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forme à l’Évangile et aux décisions des papes ? Mais le faux honneur de la société l’a emporté encore en cette occasion sur toutes les raisons de religion et de politique, et même sur les constitutions fondamentales de la société. Il ne s’est presque point passé d’années depuis ce temps-là que les jésuites, soit par de nouveaux livres, soit par des thèses publiques, n’aient soutenu les mêmes méchantes maximes. On sait avec combien d’évêques ils se brouillent encore tous les jours sur ce sujet. Peu s’en est fallu enfin qu’ils n’aient déposé leur propre général[1] pour avoir fait imprimer, avec l’approbation du pape, un livre contre la probabilité, laquelle est regardée à bon droit comme la source de toute cette horrible morale.

Mais pendant que les jésuites soutenaient avec cette opiniâtreté les erreurs de leurs casuistes, et ne se rendaient, ni sur le fait ni sur le droit, aux censures des papes et des évêques, ils n’en poursuivaient pas avec moins d’audace la condamnation de leurs adversaires. Ce ne fut pas assez pour le Père Annat d’avoir fait juger dans l’assemblée du Louvre que les propositions étaient dans Jansénius, et d’avoir ensuite fait ordonner, dans l’assemblée des quinze évêques, que la constitution et le bref seraient signés par tout le royaume. Il entreprit encore d’établir un formulaire

  1. Le Père Tyrse Gonzalez, sous le pontificat d’Innocent XI.