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275 d EUTHYDÈME i5o

débuta Euthydème : « Dis-moi, Clinias, quels sont les indi- vidus qui apprennent, ceux qui savent ou ceux qui ignorent? »

Le jeune homme, à cette question difficile, se mit à rougir,

et, pris de court, il me regardait. Et moi, comprenant son

désarroi : « Courage ! Clinias, lui dis-je, réponds bravement

e dans l'un ou l'autre sens, selon ton opinion. Car peut-être

est-il en train de te rendre le plus grand service. »

Cependant Dionysodore, se penchant un peu à mon oreille, avec un large sourire sur le visage: « Ma foi ! Socrale, dit-il, je t'en préviens : que ce garçon réponde d'une façon ou de l'autre, il sera réfuté. »

Tandis qu'il parlait, Clinias se trouva donner sa réponse, si bien que je ne pus même pas engager notre jeune homme

276 a à prendre garde. Il répondit donc : « Ceux qui savent ' sont

ceux qui apprennent. »

Alors Euthydème : « Y a-t-il ou non, dit-il, des gens que tu nommes maîtres ? » Il en convint. « Les maîtres sont-ils maîtres de ceux qui apprennent, comme le cithariste et le grammatiste 2 ont été, n'est-ce pas? tes maîtres et ceux des autres enfants, tandis que vous étiez leurs élèves ? » Il approuva. « N'est-il pas vrai que, quand vous appreniez, vous ne saviez pas encore ce que vous appreniez? — Non.

b — Étiez- vous donc savants, lorsque vous ne le saviez pas ? — Non certes, dit-il. — Par conséquent, si vous n'étiez pas savants, vous étiez ignorants ? — Parfaitement. — Alors, puisque vous appreniez ce que vous ne saviez pas, vous étiez ignorants quand vous appreniez. » Le jeune homme fit un signe d'assentiment. « Ce sont donc les ignorants qui appren- nent, Clinias, et non les savants, comme tu le crois. »

A ces mots, comme dans un chœur au signal de l'instruc- teur, ce furent à la fois des applaudissements et des rires

c dans le cortège de Dionysodore et d'Euthydème. Et, sans

Mv7) txrj , leur mère, est habituellement appelée Mnémosyne. Dans le Phèdre, 287 a, Socrate invoque les Muses en commençant son discours.

1. Eoso; a deux sens : savant et intelligent ; de même à;j.aôr[ç : ignorant et sot. Clinias répond : « Ce sont les intelligents qui apprennent». Aussitôt Euthydème lui réplique : « Ce sont les igno- rants. » Mais Dionysodore, reprenant aooo; au sens d'intelligent, montrera que ce sont les intelligents qui apprennent.

2. Maître d'école, qui enseignait à lire et à écrire.

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