Madame Roland (Clemenceau-Jacquemaire)/05

Librairie Plon (p. 108-125).


CHAPITRE V

LA PRISON. — LA GUILLOTINE
(31 MAI — 8 NOVEMBRE 1793)


« J’ai trop de courage pour avoir besoin d’en montrer. »

Mme Roland.


Quels cris répétés se font entendre ?… Ce sont ceux d’un colporteur qui annonce la grande colère du Père Duchêne contre cette b… de Roland qui est à l’Abbaye. La grande conspiration découverte des royalistes, Buzotins, Pétionistes, Girondins, avec les rebelles de la Vendée, les agents de l’Angleterre, etc…[1]

Nous sommes au 20 juin.

Depuis vingt jours Mme Roland est enfermée à l’Abbaye, entre les murs d’une prison sordide où, depuis moins de dix mois, le sang des victimes de Septembre sèche sur le plancher.

Il est huit heures du matin.

Les crieurs sont renseignés. Ils savent dans quel point de la sinistre bâtisse est logée l’ennemie de la Révolution, la vieille édentée qu’ils recommandent à la vengeance du peuple. Ils se tiennent sous sa fenêtre même et, sans rémission, leurs abois se répondent, reprennent les uns sur les autres, s’éloignent, montent, descendent, reviennent furieusement.

Harcelée de la sorte, la prisonnière a perdu son sang-froid. Elle écrit à Garat qui a succédé à Roland au ministère de l’intérieur :

Le brigand qui persécute, l’homme exalté qui injurie, le peuple trompé qui assassine, suivent leur instinct et font leur métier ; mais l’homme en place qui les tolère est à jamais déshonoré…

Fais maintenant de beaux écrits ; explique en philosophe les causes des événements, les passions, les erreurs qui les ont accompagnées, la postérité dira toujours : il fortifia le parti qui avilit la représentation nationale ; il invita la Convention à plier devant une poignée d’anarchistes ; il porta secours et appui à une Commune usurpatrice qui méconnut l’autorité législative et proscrivit la vertu.

Va, je sais ce que précèdent ordinairement ces provocations outrageantes. Que m’importe ? Depuis longtemps je suis prête. Dans tous les cas reçois cet adieu que j’envoie, comme le vautour, ronger ton cœur.

Depuis l’insurrection du 31 mai, les pouvoirs publics se débattent dans une confusion où ne se distingue plus aucune base solide. La Convention s’est suicidée en livrant vingt-deux de ses membres à la Commune qui, du reste, n’en a pas été fortifiée. Danton s’abandonne au courant, Robespierre est dans l’expectative, et les hébertistes résument l’anxiété générale par un mot sombre : « Les Girondins vivent encore. » Ainsi, dans la Rome impériale, en temps de calamité publique, s’élevait un cri sauvage : « Les chrétiens aux lions ! »

Au hasard d’une parole de carrefour, des comités insurrectionnels sont sortis de ce chaos et vont d’autant plus vite en besogne qu’ils ne s’embarrassent pas de la légalité où Mme Roland, fidèle théoricienne de la Révolution, se retranche contre la tyrannie.

Arrêtée chez elle, au milieu de la nuit, par ordre d’un comité révolutionnaire, elle s’était fait montrer un pouvoir illégal où le motif était en blanc. Républicaine instruite et disciplinée, elle ressent l’outrage infligé à la loi avant l’injure faite à sa personne et à son caractère. La loi ordonne que le mandat d’arrêt soit signé d’un magistrat en fonction. La loi commande que tout prisonnier soit interrogé dans les vingt-quatre heures. Quoique incarcérée depuis vingt jours, elle n’a encore subi aucun interrogatoire. Enfin, quand on est venu l’arrêter, cinquante, cent personnes, circulaient dans l’appartement dont la porta était ouverte et rien n’empêchait une main maligne d’introduire un papier compromettant dans la bibliothèque, par exemple.

Mme Roland avait embrassé sa fille en la confiant à la bonne Fleury qui sanglotait.

— Vous avez là des personnes qui vous aiment, dit un des commissaires assez penaud.

— Je n’en ai jamais eu d’autres auprès de moi, avait-elle répondu dignement.

En bas, deux haies d’hommes armés entouraient un fiacre arrêté au milieu d’un rassemblement. Le fiacre s’ébranla. La foule suivit. Des femmes crièrent : « À la guillotine ! » et Mme Roland, fière au milieu des outrages, regardait tranquillement par les portières dont elle empêchait que l’on fermât les vitres.

Dans un langage admirable, à peine entrée en prison, elle écrit à la Convention une lettre dont ses amis Bosc et Champagneux[2], accourus auprès d’elle, tâchent de lui faire adoucir quelques termes.

Mais le Moniteur arrive. Elle le lit. Elle y voit le décret d’arrestation des vingt-deux Girondins. Elle crie : «Mon pays est perdu ! »

Il a fallu le danger de ses amis et l’abaissement de la République pour qu’elle aperçût les menaces de sa propre situation.

