Marie-Claire/12

Eugène Fasquelle (p. 45-47).



L’après-midi, je fus bien étonnée de voir que ce n’était pas notre vieux curé qui disait les vêpres.

Celui-ci était grand et fort. Il chantait d’une voix forte et saccadée. Toute la soirée, on parla de lui. Madeleine disait que c’était un bel homme, et sœur Marie-Aimée trouva qu’il avait la voix jeune, mais qu’il prononçait les mots comme un vieillard. Elle dit aussi qu’il avait la démarche jeune et distinguée.

Quand il vint nous faire visite deux ou trois jours après, je vis qu’il avait des cheveux blancs qui bouclaient au-dessus de son cou, et que ses yeux et ses sourcils étaient très noirs.

Il demanda à voir celles qui se préparaient au catéchisme, et voulut savoir le nom de chacune. Sœur Marie-Aimée répondit pour moi. Elle dit en mettant sa main sur ma tête :

— Celle-ci, c’est notre Marie-Claire.

Ismérie s’approcha à son tour. Il la regarda avec une grande curiosité, la fit tourner le dos et marcher devant lui ; il compara sa taille à celle d’un bébé de trois ans, et comme il demandait à sœur Marie-Aimée si elle était intelligente, Ismérie se retourna brusquement en disant qu’elle était moins bête que les autres.

Il se mit à rire, et je vis que ses dents étaient très blanches. Quand il parlait, il faisait un mouvement en avant, comme s’il voulait rattraper ses mots, qui semblaient lui échapper malgré lui.

Sœur Marie-Aimée le reconduisit jusqu’à la porte de la grande cour. Les autres fois, elle n’accompagnait les visiteurs que jusqu’à la porte de la salle.

Elle reprit sa place sur son estrade et au bout d’un moment, elle dit, sans regarder personne :

— C’est un homme vraiment très distingué.

Notre nouveau curé habitait dans une petite maisonnette, tout près de la chapelle. Le soir, il se promenait dans les allées plantées de tilleuls. Il passait très près du carré de pelouse où nous jouions, et il saluait, en se courbant très bas, sœur Marie-Aimée.

Tous les jeudis après-midi, il venait nous rendre visite : il s’asseyait en s’appuyant au dossier de sa chaise, et, après avoir croisé les jambes l’une sur l’autre, il nous racontait des histoires. Il était très gai, et sœur Marie-Aimée disait qu’il riait de bon cœur.

Il arrivait parfois que sœur Marie-Aimée était souffrante ; alors, il montait lui faire visite dans sa chambre.

On voyait passer Madeleine avec une théière et deux tasses ; elle était rouge et empressée.

Quand l’été fut fini, M. le curé vint nous voir le soir après dîner ; il passait la veillée avec nous.

À neuf heures sonnant, il nous quittait ; et sœur Marie-Aimée l’accompagnait toujours dans le couloir jusqu’à la grande porte.