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vous pussiez nous en donner votre avis, et, si vous le jugez bon, vous associer à nous dans cette éducation de nos enfants.

Voilà ce que nous avions à vous communiquer. Il vous appartient maintenant de nous conseiller, de nous dire si vous jugez cette étude utile ou non, si vous connaissez quelque science ou quelque exercice qui puisse être recommandé à des jeunes gens, et de nous donner votre sentiment sur le projet de nous associer.

Nicias. — Pour moi, Lysimaque et Mélésias, j’approuve votre idée et suis prêt à entrer dans l’association. Je suppose que Lachès est de mon avis.

Lachès. — Ta supposition est juste, Nicias. Ce que disait Lysimaque sur son père et sur celui de Mélésias me semble s’appliquer à merveille à eux, à nous, et à tous ceux qui s’occupent des affaires publiques : il leur arrive précisément ce qu’il a dit, que leurs enfants et toutes leurs affaires privées demeurent dans l’abandon et dans l’oubli[1]. Sur ce point, tu as raison, Lysimaque ; mais ce qui m’étonne, c’est que tu demandes conseil pour l’éducation des jeunes gens à Nicias et à moi, et que tu négliges de consulter Socrate, ici présent, citoyen de ton dème, et qui passe tout son temps dans les endroits où l’on peut trouver ce que tu cherches, l’étude ou l’exercice qui convient le mieux à un jeune homme.

Lysimaque. — Que dis-tu, Lachès ? Socrate s’occupe de ces questions ?

Lachès. — Assurément.

Nicias. — Je puis moi-même te l’affirmer aussi bien que Lachès : tout récemment, il m’a procuré, pour enseigner la musique à mon fils, Damon[2], disciple d’Agathocle, qui n’est pas seulement un musicien délicieux, mais qui, sur tous

  1. Outre que la vie politique, à Athènes, était fort absorbante (comme on le voit par le nombre des magistratures et des fonctions qu’énumère Aristote dans sa Constitution des Athéniens), il faut noter qu’avant la sophistique il n’y avait rien en Grèce qui ressemblât à un enseignement supérieur régulier. C’est au ive siècle, et surtout avec l’école d’Isocrate, que s’organise à Athènes un enseignement à la fois oratoire et politique capable de séduire et de retenir les jeunes gens avant leur entrée dans la vie publique.
  2. Damon est connu par ses relations avec Périclès (Premier Alcibiade, 118 c ; Plutarque, Périclès, 4). — Agathocle passait pour avoir été l’un des maîtres de Pindare.