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M. Scribe à l’Académie

Depuis le jour de son élection jusqu’à celui de son admission, M. Scribe a eu environ quinze ou dix-huit mois pour préparer son discours. L’Académie s’est mise sur le pied d’accorder ce délai oratoire à ses récipiendaires.

Jeudi dernier, donc, jour de la réception de M. Scribe, l’Académie avait vu affluer chez elle le public habituel des premières représentations. Les artistes dramatiques étaient là aussi en grand nombre. Ligier, Léontine, Volnys, M. et Mme Allan-Dorval, Mlle Mars, Samson, Mlle Noblet et tous ceux et toutes celles qui avaient été si souvent les interprètes du talent de Scribe, assistaient à son intronisation et battaient des mains à son immortalité.

Les tribunes regorgeaient de gens de lettres, de romanciers, d’auteurs, de journalistes, de poètes.

On voyait surgir, au milieu de la foule, la tête échevelée de M. de Balzac, la tête désordonnée de M. Gustave Planche, la tête mélancolique de M. Ballanche, la tête blonde de M. Alfred de Musset, la tête brune de M. Alexandre Dumas, la tête grise de M. Bayard, la tête boursouflée de M. Janin, la tête osseuse de M. Alphonse Karr, la tête massive de M. Eugène Suë, la tête pâle de M. Victor Hugo, la tête expressive de M. Méry, la tête aiguë de M. Mélesville, la tête élégante de M. Roger de Beauvoir, la tête épigrammatique de M. Paul de Vermond, la tête jaune de M. Antony Deschamps, la tête chiffonnée de M. Paul Foucher, la tête chauve de M. Étienne Bequet, la tête rêveuse de M. Alfred de Vigny, la tête vigoureuse de M. Frédéric Soulié, la tête critique de M. Sainte-Beuve, et autres têtes célèbres qui se couronneront à leur tour de l’auréole de l’Académie.

La curiosité la plus vive se manifestait de toutes parts pour le récipiendaire et son discours. M. Scribe n’a pas répondu à ce qu’on attendait de lui. Il a débuté humblement puis, après quelques paragraphes d’éloges à la mémoire de son prédécesseur Arnault, il est arrivé, par une brusque transition, à la partie principale et féconde de son sujet.

M. Scribe, se considérant comme l’élu du couplet, a fait l’éloge de la chanson. Ce texte si rabattu n’a pas été traité d’une manière neuve par le vaudevilliste ; il a été commun et faible. Quand il a eu dit, le public a été tenté de demander le nom des auteurs.

D’abord M. Scribe s’est trompé, s’il a cru que l’Académie voulait introniser en lui la chanson ; M. Scribe n’est pas chansonnier, il est vaudevilliste, voilà tout, et coupletier au plus. La chanson est représentée en France par un nommé Béranger, dont M. Scribe a dit à peine deux mots dans sa longue dissertation sur les chansonniers français.

On a blâmé surtout la surabondance de strophes indiscrètement citées, dont M. Scribe a saupoudré sa prose ; un homme d’esprit disait à ce sujet que M. Scribe avait oublié d’amener les violons. Il est certain que son discours était de ceux qui ne peuvent guère se débiter sans accompagnement.

M. Scribe aurait dû être plus digne, plus grave, et songer qu’il était à l’Académie, non pour les vaudevilles et les pointes qu’il a faits en nombreuse compagnie, non pour L’Ours et le Pacha, mais pour Bertrand et Raton.

Le second acte de la cérémonie appartenait à M. Villemain, qui a répondu au récipiendaire avec sa faconde ordinaire ; puis le rideau s’est baissé.

Incessamment, la représentation de M. de Salvandy.


Donné par La Psyché, no du 28 janvier 1836.