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i3o EUTHYDÈME

que la théorie proprement dite des Formes soit soulevée dans cet endroit du dialogue ' .

Si ces rapprochements sont fondés, on

deVEuti^dème. ^ er P Kl P w mieux le contenu et le ton de YEuthydème. Ce ne sont pas seule- ment deux éristiques de passage que Platon aurait voulu combattre. A travers eux il attaquerait des écoles rivales de la sienne et des adversaires personnels. Il accuserait avec force l'abîme qui le sépare de certains Socratiques et l'irré- ductible opposition qu'il discerne entre son enseignement et le leur. Bref, YEuthydème marquerait un épisode de la polé- mique soutenue par Platon contre ses rivaux. Malgré l'incer- titude qui peut subsister sur le sens de certaines attaques, il est impossible, à la lecture de l'ouvrage, de ne pas être frappé de la vigueur et de l'âpreté de la critique. L'Euthy- dème n'est pas seulement, comme le Protagoras, une spiri- tuelle comédie : c'est une violente satire, menée sans ména- gement ; elle respire une animositéqui serait incompréhensible si l'auteur ne ripostait à des ennemis qu'il a résolu d'abattre 2 . Les thèses attribuées aux sophistes de YEuthydème sont condamnées en bloc par Platon : il est clair qu'à ses yeux aucune ne mérite la discussion. Plus tard, il changera d'avis, il s'apercevra que ces propositions paradoxales touchent à des problèmes difficiles, qui demandent un examen approfondi 3 . Dans le Théétète il reprendra la définition du savoir; il discutera la question déjà effleurée dans YEuthydème : peut-

i. Cette idée que dans toute belle chose il y a de la beauté se retrouve dans YHippùis majeur, 289 d ; Gorgias, £97 e ; cf. Euthy- phron, 6 d; Ménon, 72 c; elle n'exprime peut-être encore qu'une conception socratique (Wilamowitz, 0. /.. p. i58).

2. Wilamowitz, o. /., p. 167, traite de roman l'hypothèse d'une attaque dirigée contre Antisthène : il allègue que rien n'empêchait Platon de mettre en scène son adversaire. Mais Platon a pu avoir ses raisons, que nous ignorons. On trouve chez lui maintes allusions à cette polémique, expressément attestée par Diogène de Laërte (III, 35) et généralement admise aujourd'hui. Les deux sophistes de YEuthydème n'ont abordé que dans leur vieillesse l'étude de l'éristique. Ne serait-ce pas une allusion à Antisthène, si c'est bien lui que vise le Sophiste (25 1 b tc5v Yepovxtov xoiç o^t^aBici) ? Cf. Gomperz, o. /., p. 568.

3. Raeder, 0. I., p. i£3.

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