Sur le sort de Roland et d’Eudora, Bosc a rassuré son amie. Il est allé rue de la Harpe. Il a conduit la petite fille chez les bons Creuzé-Latouche qui l’ont « mise au nombre de leurs enfants ». Quant à Roland, il est caché au prieuré de Sainte-Radegonde[3], dans la forêt de Montmorency. De là, il tâchera de se rendre à Rouen, chez ses vieilles amies Malortie[4] dont le dévouement n’est pas douteux.

Tranquille à l’égard des siens, Mme Roland songe à organiser sa vie.

Quand elle était entrée en prison, une odeur gluante de misère et de malpropreté l’avait saisie aux narines et ses yeux s’étaient rivés aux barreaux de la fenêtre. Mais une ferme réaction de son courage l’avait immédiatement redressée.

D’abord, de la propreté, de l’ordre.

Ne se fiant qu’à elle-même, elle entreprend de laver les murailles, le plancher. Elle étend une serviette blanche sur une vilaine table : ce sera son bureau. Elle installe un porte manteau avec « deux grosses épingles de tête » qu’elle enfonce dans le mur. Puis elle prépare la liste des livres qu’elle se fera apporter : Plutarque, d’abord ; ensuite Hume, Shaftesbury, Thomson et un dictionnaire anglais. Par instants, au dehors, le tumulte et les roulements de tambour s’aggravent. Elle écoute, se remet à ses préparatifs, mais sans pouvoir s’empêcher de hausser les épaules, car la porte peut s’ouvrir à tout instant sous la poussée d’une bande furieuse, comme en Septembre dernier lorsque le prisonnier de cette même cellule périt assassiné en ce même lieu.

Le meilleur remède à de telles pensées est dans sa plume, elle le sent bien.

Elle se met à écrire, à écrire une bonne partie du jour et de la nuit. Elle écrit à sa Section[5]. Elle écrit au ministre de la Justice une lettre qui, dès la première ligne, résume la question avec force.

Citoyen, je suis opprimée, j’ai donc sujet de vous rappeler mes droits et vos devoirs.

Elle écrit à Dulaure qui a publié d’ineptes accusations contre les Girondins dans le Thermomètre du jour. Surtout elle compose des Notes historiques sur les événements qu’elle a observés de près et, si elle s’interrompt un instant, ses yeux se posent avec délices sur les belles fleurs que Bosc lui fait envoyer du Jardin des Plantes.

Cela durait depuis vingt-quatre jours lorsque, à sa grande surprise, un commissaire qui l’avait fait appeler chez le concierge de la prison, lui dit brusquement :

« Je viens vous mettre en liberté. »

Elle apprend que, rue de la Harpe, les scellés vont être levés et qu’elle peut rentrer chez elle.

Le gardien en est fort aise. Il ne sait que faire de tout ce monde qu’on lui envoie depuis quelque emps. À la place de Mme Roland, il va pouvoir mettre Brissot qui a été arrêté la veille, à Moulins, sur le chemin de la Suisse, et il presse le départ de cette étrange prisonnière qui a trouvé moyen de vivre à l’Abbaye, si souriante entre ses livres et ses fleurs que, dit-il, il appellera désormais sa cellule, le Pavillon de Flore[6].

Mme Roland est libre. Ses préparatifs ne sont pas longs. Justement sa bonne Fleury vient d’arriver pour la voir. Elle saute en fiacre et, bientôt, sans doute grisée par le grand air, elle débarque devant sa porte. Mais elle n’avait pas plus tôt crié bonjour au portier et monté quatre marches, que deux hommes surgissaient de l’ombre en disant : « Citoyenne Roland, de par la loi, nous vous arrêtons. »

Sa mise en liberté n’était qu’une farce dérisoire imaginée par la Commune pour mettre en règle les pièces d’une arrestation illégale. Quoi donc, le mandat du 1er juin n’était pas fondé en droit ? On avait parlé d’irrégularités ? N’était-ce que cela ? Eh bien ! la prisonnière sera lâchée ! Rien de plus aisé ensuite que de remettre la main sur elle et, cette fois, croyez-le, au moyen d’un pouvoir qui démontrera clair comme le jour, qu’innocente à sa sortie de l’Abbaye, elle était coupable en arrivant rue de la Harpe.

Ce jour-là, Mme Roland fut enfermée à Sainte-Pélagie avec les filles publiques.

Mon courage n’était point au-dessous de la nouvelle disgrâce qu’il venait d’essuyer ; cependant le raffinement de cruauté avec lequel on m’avait donné l’avant-goût de la liberté… pour me retenir plus arbitrairement sous une apparence de légalité, m’enflammait d’indignation.

