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les jansénistes. M. Bail surtout leur était fort opposé. Ses cheveux se hérissaient au seul nom de Port-Royal, et il avait toute sa vie ajouté une foi entière à tout ce que les jésuites publiaient contre cette maison ; très dévot d’ailleurs, et qui avait fort étudié les casuistes.

Six semaines après qu’il eut été établi supérieur, M. de Contes et lui eurent ordre de faire la visite des deux maisons, et ils commencèrent par la maison de Paris. Ils y trouvèrent la célèbre Mère Angélique, qui était dangereusement malade, et qui mourut même pendant le cours de cette visite. Mais comme cette sainte fille a eu tant de part à tout le bien que Dieu a opéré dans ce monastère, je crois qu’il ne sera pas hors de propos de raconter ici avec quelle fermeté héroïque elle soutint cette désolation de sa maison, et de toucher quelques-unes des principales circonstances de sa mort.

Elle avait passé tout l’hiver à Port-Royal des Champs, avec une santé fort faible et fort languissante, ne s’étant point bien rétablie d’une grande maladie qu’elle avait eue l’été précédent. Il y avait déjà du temps qu’elle exhortait ses religieuses à se préparer par beaucoup de prières aux tribulations qu’elle prévoyait qui leur devaient arriver. On lui avait pourtant écrit de Paris que les affaires s’adoucissaient ; mais elle n’en avait rien cru, et disait