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ÉlégiesVanierŒuvres complètes, III (p. 14-15).

IV


Notre union plutôt véhémente et brutale
Recèle une douceur que nulle autre n’étale,
Nos caractères détestables à l’envi
Sont un champ de bataille où tout choc est suivi
D’une trêve d’autant meilleure que plus brève.
Le lourd songe oppressif s’y dissout en un rêve
Élastique et rafraîchissant à l’infini.
Je croirais pour ma part qu’un ange m’a béni
Que des Cieux indulgents chargeraient de ma joie,
En ces moments de calme où ses ailes de soie
Abritent la caresse enfin que je te dois.
Et toi, n’est-ce pas, tu sens de même ; ta voix
Me le dit, et ton œil me le montre, ou si j’erre
Plaisamment ? Et la vie alors m’est si légère
Que j’en oublie, avec les choses de tantôt.
Tout l’ancien passé, son naufrage et son flot
Battant la grève encore et la couvrant d’épaves.
Et toi, n’est-ce pas, tu sens de même ces graves

Moments de nonchaloirs voluptueux, où c’est
Qu’un mensonge plus vrai que du vrai me berçait ?
Comme un air de pardon flotte comme un arôme
Sur le cœur affranchi du poids de tel fantôme,
Et ô l’incube et le succube du présent,
C’est toi, c’est moi dans le bon spasme renaissant
Après les froids contacts de deux âmes froissées.
Vite, vite, accourez, nos plus tendres pensées,
Nos maux les plus naïfs, nos mieux luisants regards.
Plus de manières ni de tics, plus d’airs hagards.
Que d’armistice en armistice, une paix franche
Éternise ce nid d’oiseaux bleus sur la branche.