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Page:Rabelais marty-laveaux 02.djvu/427

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Comment Pantagruel descendit en l’isle de Ruach.

Chapitre XLIII.



Devx iours après arrivasmes en l’isle de Ruach, & vous iure par l’estoille Poussinière, que ie trouvay l’estat & la vie du peuple estrange plus que ie ne diz. Ilz ne vivent que de vent. Rien ne beuvent, rien ne mangent, si non vent. Ilz n’ont maisons que de gyrouettes. En leurs iardins ne sèment que les troys espèces de Anemone. La Rue & aultres herbes carminatives ilz en escurent soingneusement. Le peuple commun pour soy alimenter use de esventoirs de plumes, de papier, de toille, scelon leur faculté, & puissance. Les riches vivent de moulins à vent. Quand ilz font quelque festin ou banquet, on dresse les tables soubs un ou deux moulins à vent. Là repaissent aises comme à nopces. Et durant leur repas disputent de la bonté, excellence, salubrité, rarité des vens, comme vous Beuveurs par les banquetz philosofez en matière de vins. L’un loue le Siroch, l’aultre le Besch, l’aultre le Guarbin, l’aultre la Bize, l’aultre Zephyre, l’aultre Gualerne. Ainsi des aultres. L’aultre le vent de la chemise pour les muguetz & amoureux. Pour les