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Page:Leconte de Lisle - Poèmes barbares.djvu/91

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Chassée en tourbillons du Pôle solitaire,
La neige primitive enveloppe la terre ;
Livide, et s’endormant de l’éternel sommeil,
Dans la divine mer s’est noyé le soleil.
À travers les pins blancs qu’il secoue et qu’il ploie,
Le vent gronde. La pluie aux grains de fer tournoie
Et disperse, le long des flots amoncelés,
De grands troupeaux de loups hurlants et flagellés.
Seule, immobile au sein des solitudes mornes,
Pareille au sombre Ymer évoqué par les Nornes,
Muette dans l’orage, inébranlable aux vents,
Et la tête plongée aux nuages mouvants,
Sur le cap nébuleux, sur le haut promontoire,
La tour de Runoïa se dresse toute noire :
Noire comme la nuit, haute comme les monts,
Et tournée à la fois vers les quatre horizons.