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partie de celles qui sont, indépendamment des autres. — Parfaitement. — Celui qui la dit, reprit-il, dit donc ce qui est? — Oui. — Mais dire ce qui est et les choses qui sont, c'est dire la vérité 1 ; par conséquent Dionysodore, s'il dit ce qui est, dit la vérité et ne profère contre toi aucun mensonge. »

b « Oui, répondit Ctésippe, mais qui parle ainsi, Euthydème, ne dit pas ce qui est. »

Alors Euthydème: « Les choses qui ne sont pas, dit-il, n'ont point d'existence, n'est-il pas vrai ? — Elles n'en ont point. — Les choses qui ne sont pas n'existent donc nulle part? — Nulle part. — Y a-t-il donc moyen d'agir à leur égard [, envers ce qui n'est pas,] de façon qu'un individu, quel qu'il soit, fasse ce qui n'est nulle part ? — Ce n'est pas •non avis, dit Ctésippe. — Voyons, quand les orateurs par- lent devant le peuple, n'agissenl-ils point ? — Bien certaine-

c ment ils agissent, dit-il. — Si donc ils agissent, ils font aussi ?

— Oui. — Ainsi donc parler, c'est à la fois agir et faire? » Il en convint. « Par conséquent, reprit l'autre, personne ne dit ce qui n'est pas ; sans quoi il ferait dès lors quelque chose. Or tu as reconnu que ce qui n'est pas, il est impos- sible à personne de le faire ; il en résulte d'après toi que per- sonne ne ment, et que, si Dionysodore parle, c'est la vérité et la réalité qu'il exprime 2 . »

« Oui, par Zeus ! Euthydème, répliqua Ctésippe. mais la réa- lité, il la dit d'une certaine manière, et non comme elle est. » « Qu'entends-tu par là, Ctésippe? reprit Dionysodore. Y 7 d a-t-il donc des gens qui disent les choses comme elles sont ?

— Assurément il y en a, les honnêtes gens et ceux qui disent la vérité. — Voyons, dit l'autre ; le bien n'est-il pas bon, et le mal n'est-il pas mauvais? » Il l'accorda. « Et les honnêtes gens, reconnais- tu qu'ils disent les choses comme

1. Ici l'équivoque porte sur to ov. La réalité de la parole est prise pour la réalité de la chose exprimée.

2. Raisonnement d'Euthydème : parler c'est agir (nsâtTôtv), et agir c'est faire (ou produire, JCOtEtv). Parler, c'est donc produire. Or on ne peut agir sur ce qui n'est pas ; on ne peut donc le faire (ou le produire), ni par conséquent le dire ; en d'autres termes, il est impossible de parler faux («|»£Û8îo6at). On voit où est le sophisme. Quand on parle, on produit Y expression d'une chose, mais il est inexact d'en conclure qu'on produit la chose elle-même. Voir la Notice, p. 126.

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