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tes amis les plus dévoués. Tu aurais dû plus tôt nous fréquenter et nous tenir pour tes amis, comme il était juste ; du moins, qu’à partir de ce jour, puisque nous avons renouvelé connaissance, il en soit ainsi : rapproche-toi de nous, deviens notre familier et celui de ces jeunes gens, afin que notre amitié se conserve par vous. Voilà ton devoir et le nôtre, et je te le rappellerai souvent. Mais que pensez-vous de la question que j’avais posée d’abord ? Est-il bon pour un jeune homme, oui ou non, d’apprendre l’art du combat armé ? Que vous en semble ?

Socrate. — Sur ce sujet, Lysimaque, je te donnerai mon avis dans la mesure du possible et je suis prêt à faire tout ce que tu me demanderas. Mais n’est-il pas de toute justice, étant le plus jeune et le moins compétent, que j’écoute d’abord les autres et que je m’instruise par leurs discours[1] ? S’il me reste alors quelque observation à présenter, il sera temps pour moi de vous expliquer ma pensée et d’essayer de vous convaincre. Nicias, c’est à l’un de vous deux de parler d’abord.


Discours de Nicias pour l’hoplomachie.

Nicias. — Je n’y fais point d’objection, Socrate. À mon avis, cette étude est utile aux jeunes gens, de plusieurs façons. Qu’ils choisissent, au lieu des divertissements dont ils aiment à occuper leurs loisirs, un exercice propre à fortifier leur santé, c’est excellent, — et, à cet égard, cet exercice n’est inférieur à aucun autre, — et en outre il est, avec l’équitation, le plus convenable à un homme libre : car les luttes dont nous sommes les athlètes et qui sont proposées à nos ambitions sont précisément celles auxquelles on se prépare en s’exerçant à manier les outils de la guerre. Cette étude sera d’ailleurs utile dans le combat même, quand on lutte en lignes ; mais elle le sera plus encore si les lignes sont rompues et qu’on se batte en combats singuliers, tantôt poursuivant un adversaire qui recule et

  1. Sur l’âge de Socrate au temps de cette conversation, v. Notice. Quant à sa compétence, qui était uniquement celle de tous les hoplites ayant fait la guerre et ayant réfléchi à ce qu’ils avaient vu, s’il a soin de n’en pas faire état, c’est d’abord par modestie, et ensuite parce qu’il a hâte de transporter la discussion sur le terrain moral et philosophique.