Mais chez cette créature qui offrait un exemple étonnant d’équilibre organique et de santé morale, les « états violents » ne duraient pas : « J’ai besoin de me posséder, dit-elle, parce que j’ai l’habitude de me régir. »


JEANNE-MARIE PHLIPON
Femme de Roland, ministre de l’Intérieur en 1792 et jugée à mort le 19 brumaire l’an II.
(Portrait et vignette de Duplessis-Bertaux.)

FAC-SIMILÉ DES DERNIÈRES LIGNES DES MÉMOIRES DE MADAME ROLAND ÉCRITS À SAINTE-PÉLAGIE
[… Je ne sais plus conduire la] plume au milieu des horreurs qui déchirent ma patrie, je ne puis vivre sur ses ruines, j’aime mieux m’y ensevelir. Nature, ouvre ton sein, Dieu juste, reçois-moi ! (Paraphe habituel de Madame Roland). À trente-neuf ans.

Après tout, qu’y a-t-il de si changé dans sa condition ? se demande-t-elle. Et elle répond avec une bravoure imposante : « À Sainte-Pélagie comme à l’Abbaye, n’avais-je pas des livres, du temps ? N’étais-je plus moi-même ? » Elle s’« indigne presque d’avoir été troublée » et ne songe plus qu’à « user de la vie — quel mot sous cette plume ! — à employer ses facultés avec cette indépendance qu’une âme forte conserve au milieu des fers ». Ses Mémoires vont sortir de cette disposition naturelle à la résistance, à l’entrain, au travail.

Composés en moins de deux mois, presque sans corrections, écrits de ces caractères fermes et bien liés qui ont ici le sens d’un symbole, les Mémoires forment un document humain de grand ordre qui n’a pas pris sa vraie place dans les lettres françaises, au voisinage des Confessions.

On a blâmé Mme Roland de s’y être montrée peut-être vaniteuse. On l’a trouvée trop sûre d’elle. On lui a reproché son esprit d’exclusion.

Avant de juger le testament qui est la conclusion de sa vie, il aurait fallu d’abord connaître l’histoire de cette vie. Une édition fautive d’un choix discutable de lettres aux demoiselles Cannet, un article de Sainte-Beuve, c’était tout ce qui accompagnait et préparait généralement la lecture des Mémoires. Comment les eût-on mis dans leur vrai jour ?

Mme Roland était bien forcée de reconnaître sa valeur quand elle se comparait. Elle était trop fière pour n’être pas véridique. De plus, en une certaine mesure, elle croyait à sa mission, comme nous l’avons dit, et elle était portée par une foi qui n’attendait de récompense que de la satisfaction de sa conscience intime. Le martyr ne se serait pas jeté aux bêtes s’il avait douté de la fermeté de son courage et de la puissance de son Dieu.

Les cahiers ont presque la physionomie des lettres. C’est d’une plume incroyablement sereine qu’elle a écrit la fin si poignante :

« Nature, ouvre Ton sein ! Dieu juste, reçois-moi. À trente-neuf ans », et tracé sous ces mots, d’un trait de plume superbement dessiné, son paraphe habituel[7].

Un avocat à la cour royale d’Amiens, M. Breuil, qui avait connu les demoiselles Cannet, dit que les Mémoires rappellent cet iambe qu’André Chénier traçait le 7 thermidor et laissa inachevé — pour que le bourreau n’attendît pas.


Mme Bouchaud, gardienne à Sainte-Pélagie, était une bonne femme qui souffrait de voir Mme Roland persécutée. Elle s’ingéniait à lui procurer quelques adoucissements. De son chef, pour l’enlever à un abject voisinage, elle la logea dans une chambre du rez-de-chaussée[8] et apporta sous la fenêtre un jasmin qui s’enroula autour des barreaux de la croisée. De leur côté, Bosc et Champagneux entouraient la prisonnière de ces soins exquis qui partent des cœurs aimants. Mais, pour eux aussi, les temps devenaient menaçants. Champagneux, sur une burlesque dénonciation de Collot d’Herbois, est envoyé à la Force, tandis que Bosc, déclaré suspect, est obligé de se cacher à son tour au prieuré de Sainte-Radegonde. Vêtu en paysan, il mène une vie tranquille dans cette retraite sauvage et trouve moyen, sans être soupçonné, de venir à Paris deux ou trois fois par semaine, pour apporter à Mme Roland un bouquet de fleurs des bois. Il risque chaque fois sa liberté et sa vie. Mme Roland le supplie vainement d’interrompre des visites si dangereuses pour lui, rien ne peut le dissuader, jusqu’au jour où, la Commune ayant mis « un espion à demeure dans le guichet », le cher Bosc ne passe plus.

Privée de ses amis, séparée des siens, livrée aux pouvoirs anarchiques, Mme Roland n’est cependant pas seule. Elle trouve sa société et son soutien dans une image qu’elle cache sur son sein, un portrait que son sang réchauffe.

