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teau à large lame bien affilée. Armé ainsi, on se présente devant l’animal, qui reste immobile, fasciné qu’il est par le regard du chasseur ; mais bientôt l’ours se met sur ses pattes de derrière pour se jeter sur sa proie ; à ce moment il ne faut ni attendre ni hésiter une seconde, le chasseur se précipite et enfonce son couteau dans le ventre de l’ours ; quand l’animal est abattu, on prend sa peau et on dépèce sa chair pour la manger. Les Ostiaks coupent les quatre pattes de l’ours pour en faire hommage à leurs divinités ; ils croient ainsi avoir expié le crime du sang répandu.

Mme X… vient de célébrer l’anniversaire de la mort de son premier mari. Quelle étrange cérémonie ! Rien ne ressemble ici à ce qu’on voit dans les pays civilisés. Plus est grand le respect qu’on a pour la mémoire du mort, et plus il y a abondance de gâteaux aux confitures et au raisin de Corinthe. Mme X… n’avait rien épargné. L’usage veut qu’on envoie un gâteau à chacun des membres de la famille du défunt ; outre cela, on fait porter à l’église un énorme plat de riz cuit avec du miel. Après la messe commémorative, on distribue ce régal à tous les assistants, et si, par une circonstance imprévue, quelqu’un n’a pas pu se rendre à l’église, on lui envoie religieusement une portion de riz à domicile. En rentrant à la maison, Mme X… a servi encore du riz à tous ses invités ; ce riz funèbre (j’ai presque peur d’avoir fait un calembour) est accompagné ou suivi d’une quantité de mets de toute espèce. Malgré la douleur commandée par la circonstance, on fit grand honneur au repas.

Traîneau de rennes (voy. p. 235).

Une neige épaisse s’est répandue sur toute la contrée. Les habitants ont l’aspect d’un troupeau de bêtes ; depuis la tête jusqu’aux pieds, ils sont couverts de peaux de renne, le poil en dehors ; selon l’intensité du froid, le poil est en dedans ou en dehors. Le costume (qui ressemble à celui des Ostiaks) se compose de deux vêtements ; on nomme le premier un maltza, et le second parka. Ces vêtements enveloppent complétement et laissent seulement une petite fente pour les yeux, une autre pour la bouche et deux autres pour les oreilles. Avec de pareilles précautions, on peut affrontrer un froid de cinquante degrés. La rigueur du temps n’est donc point pour les indigènes une cause de mort ou de maladie ; si par aventure la bouche ou les oreilles se trouvent gelées, on frotte la partie atteinte avec de l’eau-de-vie froide, et bientôt, sauf une légère rougeur, il ne reste plus trace du mal.

Les femmes ostiakes portent un costume qui diffère peu de celui des hommes, sauf le voile qu’elles ne quittent pas et qu’elles ne lèvent jamais devant le père et le frère aîné de leur mari ; en présence des étrangers, elles n’observent pas cette règle. Quant à leur costume de fête, il est tout à fait féminin : les femmes ostiakes ont, en général,