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cela : bonne femme, bonne amie, mais un peu portée à l’intrigue, et ne haïssant pas à se faire de fête, surtout avec les grands seigneurs.

M. de Pomponne demandait un jour à M. Nicole : « Tout de bon, croyez-vous que ma sœur ait autant d’esprit que Mme Duplessis-Guénégaud ? » M. Nicole traita d’un grand mépris une pareille question.

— On subsistait comme on pouvait des livres et des écrits qu’on faisait. Les Apologies des religieuses valurent cinq mille francs ; les Imaginaires, cinq cents écus. Bien des gens croyaient que M. Nicole, en tirant quelque profit de la Perpétuité, s’enrichissait du travail de M. Arnauld, et il souffrait tout cela. On tira des Traités de piété seize cents francs. M. Nicole les fit donner à M. Guelphe ; et celui-ci y ayant joint quelque trois ou quatre mille francs de M. Arnauld, les prêta à un nommé Martin, qui leur a fait banqueroute.

— Lorsque les religieuses étaient renfermées au Port-Royal de Paris, elles trouvaient moyen de faire tenir tous les jours de leurs nouvelles à M. Arnauld, et d’en recevoir[1]. M. Nicole dit que c’étaient des lettres merveilleuses et toutes pleines d’esprit[2]. La sœur

  1. L’intermédiaire entre les religieuses et Arnauld était Claude Lancelot, qui fut admirable de dévouement en 1664-1665.
  2. Ces lettres ont été imprimées au xviiie siècle, mais d’une manière très défectueuse. Il en existe des copies manuscrites fidèles, et en effet ces lettres de la sœur Briquet sont charmantes. Celles de la sœur de Brégy ne le sont pas moins ; Racine la juge ici sans l’avoir lue, et d’après Nicole.