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cuper beaucoup de la nourriture, car ils pensaient bien que le gibier qu’ils devaient tuer, à coup sûr, suffirait à leurs besoins.

Vain espoir ! Pendant trois jours consécutifs la chasse fut toujours malheureuse ; mais si les chasseurs s’attristaient de leur maladresse, ils ne se décourageaient pas, et tentaient la fortune pour n’avoir pas la honte de rentrer chez eux les mains vides. Le butin était bien un triomphe d’amour-propre, mais surtout une nécessité, car les familles des sept chasseurs étaient dans l’indigence.

Parcourant la forêt dans tous les sens, ils se trouvèrent en vue d’une vaste plaine d’une aridité effrayante ; pas un brin d’herbe, pas un arbre ne se montrait à la surface de ce terrain. Les chasseurs demeurèrent stupéfaits ; ils connaissaient bien le pays, et ils n’avaient encore rien vu de semblable ; ils convinrent de traverser la plaine pour découvrir, soit un ruisseau, soit quelque végétation, soit enfin une hutte ou une cabane ; mais ils avançaient, ils avançaient et l’aspect ne changeait pas : la faim, la soif se faisaient sentir et les provisions étaient presque épuisées ; ces mâles visages, ces natures faites pour la fatigue exprimaient la plus profonde détresse ; ces hommes aux cœurs forts et courageux poussaient des cris d’angoisse ! « Qu’allons-nous faire ? dirent-ils, irons nous en avant ou retournerons-nous sur nos pas pour rentrer sous notre pauvre toit plus misérables que nous n’en sommes partis ? »

Attelage de chiens (voy. p. 236).

Au moment qu’ils tenaient conseil, ils aperçurent à l’horizon une trombe de neige poussée par un vent furieux.

« Nous allons périr, dirent les chasseurs, il n’y a aucun abri, aucun espoir de salut ! — La neige va nous ensevelir, reprit l’un d’eux ; mais quand la trombe aura passé, nous pourrons revenir à la surface, en travaillant tous les sept des pieds et des mains. » À peine ces paroles étaient-elles prononcées, que les chasseurs virent devant eux un géant, fils d’un mammouth antédiluvien, et qui portait dans sa main un arc gigantesque. J’oubliais de dire que le géant était monté sur un traîneau.

« Où allez-vous ? que faites-vous là ? dit l’être surnaturel d’une voix tonnante.

— Nous tentons le hasard de la chasse, répondirent les chasseurs, mais le malheur nous poursuit et nous n’avons trouvé ni bois ni gibier.

— Dirigez-vous vers l’orient, reprit le géant ; quand vous verrez trois grands mélèzes et une grosse pierre qui sera à côté du tronc pourri d’un chêne séculaire, la fortune viendra à vous, le gibier vous surprendra par sa beauté, sa variété, son abondance.

— Mais comment arriverons-nous à l’endroit indiqué ? dirent les chasseurs ; nous sommes désorientés, perdus ; nous ne voyons qu’une nappe de neige interminable. »