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272 b EUTHYDÈME i45

Griton. — Eh quoi ! Socrate, à ton âge? Ne crains-tu pas d'être déjà trop vieux ?

Socrate. — Nullement, Griton. J'ai, pour me rassurer, un indice et un encouragement suffisants. Eux-mêmes étaient pour ainsi dire des vieillards, quand ils se sont mis à cette science qui fait mon envie, l'éristique ; l'année dernière ou c la précédente, ils n'étaient pas encore savants. Ma seule crainte, à' moi, est de couvrir encore de honte ces deux étran- gers, comme Gonnos 1 , fils de Métrobios, le cithariste qui même aujourd'hui me donne des leçons de cithare. A cette vue les enfants, mes condisciples, se moquent de moi, et Connos, ils l'appellent un maître pour vieux. J'aurais peur de faire le même affront aux deux étrangers ; et eux, pris sans doute de la même crainte, refuseraient peut-être de m'accepter. Mais moi, Griton, j'en ai déjà décidé d'autres, d de vieilles gens, à devenir là-bas mes condisciples, et je tâcherai d'en décider encore à me suivre ici. Toi-même, pour- quoi ne pas te mettre à l'école avec moi ? Tes fils nous ser- viront à les amorcer ; pour les avoir, je suis sûr qu'ils nous prendront, nous aussi, comme élèves.

Griton. — Rien ne s'y oppose, Socrate, si c'est ton avis. Mais d'abord, explique-moi en quoi consiste le savoir de ces deux hommes ; que je sache ce que nous apprendrons.

Socrate. — Tu vas l'entendre. Car je

Le récit de Socrate. • j- • » • t\i

L'auditoire. ne saurais dire 9°* J e n aie ï* 3 . ete

attentif à leurs propos ; mon attention

était parfaite, comme le sont mes souvenirs, et je vais essayer

de te conter tout en détail depuis le commencement. Un

e dieu a voulu que je fusse par hasard assis à l'endroit où tu

m'as vu. J'étais dans le vestiaire 2 , seul, et déjà je songeais à

me lever. Mais au moment où je me levais, se produisit cet

avertissement divin 3 qui m'est habituel. Je me rassis donc,

terme : au sens propre, par leur vigueur et leur agilité ; au figuré, parce qu'ils savent le secret de triompher dans les luttes judiciaires. IlavTiuv xpatsfc joue sur l'étymologie du mot pancrace; u-i/r^ comme le montre la suite (èv cfaXotç), désigne Yhoplomachie, ou combat en armes (voir Lâches, 182 b).

1. Cf. Ménexene, a35 e sq. (voir la Notice p. 78).

2. Endroit où se déshabillaient les gymnastes; comp. Lysis, 206 e.

3. Il est plusieurs fois question chez Platon de cette voix inté-

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