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Notices sur M. le comte Chaptal, et discours prononcés sur sa tombe, le 1er août 1832/Delessert

DISCOURS

DE M. BENJAMIN DELESSERT,

MEMBRE DU CONSEIL GÉNÉRAL DES HOSPICES.

Messieurs,

Permettez qu’au nom de l’Administration des hospices civils de Paris, dont M. Chaptal fut le fondateur, je dépose sur sa tombe le tribut de regrets que lui doivent tous les amis de l’humanité.

Je laisse à des voix plus éloquentes le soin de retracer les nombreux services qu’il a rendus à son pays, aux sciences, à l’agriculture et à l’industrie ; je me bornerai à rappeler en peu de mots ce qu’il a fait pour venir au secours de la classe souffrante et infortunée.

Aussitôt que le premier consul, dont le génie savait si bien distinguer les talens, eut confié le ministère de l’intérieur à M. Chaptal, le premier soin du nouveau ministre fut de s’occuper de l’amélioration des établissemens de charité de la capitale, qui étaient depuis long-temps l’objet de critiques trop bien fondées. Tenon, Bailly, Lavoisier et d’autres illustres philantropes avaient déjà indiqué les abus et quelques uns des moyens d’y remédier ; mais il restait à exécuter ces projets.

M. Chaptal créa, dans ce but, le Conseil général d’administration des hospices, où furent appelées successivement les personnes les plus distinguées par leurs lumières et les plus dévouées au bien public, telles que Thouret, Duquesnoy, Parmentier, Camus, Mathieu Montmorency, et ce la Rochefoucauld-Liancourt dont le nom se rencontre toutes les fois qu’il est question de faire du bien. Ce Conseil s’occupa sans relâche des moyens de détruire les abus qui s’étaient introduits depuis long-temps dans les asiles du pauvre ; et ce que n’avait pu faire le pouvoir absolu des rois, une réunion d’hommes de bien parvint à l’exécuter en peu d’années. Il est vrai que la sollicitude constante du ministre levait les obstacles suscités sans cesse par la routine, la jalousie et l’ignorance.

L’ordre ne tarda pas à être rétabli dans toutes les parties de l’administration ; l’humanité reprit ses droits. Les malades, qui étaient entassés ordinairement deux et quelquefois quatre dans un lit, furent couchés séparément ; on établit des hôpitaux distincts pour chaque genre de maladie ; on en créa pour les enfans, pour la vaccine, pour les maladies contagieuses ; un autre pour les malades payans ; on envoya à la campagne les orphelins et les enfans trouvés, dont la plupart mouraient dans l’air infect des hôpitaux d’où ils ne sortaient pas. Une forte diminution dans la mortalité fut la conséquence immédiate de ces mesures. Le sort de soixante-dix mille malades reçus annuellement dans vingt-deux grands hôpitaux atteste ces résultats. Des salles séparées pour les opérations, des cours d’instruction furent établis partout ; enfin des comptes rendus, imprimés et publiés chaque année, appelèrent de judicieux conseils et une critique de bonne foi, que toute administration doit s’empresser de provoquer pour en faire son profit.

Je n’entrerai pas ici dans plus de détails sur les bienfaits de cette administration, dont la création, qui remonte à trente ans, fut un des plus beaux titres de M. Chaptal à la reconnaissance publique : aussi, lorsqu’il ne fut plus ministre, le Conseil général des hospices s’empressa-t-il de l’admettre dans son sein, et depuis plus de vingt années il n’a cessé d’assister à ses séances et de faire jouir les diverses parties du service des fruits de ses lumières et de sa longue expérience. Il surveillait particulièrement la boulangerie et la pharmacie centrale. On lui doit encore l’établissement de l’École d’accouchement pour les élèves sages-femmes, d’où il est sorti chaque année tant d’élèves distinguées, qui sont répandues dans toutes les parties de la France : admirable institution, qui a sauvé la vie à un nombre infini de mères et d’enfans, qui étaient précédemment les victimes de l’inexpérience et du charlatanisme !

Messieurs, quand on approche du moment fatal où nous ne devons nous occuper que d’un monde à venir, le souvenir du bien qu’on a pu faire dans celui-ci est, après la religion, une des meilleures consolations ; il a adouci ce que ce passage peut avoir de pénible. M. Chaptal a dû éprouver ce sentiment plus que personne, en pensant aux maux qu’il a soulagés ; cherchons à l’imiter, et que sa vie nous serve d’exemple et de leçon.