Marie-Claire/16

Eugène Fasquelle (p. 60-61).



Le soir, je vis bien que sœur Marie-Aimée savait ce que j’avais fait, mais elle ne m’en fit aucun reproche.

Pendant la récréation suivante, elle m’attira sur son petit banc, elle prit ma tête dans ses deux mains, et se pencha sur moi. Elle ne me disait rien, mais ses yeux plongeaient dans tout mon visage : il me semblait que j’étais enveloppée dans ses yeux. J’en ressentais comme une chaleur, et j’y étais à mon aise. Elle m’embrassa longuement au front, puis elle me sourit et dit :

— Va, tu es mon beau lis blanc.

Je la trouvai si belle avec ses yeux qui avaient des rayons de plusieurs couleurs que je lui dis :

— Vous aussi, ma Mère, vous êtes une belle fleur.

Elle prit un ton dégagé pour me dire :

— Oui, mais je ne compte plus dans les lis.

Puis elle me demanda brusquement :

— Tu n’aimes donc plus Ismérie ?

— Si, ma Mère.

— Ah ! eh bien, et Colette ?

— Je l’aime bien aussi.

Elle me repoussa :

— Oh ! toi, tu aimes tout le monde !