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seigneurs de Montmorency et les comtes de Montfort. Ils lui firent successivement plusieurs donations, dont les plus considérables ont été confirmées par le roi saint Louis, qui donna aux religieuses, sur son domaine, une rente en forme d’aumône dont elles jouissent encore aujourd’hui ; si bien que c’est avec raison qu’elles reconnaissent ce saint roi pour leur fondateur. Le pape Honoré III accorda à cette abbaye de grands privilèges ; entre autres, celui d’y célébrer l’office divin, quand même tout le pays serait en interdit. Il permettait aussi aux religieuses de donner retraite à des séculières qui, étant dégoûtées du monde, et pouvant disposer de leurs personnes, voudraient se réfugier dans leur couvent pour y faire pénitence, sans néanmoins se lier par des vœux. Cette bulle est de l’année 1223, un peu après le quatrième concile général de Latran.

Sur la fin du dernier siècle, ce monastère, comme beaucoup d’autres, était tombé dans un grand relâchement. La règle de saint Benoît n’y était presque plus connue ; la clôture même n’y était point observée, et l’esprit du siècle en avait entièrement banni la régularité. Marie-Angélique Arnauld, par un usage qui n’était que trop commun en ces temps-là, en fut faite abbesse n’ayant pas encore onze ans accomplis [1602]. Elle n’en avait que huit lorsqu’elle prit l’habit, et elle fit profession à neuf ans entre les mains du général