Plusieurs personnes avaient reçu la confidence du nœud secret qui unissait Buzot et Mme Roland[9]. Celle-ci, grâce à d’admirables dévouements, avait pu recevoir des nouvelles et faire passer des lettres. À la suite de beaucoup d’aventures, cinq de ses lettres ont été retrouvées[10]. Elles sont pathétiques et nous touchent, aussi bien par l’expression qui palpite que par la noblesse du lien qu’elles découvrent. Grâce à elles, nous pénétrons dans les profondeurs d’un trésor où cette sensible stoïcienne se montre l’égale des grands modèles humains qu’elle se proposait en exemple, et nous voyons fleurir, dans une passion tardive et maîtrisée, des nuances de sentiments que les plus grands poètes seraient jaloux de n’avoir ni conçues, ni observées.

C’est ainsi que Mme Roland repousse tout projet d’évasion.

Roland lui a inutilement envoyé Henriette Cannet qui est prête à prendre la place de son amie d’enfance. Buzot aussi a proposé un plan. Mais, en premier lieu, la prisonnière ne permettra jamais à personne de s’exposer à sa place. Là-dessus, elle est irréductible. Ensuite, elle se refuse à compromettre les bonnes gens qui lui rendent la captivité moins dure. Enfin, et c’est là le point, que ferait-elle de la liberté ? Elle a trop d’honneur pour aller rejoindre Buzot. Elle sait bien, au contraire, qu’elle ne pourrait sortir de prison que pour consoler dans sa vieillesse désabusée Roland, proscrit amer et triste. Pourquoi forcerait-elle son sort ? Avec une bonne foi qui resplendit, elle ose vanter à Buzot[11] le « charme d’une prison, et la tranquillité morale où l’on y vit ».

Auparavant, dit-elle, il ne m’était même pas permis de chercher cette indépendance et de me décharger ainsi du bonheur d’un autre qu’il m’était si difficile de faire ; les événements m’ont procuré ce que je n’eusse pu obtenir sans une sorte de crime. Comme je chéris les fers où il m’est libre de t’aimer sans partage et de m’occuper de toi sans cesse !

... Quiconque sait aimer comme nous, porte en soi le principe des plus grandes et des meilleures actions.

Elle possède la faculté de satisfaire pleinement son esprit par la vertu d’une formule. Lorsqu’elle a trouvé celle-ci, elle y découvre un soutien définitif. Elle s’y appuiera jusqu’au bout. Qu’en avait deviné Champagneux lorsqu’il écrivait :

J’avais bien admiré Mme Roland dans les autres moments de sa vie, mais je ne l’appréciai comme il faut que sous les verrous. Quelle dignité elle avait portée dans sa prison ! Elle y était comme sur un trône !

Cependant les jours passaient. Le mois de septembre était venu. On avait beaucoup redouté, dans les prisons, que les égorgeurs de l’an passé ne voulussent fêter, par de nouveaux massacres, cet horrible anniversaire. Un jour que la santé de Mme Roland donnait lieu à des inquiétudes, les gardiens demandèrent un médecin.

Celui qui vint se présenta franchement comme « l’ami de quelqu’un que, sans doute, la prisonnière n’aimait point : Robespierre. »

Le dialogue est dramatique, quoique maintenu sur un ton de modération et de courtoisie[12] qui confond :

— Robespierre, dit-elle, je l’ai beaucoup connu et beaucoup estimé ; je l’ai cru un sincère et ardent ami de la liberté.

— Eh ! ne l’est-il plus ?

— Je crains qu’il n’aime aussi la domination…, etc.

Mais, le médecin parti, la vive pensée de Mme Roland circule autour du nom terrible qui vient d’être prononcé et elle écrit à Robespierre :

Je ne vous écris pas pour vous prier, vous l’imaginez bien ; je n’ai jamais prié personne, et certes ce n’est pas d’une prison que je commencerai de le faire à l’égard de quiconque me tient en son pouvoir.

De quelle hauteur elle parle[13] ! Quand on considère l’élévation du plan où elle se tient, on ne croirait pas que c’est un accès de gaieté qui l’en fera descendre. Mais elle était Française — autant qu’on l’a jamais été. Elle avait besoin de rire, parfois, pour supporter ses peines. Elle n’était pas la seule, du reste, et l’on sait que l’esprit français fut plus fort que l’angoisse dans les prisons de la Terreur.

À ce moment venait d’arriver à Sainte-Pélagie une jeune et sémillante Toulousaine dont le mari avait été mis dans une autre prison. Ce mari, un brave M. Montané, président de tribunal extraordinaire, avait commis, par pitié, de nombreuses irrégularités et s’était fait prendre. Lorsqu’il apprit, dans sa prison, qu’à Sainte-Pélagie, où était la présidente, venait d’arriver un séducteur professionnel, le fameux duc de Lauzun, il s’inquiéta grandement de ce qu’il pourrait arriver à son honneur conjugal si « le général Biron », comme on disait, venait quelquefois se promener dans le quartier des femmes. Cette jalousie amusa au plus haut point les malheureux détenus et Mme Roland, moqueuse et riante, fut chargée d’écrire une lettre de persiflage au pauvre homme pour le rassurer.

