Marie-Claire/3

Eugène Fasquelle (p. 10-11).



J’eus tout de suite une amie.

Je la vis venir vers moi en se dandinant, l’air effronté.

Elle n’était guère plus haute que le banc sur lequel j’étais assise. Elle appuya ses coudes sans façon sur moi, et elle me dit :

— Pourquoi ne joues-tu pas ?

Je répondis que j’avais mal au côté.

— Ah oui, reprit-elle ; ta maman était poitrinaire, et sœur Gabrielle a dit que tu mourrais bientôt.

Elle grimpa sur le banc, s’assit en faisant disparaître sous elle ses petites jambes ; puis elle me demanda mon nom, mon âge, m’apprit qu’elle s’appelait Ismérie, qu’elle était plus vieille que moi, et que le médecin disait qu’elle ne grandirait jamais. Elle m’apprit aussi que la maîtresse de classe s’appelait sœur Marie-Aimée, qu’elle était très méchante et punissait sévèrement les bavardes.

Elle sauta tout d’un coup sur ses pieds en criant :

Augustine !

Sa voix était comme celle d’un garçon, et ses jambes étaient un peu tordues.

À la fin de la récréation, je l’aperçus sur le dos d’Augustine, qui la balançait d’une épaule sur l’autre, comme pour la jeter à terre. En passant devant moi, elle me cria de sa grosse voix :

— Tu me porteras aussi, dis ?

Je fis bientôt la connaissance d’Augustine.