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son pour leur prouver que Jésus-Christ était mort pour tous les hommes. Il faisait là-dessus un grand nombre de raisonnements, tous plus extravagants les uns que les autres, par où il ôtait à la véritable religion l’une de ses plus grandes preuves, qui est celle des miracles. Pour conclusion, il exhortait les fidèles à se bien donner de garde d’aller invoquer Dieu dans l’église de Port-Royal, de peur qu’en y cherchant la santé du corps, ils n’y trouvassent la perte de leur âme.

Mais il ne parut pas que ces exhortations eussent fait une grande impression sur le public. La foule croissait de jour en jour à Port-Royal, et Dieu même semblait prendre plaisir à autoriser la dévotion des peuples par la quantité de nouveaux miracles qui se firent en cette église. Non seulement tout Paris avait recours à la Sainte épine et aux prières des religieuses, mais de tous les endroits du royaume on leur demandait des linges qui eussent touché à cette relique ; et ces linges, à ce qu’on raconte, opérèrent plusieurs guérisons miraculeuses[1].

Vraisemblablement la piété de la reine mère fut touchée de la protection visible de Dieu sur ces religieuses. Cette sage princesse commença à juger plus

  1. On en peut voir l’énumération dans les Mémoires de Godefroi Hermant, livre XV, ch. xx (tome III, p. 178).