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à nos subordonnés aucune entreprise en dehors de celles qu’ils pourraient mener à bien, c’est-à-dire celles dont ils possèderaient la science. Ainsi, sous l’empire de la sagesse, toute maison serait bien administrée, toute cité bien gouvernée, et il en serait de même partout où règnerait la sagesse. Car l’erreur étant supprimée, la droite raison étant souveraine, toutes les actions d’hommes ainsi disposés réussiraient nécessairement, ce qui est la condition du bonheur. N’est-ce pas là, Critias, ce que nous voulions dire, quand nous disions, à propos de la sagesse, que c’est un grand bien de savoir ce qu’on sait et ce qu’on ignore ? » — « Je suis tout à fait de ton avis. » — « Mais tu vois qu’en fait nous n’avons trouvé aucune science de cette sorte. » — « Je le vois, » dit-il.


La sagesse, science des sciences, peut‑elle en rendre l’acquisition plus facile ?

— « Peut-être du moins cette sagesse que nous concevons comme science du savoir et de l’ignorance aurait-elle cet avantage de faciliter à qui la posséderait l’étude des choses qu’il voudrait apprendre et de lui rendre tout plus clair, grâce à cette vue sur la science qu’il ajouterait à ses autres études[1]. Peut-être en deviendrait-il plus apte aussi à vérifier le savoir des autres dans les choses de son métier, tandis que le manque de cette science affaiblit et compromet ce genre d’enquêtes ? Ne serait-ce pas là, mon cher, le profit que nous retirons de la sagesse, et ne sommes-nous pas tentés de le voir trop en beau et de le grossir au-delà de ce qu’il est réellement ? » — « C’est peut-être vrai, » dit-il.

« Peut-être ; mais peut-être aussi avons-nous perdu notre peine. Ce qui me le ferait croire, c’est que, si la sagesse est ce que nous avons dit, nous aboutissons à des conséquences bien étranges. Admettons qu’il puisse exister une science de la science, et accordons à la sagesse ce que nous lui avons accordé d’abord et refusé ensuite, la capacité de savoir ce qu’elle sait et ce qu’elle ne sait pas. Tout cela étant accordé,

  1. Cette idée d’une liaison entre l’étude des diverses sciences se retrouve dans le Lachès, 182 b-c. La question ainsi introduite n’est pas discutée, parce que Socrate va tout à l’heure poser une sorte de question préalable. Il est d’ailleurs probable que, si la discussion