Mais ce n’était là qu’un intermède exceptionnel[14].

Mme Roland a demandé au loyal Bosc de lui procurer du poison pour « s’en aller tout juste avant la cérémonie ». Mais Bosc, affermissant son cœur si doux, tâche de hausser son courage jusqu’à celui de son amie. Peut-être, aussi, n’a-t-il pas abandonné cette sorte d’espoir tenace qui, contre toute raison, croit aux revirements brusques du destin. Il répond que le devoir de Mme Roland, à l’égard de la cause et de ses amis, est d’aller jusqu’au bout.

Elle l’a entendu sans protester. Avec douceur, elle se range à l’opinion de son fidèle. Une telle voix est déterminante. Le 26 octobre, quand elle n’a plus que douze jours à vivre, elle lui répond. Quel son rendent des mots comme ceux de cette phrase allègre :

« Je me porte à merveille ; j’ai la tête aussi saine et le courage aussi vert que jamais. »


Alors que tous ses amis étaient tenus loin d’elle[15], il se trouva qu’un nouveau venu, qu’elle appela d’un nom de convention pour éviter de le compromettre, vint adoucir les dernières journées de la prisonnière. On se demandait encore qui pouvait bien être ce Jany, sur lequel tous les éditeurs avaient fait des conjectures évidemment fausses, lorsque M. Claude Perroud, au cours des remarquables travaux qu’il a consacrés à Mme Roland, découvrit qu’il s’agissait d’un membre de l’institut, nommé Edme Mentelle, historien et géographe. C’est donc sur Mentelle que Mme Roland s’appuya avec une douceur sublime pour s’arracher à la vie. C’est à cet ami dernier qu’elle écrivit plusieurs de ses dernières lettres, confia ses vœux secrets, adressa ses derniers soupirs.

« Je sais que B. [rissot] va être immolé, lui dit-elle, sur un ton poignant… Je trouve plus atroce que cela même la disposition qui interdit tout discours aux accusés. »

Un nouveau décret présenté par Faure, député de la Haute-Loire, pour augmenter le rendement, jugé trop faible, des tribunaux révolutionnaires, venait en effet d’interdire aux avocats de présenter la défense des accusés. Mme Roland, hautement pénétrée de l’esprit de 1789, ressentit avec une irritation méprisante l’iniquité d’une pareille mesure, mais on devine aussi que, dans sa solitude, elle s’était souvent représenté le jour où elle se trouverait face à face avec ses accusateurs et qu’elle avait mis tous ses soins à composer un discours qui les confondît :

Tant qu’on pouvait parler, je me suis senti de la vocation pour la guillotine ; maintenant il n’y a plus de choix, et massacrée ici ou jugée là, c’est la même chose.

Elle demande à « Jany » de passer régulièrement chez Mme Sophie Grandchamps, sans doute pour y recevoir des nouvelles des « députés fugitifs ». C’est à « Jany » qu’elle remet les plus récents cahiers de ses Mémoires[16], à lui enfin qu’elle confie dans un renoncement suprême, quand l’heure la presse inexorablement, le médaillon de Buzot — this dear picture comme elle dit[17]. Le 8 octobre (1793), elle écrit une dernière fois à sa fille. Elle ne veut pas pleurer. Hélas ! comment peut-elle y réussir ! À sa bonne Fleury, l’amie humble et sûre, sur le même grand papier sordide, elle laisse un adieu qui déchire. Ces lettres, avec le dernier cahier des Mémoires et l’éloquente conclusion intitulée : Mes dernières pensées[18], furent ensemble cachetées pour être remises à Jany[19].

Ayant réglé avec le plus grand soin le détail de ses affaires privées, pensé à la harpe de sa fille, pensé à la rente des vieux parents Besnard qui vivent toujours « rue et île Saint-Louis », elle laisse deux petites bagues, les seuls bijoux qu’elle eût jamais possédés et auxquels son souvenir seul conférait du prix, l’une à Bosc, l’autre au père adoptif d’Eudora. Elle dit adieu à « l’homme respectable qui est son époux » ; adieu aux « rustiques habitants de Theizé[20] qui bénissiez ma présence, dit-elle, dont j’essuyais les sueurs, adoucissais la misère et soignais les maladies » ; adieu à ces « cabinets paisibles » où elle avait jadis « nourri son esprit de vérité ».

Le 24 octobre Mme Roland est appelée en témoignage au procès des Girondins et, pendant qu’elle attend au greffe, elle parle ouvertement avec « force et liberté à tous ceux qui sont là », presque devant Hébert et Chabot, aux écoutes derrière la cloison.

Le soir, n’ayant pas été appelée, elle écrit une importante réponse à Amar, le rédacteur de l’Acte d’accusation des Girondins, c’est-à-dire des députés auteurs de la conspiration contre l’unité et l’indivisibilité de la République, contre la liberté et la sûreté du peuple français.

