussi avec eux pour se préparer dans la solitude à recevoir l’ordre de la prêtrise. Leur exemple y attira encore cinq ou six autres, tant séculiers qu’ecclésiastiques, qui, étant comme eux dégoûtés du monde, vinrent se rendre les compagnons de leur pénitence. Mais ce n’était point une pénitence oisive. Pendant que les uns prenaient connaissance du temporel de cette abbaye et travaillaient à en rétablir les affaires, les autres ne dédaignaient pas de cultiver la terre comme de simples gens de journée. Ils réparèrent même une partie des bâtiments qui y tombaient en ruine, et, rehaussant ceux qui étaient trop bas et trop enfoncés, ils rendirent l’habitation de ce désert plus saine et plus commode qu’elle n’était. M. d’Andilly, frère aîné de la mère Angélique, ne tarda guère à suivre ses neveux, et s’y consacra comme eux à des exercices de piété qui ont duré autant que sa vie.