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NOTICE ii

Homère une admiration particulière. Il lui avait consacré de nombreux écrits 1 , et s'efforçait, en l'expliquant à sa mode, de retrouver chez lui les principes de sa propre morale 2 . L'auteur de Ylon, comme celui du Banquet, attaquerait à mots couverts un ouvrage d'Antisthène, dont Ion repré- senterait la doctrine en donnant Homère pour la source de toute science. Bref, Ylon marque, nous dit-on, une phase de la polémique de Platon contre Antisthène.

Si séduisante que puisse paraître cette hypothèse, et si intéressantes que soient les conclusions à en tirer, elle soulève de graves objections 3 . Bornons-nous à indiquer la plus directe. Quand Socrate, dans le Banquet de Xénophon, parle d'u7covotat, il fait évidemment allusion à l'interprétation allé- gorique : on n'en peut douter, puisqu'il emploie le mot propre. Mais nulle part dans Ylon il n'est question d'ÔTrdvoiac. Pour qualifier ses trouvailles d'exégète, le rhapsode se sert du mot o-.âvotat, qui a une tout autre valeur 4 . Lui-même il laisse entendre ce qu'il veut désigner par là. Son commen- taire doit être une paraphrase élogieuse 3 , par où il s'attache à faire ressortir les beautés d'Homère 6 . Ainsi paraît com- prendre Socrate, qui appelle Ion '0(xr,pou siratv£rr,ç (536 d et 5/ia b fin), bien que l'expression ait en plusieurs endroits chez Platon un sens fort étendu 7 .

Mais si les commentaires du rhapsode Le véritable objet >j • . * 1 n •

du dialoaue se reduisent a une paraphrase élogieuse

sans portée philosophique, est-il vrai- semblable que l'auteur de Ylon ait consacré tout un dialogue à un si mince objet? Scbleiermacher 8 observe que les rhap-

i. Diogène de Laërte, VI, 9, i5-i8.

2. Peut-être, notamment, dans les traités Ilepl èçT)yr)-côJv et Uzoi

' 0(17) pOU.

3. W. Janell, Quaestiones Platonicae, 1901, p. 328, note 10.

4. ld.

5. On peut songer aussi à des amplifications comme celle dont se vante Hippias (Hipp. maj., 286 a et suiv.). Cf. Janell, /., p. 328.

6. Eu x£/.dau.r,xa xôv "Oja^cov (53o d).

7. Cf. Protag., 3og a ; Rép., X, 606 e etc. Voir Nitzsch, o. L, p. 9, et U. von Wilamowitz-MoellendorfT, Platon, zweiter Band, z\v. Àuflage, Berlin, 1920, p. l\i, note 2.

8. 0. t., p. 181.

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