Littérature orale de la Haute-Bretagne/Première partie/II/XI

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XI.

Le Fermier et son domestique.


Il était une fois un ouvrier qui cherchait de l’ouvrage : il se présenta à une ferme où il fut gagé, et on mit dans les conditions du marché que le premier, soit le maître, soit le domestique, qui ne serait pas bien aise, aurait le nez coupé.

Le fermier envoya son domestique découvrir une maison sans lui désigner laquelle ; il alla à l’endroit désigné et enleva la toiture d’une étable, puis celle de la maison principale. Son maître survint et s’écria :

— Ah ! malheureux ! je ne t’avais pas dit cela.

— Quand je n’ai plus eu d’ouvrage à la petite, je suis monté sur l’autre ; est-ce que vous n’êtes pas bien aise ?

— Si, si, se hâta de répondre le fermier.

Il lui dit ensuite :

— Tu vas faire la soupe, et tu ne manqueraspas d’y mettre oignon, carottes, persil, et tout ce qu’il faut.

Le domestique prit un petit chien nommé Persil, auquel son maître tenait beaucoup, et le fourra dans la marmite.

À l’heure du repas, le fermier revint :

— As-tu bien fait la soupe ? demanda-t-il.

— Oui, oui, j’ai mis dans la marmite persil et tout.

— Malheureux ! s’écria le maître quand il eut soulevé le couvercle, tu as fourré dans la soupe mon petit chien que tout le monde aimait à la maison !

— Est-ce que vous n’êtes pas bien aise ? dit le domestique.

— Si, si, répondit son maître.

Le domestique fit encore plusieurs tours, et le fermier lui dit :

— Quand le coucou chantera, tu partiras.

Et il ordonna à sa fille de monter dans un poirier et de chanter : Coucou ! coucou !

— Je n’ai jamais vu cet oiseau-là, dit le domestique.

Il secoua le poirier, et la fille tomba par terre.

— Je l’ai vu, le coucou, dit-il à son maître, qui se mit à jurer comme un charretier embourbé.

— Vous n’êtes pas bien aise ? demanda-t-il.

— Si, si, se hâta de répondre le fermier, quifut encore plus aise quand, peu après, le domestique partit de son plein gré.

(Conté en 1880 par Jean Le Tanneur, d’Ercé.)


Dans le conte précédent, qui par plus d’un point ressemble à celui-ci, se trouve l’épisode du morceau de chair que le premier fâché doit se laisser enlever et qui figure dans plusieurs récits de pays très-différents.


En France, on le retrouve dans Fanch Scouarnec, conte breton de Luzel (Mélusine, col. 465), où il est suivi d’observations de M. Reinhold Kœhler, qui cite un grand nombre de similaires étrangers ; Janvier et Février, autre conte de Luzel (cinquième rapport, p. 29) ; Les trois Frères, le Maître cruel et le Tartaro, conte basque recueilli par Webster ; Jean et Pierre, conte lorrain de M. Cosquin, qui le fait suivre d’une intéressante dissertation. On peut aussi consulter les notes mises par M. Loys Brueyre à la suite du conte anglais Jack et les Géants, p. 25 des Contes populaires de la Grande-Bretagne, et la Mythologie zoologique de M. de Gubernatis, t. I, p. 499, qui vise surtout les coups de poing à recevoir. (Cf. aussi sur cet épisode le Jeune géant, de Grimm.)