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fixer une scène passagère — les railleries des marins devant l’oiseau captif — pressé qu’il est de dégager la portée humaine, le sens allégorique de cette apparition.

Le plus souvent les animaux n’apparaîtront dans ses vers que de cette façon-là, — comme de simples images passagères, et toujours interprétées symboliquement, en fonction de l’homme, dans les traits de ressemblance ou de dissemblance qu’ils offrent avec lui. Manière au fond déjà classique qui s’est épanouie dans les Fables de La Fontaine, avec la morale en sus.

On ne s’étonnera donc pas que les animaux qui se sont le plus souvent présentés devant les yeux du poète des Fleurs du Mal soient les animaux sombres et ténébreux, hargneux et farouches, habitants des déserts ou des fourrés, hôtes de mauvais aloi auxquels l’imagination populaire a prêté une vertu maléfique que les plus raffinés d’entre nous n’ont pas toujours oubliée.

Dans le Coucher de soleil romantique, le rêveur lancé à la poursuite d’un « dieu qui se retire », froisse soudain, « au bord du marécage »,

Des crapaux imprévus et de froids limaçons.

L’Irrémédiable lui apparaît, entre autres, sous les traits d’un damné,