Mais il devient évident que l’on redoute sa parole et que le tribunal ne la fera pas comparaître. Elle le devine :

J’en ai peur, je désire mériter la mort en allant leur rendre témoignage tandis qu’ils vivent, et je crains de perdre cette occasion. Je suis sur les épines. J’attends l’huissier comme une âme en peine attend son libérateur.

La Révolution a donné carrière à un certain goût instinctif qu’elle s’est toujours senti pour les périls. Au fond, elle est à son aise sous les éclairs. Elle se porte par nature aux lieux où va tomber la foudre et ce tempérament hardi cherche l’occasion de tenir tête à l’orage.


Le 31 octobre arriva.

Entassés dans cinq charrettes, tous debout, sauf Valazé qui s’était percé le cœur d’un coup de poignard et fut guillotiné mort, les Girondins, d’une voix à jamais déchirante et mémorable, chantaient l’hymne des Marseillais :

Contre nous de la tyrannie
Le couteau sanglant est levé…

À la même heure Mme Roland fut transférée à la Conciergerie où elle passa huit jours dans « un lieu infect ».

Elle avait d’abord désigné Chauveau-Lagarde pour son défenseur, mais, réfléchissant qu’elle allait le compromettre, elle lui avait dit : « Ne venez pas au tribunal, je vous désavouerais[21]. »

La question était de savoir « s’il avait existé une conspiration horrible contre l’unité, l’indivisibilité de la République, la liberté et la sûreté du peuple français. Marie-Jeanne Phélippon, femme de Jean-Marie Roland, est-elle auteur ou complice de cette conspiration » ? Un autre acte du procès l’accuse « d’avoir cherché à introduire la guerre civile ».

Elle est perdue d’avance. Elle le sait, mais conserve néanmoins un tel sang-froid que, lorsqu’elle rentre dans sa cellule et que, de mémoire, elle reconstitue les débats, son texte se trouve identique à celui du greffier.

Dans la nuit, elle rédige un ardent Projet de défense au tribunal, son dernier écrit, inutile puisqu’elle ne put parler.

Honoré Riouffe, administrateur « suspect », qui était arrivé à la Conciergerie deux jours avant la condamnation des Girondins, écrivit dans ses Mémoires[22] des pages d’un charme poignant sur « cette jolie femme française dont on préparait l’échafaud » et qui « derrière la grille du quartier des femmes, parlait avec la liberté et le courage d’un grand homme ». C’était, dit-il, « un des miracles de la Révolution auxquels on n’était point encore accoutumé. » Il continue :

Le sang des vingt-deux fumait encore lorsque la citoyenne Roland arriva, bien éclairée sur le sort qui l’attendait. Sa tranquillité n’en était point altérée. Sans être à la fleur de l’âge, elle était encore pleine d’agrément. Elle était grande et d’une taille élégante. Sa physionomie était très spirituelle, mais ses malheurs et une longue détention avaient laissé sur son visage des traces de mélancolie qui tempéraient sa vivacité naturelle. Elle avait l’âme d’une républicaine dans un corps pétri de grâces et façonné par une certaine politesse de cour. Quelque chose de plus que ce qui se trouve ordinairement dans les yeux des femmes, se peignait dans ses grands yeux noirs pleins d’expression et de douceur… Elle resta huit jours à la Conciergerie et sa douceur l’avait déjà rendue chère à tout ce qu’il y avait de prisonniers qui la pleurèrent sincèrement…

Nous étions tous attentifs autour d’elle, dans une espèce d’admiration et de stupeur… La femme qui la servait me dit un jour : « Devant vous elle rassemble toutes ses forces, mais dans la chambre elle reste quelquefois trois heures appuyée sur sa fenêtre à pleurer… Ce mélange d’amollissement naturel et de force la rendait plus intéressante.

Le jour où elle monta à l’interrogatoire, nous la vîmes passer avec son assurance ordinaire. Quand elle revint, ses yeux étaient humides. On l’avait traitée avec une telle dureté, jusqu’à lui faire des questions outrageantes pour son honneur, qu’elle n’avait pu retenir ses larmes tout en exprimant son indignation.

Le 8 novembre arriva. Riouffe continue :

Le jour où elle fut condamnée, elle s’était habillée en blanc et avec soin. Ses lourds cheveux noirs tombaient épars jusqu’à sa ceinture. Elle eût attendri les cœurs les plus féroces… D’ailleurs elle n’y prétendait pas. Elle avait choisi cet habit comme symbole de la pureté de son âme. Après sa condamnation elle repassa dans le guichet avec une vitesse qui tenait de la joie. Elle indiqua par un signe démonstratif qu’elle était condamnée à mort.

On sait que les sentences étaient exécutées le jour même.

Elle souffrit avec calme, dit Champagneux[23], l’abord de l’exécuteur. Elle vit sans aucun murmure couper ses cheveux ; elle se laissa lier les mains.

