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aux religieuses de Port-Royal-des-Champs de la reconnaître pour abbesse. Ces saintes filles, voyant que la résolution de les perdre était irrévocablement prise, ne font plus aucune procédure, et attendent en paix et en patience ce que la divine Providence voudra faire d’elles…

Le roi, pressé par le fameux Père Tellier, le plus fougueux jésuite qui ait jamais été, donne le 26 octobre un arrêt contre le plus saint monastère qu’il y eût dans l’univers, par lequel il donne commission à M. d’Argenson de se transporter à Port-Royal-des-Champs, d’y entrer de gré ou de force, de se saisir des archives, et de faire sortir dans le jour même les religieuses, pour être conduites en différents diocèses, et y être mises seule à seule dans des couvents séparés.

Le 29 octobre, qui était un mercredi, M. d’Argenson arrive à Port-Royal avec des carrosses et environ trois cents hommes, pour enlever et disperser une vingtaine de pauvres filles, qui n’avaient pas plus de défense qu’en auraient eu vingt brebis contre trois cents loups…

Le moment étant arrivé auquel Dieu avait permis que le lieu saint fût profané, et que les vierges saintes qui l’habitaient fussent sacrifiées à leurs ennemis, M. d’Argenson se présente à sept heures du matin à la porte du monastère, comme les religieuses