imprimerie de la Vérité (Ip. 313-315).

LE LIBÉRALISME EN ACTION

29 avril 1882

Dans notre dernier article nous avons vu que le libéralisme est l’exclusion de toute idée de Dieu de la politique. Il y a un certain nombre d’hommes politiques qui proclament hautement ce principe et qui vous disent bravement que l’Église n’a rien avoir dans les affaires de ce monde. Ce sont les libéraux francs.

Mais il y a un plus grand nombre encore qui ne professent pas cette doctrine, mais qui la pratiquent tous les jours, qui repoussent le nom de libéral ou qui s’avisent d’y accoler le nom de conservateur, et qui sont profondément atteint du virus libéral. Ce sont les libéraux déguisés, ce sont eux que nous allons démasquer aujourd’hui.

Pour connaître ces libéraux déguisés, il suffit de suivre leurs actes publics. Ne faites pas attention au nom qu’ils se donnent, ne regardez pas le manteau dont ils s’affublent. Plus d’un vilain garnement porte un beau nom, et de riches habits couvrent souvent de chétifs corps.

Suivez-les plutôt dans l’arène politique. C’est par leurs fruits, leurs actes, que vous les connaîtrez, et non par leurs paroles. Ex fructibus eorum cognoscetis eos.

Sont-ils simples électeurs, vous les verrez, en temps d’élection, avoir recours à toutes sortes de manœuvres frauduleuses. Ils ne reculent devant rien.

S’ils peuvent remporter une élection par la violence, par l’intimidation, par la corruption, par l’ivrognerie, par la fraude, ils le feront. Ou s’ils ne le font pas eux-mêmes, ils le laisseront faire et se réjouiront d’une victoire obtenue à ce prix. Ils diront, pour s’excuser, que leurs adversaires font la même chose. Comme si le péché de son voisin pouvait justifier ses propres manquements.

Fuyez ces gens-là, quelque nom qu’ils se donnent ; ce sont de vrais libéraux, dans le plus mauvais sens du mot. Ils n’ont pas de conscience ; ils ne reconnaissent pas les droits de Dieu dans les élections, ils agissent comme s’ils ne devaient pas un jour rendre compte au Souverain juge de chaque mauvais vote qu’ils donnent ou font donner, de chaque conscience qu’ils achètent, de chaque fraude qu’ils commettent.

Sont-ils candidats, ils se rendront coupables de tous les crimes mentionnés plus haut ; de plus, ils emploieront le mensonge et la calomnie, ils prendront des engagements solennels sachant bien qu’ils ne les rempliront pas ; ils feront des promesses trompeuses ; ils obtiendront le mandat qu’il convoite sous de « faux prétextes. »

Fuyez ces hommes-là. Pour eux il n’y a pas de morale en politique ; à leurs yeux il n’y a que le succès qui vaille quelque chose.

Rendus au parlement, ces libéraux déguisés tiennent la même ligne de conduite. Ils s’y conduisent en véritables athées. Jamais ils demandent la plus petite lumière d’en Haut ; jamais ils ne songent que chacun de leurs votes, chacun des motifs qui les font agir est inscrit dans le Grand Livre de Dieu, d’après lequel le monde sera jugé. Unde mundus judicetur. Ils n’ont qu’une pensée : qu’ils ont un mandat qui durera cinq ans, et qu’au bout de ce temps, ils pourront peut-être le faire renouveler en ayant recours aux mêmes moyens illicites qu’ils ont déjà employés.

Aussi les voyez-vous faire passer leurs intérêts privés ou les intérêts de leurs amis avant l’intérêt du pays ; vous les voyez fouler aux pieds le serment qu’ils ont prêté en entrant au parlement ; vous les voyez se vendre ; vous les voyez sanctionner des lois ou des marchés, qu’ils savent être funestes, qu’ils avouent être désastreux ; vous les voyez consacrer l’injustice, les uns par esprit de parti, les autres pour des motifs encore plus inavouables.

Que voulez-vous, il prétendent n’avoir de comptes à rendre qu’au peuple qu’on trompe si facilement.

S’ils sont ministres, ces libéraux déguisés ne reculeront devant rien pourvu qu’ils puissent obtenir l’appui de la majorité, appui qu’ils obtiennent par l’achat des consciences, par les menaces, par les intrigues de toute sorte.

À la chambre, dans la presse, sur les hustings, ces gens n’ont ni foi, ni mœurs, ni principes, ni honneur, ni honnêteté. Ils n’ont qu’un but, c’est de satisfaire leur ambition, c’est d’arriver au pouvoir, c’est de s’y maintenir, c’est de servir leurs intérêts personnels : ils n’ont qu’un moyen d’action, c’est la politique d’expédients.

Quant à l’Église, ils s’imaginent que c’est une institution inventée expressément pour eux, pour les aider à atteindre leurs fins personnelles, une espèce de club politique. Mais les enseignements de l’Église, ils ne les respectent pas ; les droits du clergé, ils les combattent du moment que l’exercice de ces droits peut nuire à leurs petites affaires.

Voilà le libéralisme en action.