Montée dans la charrette, elle y trouva un ci-devant directeur de la fabrication des assignats nommé Lamarche[24], condamné comme elle, mais qui n’avait pas son courage et qu’elle parvint à réconforter au point de le faire sourire. Sans cesser de lui parler, lentement elle traversa la ville sous les huées et les insultes, puis arriva place de la Révolution au moment où le jour tombait[25].

Elle avait froid. De temps à autre, d’un geste rapide et machinal, elle portait la main à son col. Comme Iphigénie à Aulis, elle éprouvait que rien n’est si doux pour les mortels que de voir la lumière du jour et — qui sait — pensait peut-être qu’une vie obscure vaut mieux qu’une belle mort !

Où était la lumière bleue de son enfance et de sa jeunesse, les étés à Meudon et le soleil du Clos ! Une brume glaciale montait de la Seine et, sous les marronniers des Champs-Élysées, la bise roulait les dernières feuilles mortes.

La Liberté, l’une des trois figures colossales que David avait érigées au milieu de la place pour l’anniversaire du 10 août, était restée en face de l’échafaud[26]. Mme Roland se tourna vers elle et lui parla, non de son grand accent justicier, mais avec une familiarité triste, comme à une amie que l’on a beaucoup aimée et que l’on gémit de n’avoir pu sauver du plus grand des malheurs :

— Ô Liberté, lui dit-elle, que de crimes commis en ton nom !

Cette voix, qui allait être honteusement coupée pour toujours, s’éleva une fois encore et demanda que le malheureux Lamarche, incapable de se soutenir, fût exécuté le premier. Comme le bourreau protestait que ce n’était pas la coutume, elle le rassura :

« Je saurai attendre », dit-elle.

Deux fois le couteau tomba.


Une heure plus tard, Bosc, qui arrivait à pied de Sainte-Radegonde, entra chez Mme Sophie Grandchamps pour chercher des nouvelles. La pauvre femme sanglotait et tremblait de la tête aux pieds. Elle venait de rencontrer, dans la rue Saint-Honoré, la charrette qui emmenait Mme Roland à la guillotine.

À Rouen, le matin du 10 novembre, Roland apprit la mort de sa femme par la gazette. Instantanément sa résolution fut prise.

Il savait qu’il était incapable de vivre lorsqu’elle n’était plus.

Il quitta à 6 heures du soir ses vieilles amies les chanoinesses et prit la route de Paris. Il marcha quatre lieues. Quand il arriva au Bourg-Baudouin, il entra dans l’avenue du château de Radepont, s’assit sur le talus et se perça de la canne à épée dont Bosc lui avait fait cadeau pour se défendre en cas de besoin.

Qui que tu sois, qui me trouves gisant ici, respecte mes restes ; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête.

Son cadavre fut enfoui au coin de la propriété et de la grand’route, sous un peu de terre. Des enfants vinrent longtemps s’amuser à enfoncer des baguettes dans le sol pour sentir le corps.

La jeune Eudora, qui avait alors treize ans, ne retrouva pas un seul objet qui eût appartenu à ses parents[27]. Délicieusement jolie et douce, elle grandit, très choyée, parmi les inaltérables affections dont elle avait recueilli l’héritage.

Invinciblement attaché au sang de Mme Roland, presque dès qu’elle fut morte, le bon tuteur Bosc s’éprit de sa pupille. Il avait vingt-deux ans de plus qu’elle. Lorsqu’il vit qu’il ne pourrait l’obtenir, il s’exila aux États-Unis où il apprit avec désespoir qu’elle avait épousé, à quinze ans, le second des fils Champagneux, Pierre-Léon, qui n’en avait que dix-huit.

Quant aux Girondins fugitifs, Buzot, Barbaroux, Pétion, Louvet, Guadet, etc., ils s’étaient embarqués en Bretagne pour Bordeaux où ils avaient trouvé la guillotine en fonction sous Tallien.

Ils parvinrent d’abord à se cacher mais, poursuivis par Marc-Antoine Jullien, redoutable agent du Comité de Salut public de Paris, ils périrent tous, hormis Louvet, qui eut la chance de s’échapper.

Entre le 19 et le 26 juin 1794, Buzot et Pétion, traqués, se tuèrent dans un champ de blé avec leurs pistolets, et des loups ou des chiens leur avaient dévoré une partie du visage quand on les retrouva.

Mais la véritable conclusion du drame est contenue dans une lettre que Buzot écrivit à son ami et confident, Jérôme Letellier d’Évreux. Dans le souterrain où il était caché avec ses amis depuis plus d’un mois chez la brave Mme Bouquey, Buzot venait d’apprendre la mort de Mme Roland et avait décidé de se tuer :

« Elle n’est plus, mon ami, elle n’est plus… les scélérats l’ont assassinée !… »

Lui aussi ne pouvait vivre sans elle. Mais Robespierre ne lui laissa pas le temps, comme au vieil époux, de choisir son heure et de marcher quatre lieues dans la campagne pour rassembler en paix des pensées dignes d’aborder, sur l’autre rive, l’ombre de celle qui n’était plus.



