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d’hommes qui se réformèrent sur ce modèle. Ainsi l’on peut dire avec vérité que la maison de Port-Royal fut une source de bénédictions pour tout l’ordre de Cîteaux, où l’on commença de voir revivre l’esprit de saint Benoît et de saint Bernard, qui y était presque entièrement éteint.

De tous les monastères que je viens de nommer, il n’y en eut point où la Mère Angélique trouvât plus à travailler que dans celui de Maubuisson, dont l’abbesse, sœur de Mme Gabrielle d’Estrées, après plusieurs années d’une vie toute scandaleuse, avait été interdite et renfermée à Paris dans les Filles pénitentes. À peine la Mère Angélique commençait à faire connaître Dieu dans cette maison, que Mme d’Estrées, s’étant échappée des Filles pénitentes, revint à Maubuisson avec une escorte de jeunes gentilshommes accoutumés à y venir passer leur temps ; et une des portes lui fut ouverte par une des anciennes religieuses. Aussitôt le confesseur de l’abbaye, (c’était un moine, grand ennemi de la réforme), voulut persuader à la Mère Angélique de se retirer ; il y eut même un de ces gentilshommes qui lui appuya le pistolet sur la gorge pour la faire sortir. Mais tout cela ne l’étonnant point, l’abbesse, le confesseur et les jeunes gens la prirent par force, et la mirent hors du couvent avec les religieuses qu’elle y avait amenées, et avec toutes les novices à qui elle avait donné