FIN
  1. Lettre à Garat, datée du 20 juin 1793, à 8 heures du matin. Prison de l’Abbaye.
  2. Après le départ de Roland, Champagneux avait conservé son emploi sous Garat, le nouveau ministre, dans les bureaux du ministère de l’intérieur.
  3. Bancal des Issarts l’avait acheté sur le conseil de Bosc et payé 3 000 livres.
  4. Les chanoinesses Malortie habitaient rue aux Ours.
  5. La section de Beaurepaire où le nom de Roland était populaire.
  6. Charlotte Corday devait aussi être enfermée dans cette cellule quelques jours plus tard.
  7. Elle signait (fort rarement) : Roland née Phlipon.
  8. Un administrateur, qui s’en aperçut, se mit en colère et ordonna à la gardienne de respecter l’égalité en remettant Mme Roland au quartier des filles publiques.
  9. Buzot avait pu s’enfuir avec Barbaroux, Pétion, Guadet, Louvet, etc. Ils étaient réfugiés dans le Calvados.
  10. En 1864.
  11. Lettre du 7 juillet 1793.
  12. Sur le prétendu manque d’éducation de Mme Roland, il s’est trouvé des personnes pour faire état des bavardages apocryphes de la soi-disant marquise de Créqui ou plutôt du soi-disant comte de Courchamps.
    H. Riouffe, qui a connnu Mme Roland dans les derniers jours de sa yie, c’est-à-dire dans un de ces moments critiques où l’on se montre dans sa vérité, a au contraire observé chez elle « une certaine politesse de cour », et Sainte-Beuve a écrit : « Elle avait un ton accompli de femme et une grâce perfectionnée que le frottement révolutionnaire ne put jamais flétrir. »
  13. Mme Roland réfléchit et la lettre ne partit pas.
  14. Il est à remarquer que Mme Roland ne parle pas, dans les écrits et dans les lettres qui nous sont parvenus, de la situation terrible où se trouvait la France qui, une fois encore, était en train de se sauver elle-même avec le grand Carnot. La décisive bataille de Wattignies avait dû lui faire battre le cœur. Elle n’en dit rien pourtant, ni de la mort de la reine guillotinée le même jour.
  15. De son côté, Bancal des Issarts était prisonnier en Autriche. Bancal, le 30 mars 1793, fut l’un des quatre commissaires envoyés aux armées avec le ministre de la Guerre Beurnonville — par un décret de la Convention — pour ordonner à Dumouriez de faire sa soumission. Mais le général livra à l’ennemi les cinq commissaires qui furent conduits à Olmütz. Ils y restèrent vingt mois, puis, échangés contre la fille de Louis XVI, ils purent rentrer en France à la fin de 1795.
  16. Les premiers avaient été confiés à Bosc qui les avait cachés à Sainte-Radegonde, sous la grosse poutre de la porte charretière.
  17. Ce médaillon, qui porte au dos une notice écrite de la main de Mme Roland, est conservé à la Bibliothèque municipale de Versailles.
  18. Elle écrivit sous le titre : « To be or not to be, it is the question. Elle sera bientôt résolue pour moi. »
  19. Mentelle avait également reçu en dépôt les Mémoires de Brissot.
  20. Le village voisin du Clos de la Platière.
  21. Ce fut un homme de loi, désigné d’office par le tribunal, qui remplaça Chauveau-Lagarde.
  22. Mémoires d’un détenu pour servir à l’histoire de la tyrannie de Robespierre. Le cadre étroit de ce petit volume ne permet malheureusement pas de citer entièrement un témoignage de si grand prix !
  23. Champagneux, Discours préliminaire de son édition des Mémoires de Mme Roland : « Le portrait que Riouffe a fait de la citoyenne Roland, loin d’être flatté, me semble au-dessous de la réalité. »
  24. Prévenu d’avoir « cherché à frauder et trahir les intérêts de la République et d’avoir prévariqué dans ses fonctions en s’appropriant le denier de la République. »
  25. L’ordre-d’exécution portait que la sentence serait exécutée à 3 h. 1/2. Cependant tout le monde s’accorde à dire qu’il était 5 h. 1/2. (?)
  26. L’échafaud était dressé entre la statue et la grille des Tuileries.
  27. Par les soins de Bosc et de Champagneux, elle fut plus tard réintégrée dans la jouissance de ses biens. Elle conserva toujours près d’elle la bonne Fleury si fort troublée par la douleur que le tribunal la crut folle lorsqu’il l’interrogea après la mort de Mme Roland.
    Quant au brave Lecoq, domestique des Roland, il fut guillotiné pour n’avoir pas renié ses maîtres devant le tribunal révolutionnaire.